Psych. du Pardon, p
toujours prêt à pardonner. Mais pardonner sans repentance est impossible. L'amour ne doit pas être confondu avec le pardon. « L'amour est un sentiment, dit Frommel. Le pardon est un acte ». Un pardon sans repentance « démoraliserait la personne en dénaturant l'amour », lequel se résoudrait en simple tolérance ; or, de la tolérance à l'indifférence, il n'y a qu'un pas.
Enfin, la repentance doit être proportionnelle à la faute, et elle s'achève en une expiation par laquelle le pécheur, tout, en professant l'horreur de sa faute, accepte d'en subir les justes conséquences.
Tout ceci étant, il n'y avait qu'un seul moyen pour Dîeu de pardonner : c'était d'expier. Et c'est ce qu'il a fait en se chargeant, dans la personne du Christ, des péchés des hommes.
Ainsi, Dieu n'avait pas abandonné le Christ.
Il souffrait en lui sur la croix. Mais, en même temps, le Christ se sentait loin de lui.
Vin
Gomment expliquer ce mystère ? On y a vu le conflit de la justice et de l'amour de Dieu. Et dans l'étude qu'il fait de la mystique de la Croix, M. Otto a raj euni cette explication oii les modernes voyaient jusqu'ici une invention de mythologie
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gnostique. « Dans ce mélange de l'amour suprême avec la colère terrifiante du numen sur la croix de Christ, écrit M. Otto, le sentiment chrétien a accompli la plus vivante application de la catégorie du sacré, et, par là, a suscité l'intuition la plus profonde qui soit dans l'histoire de la religion » ^. Ceci doit nous faire réfléchir. En soi, ce conflit de la justice et de l'amour, qui remplit toute l'ancienne alliance, n'a rien de mythologique. Il suppose un certain anthropomorphisme, mais qui ne dépasse nullement la ligne de l'anthropomorphisme néo-critique des disciples de Renouvier. Et il est vrai que, sur la croix, il y a bien autre chose que l'accomplissement d'une condamnation inique : l'âme religieuse se sent véritablement en présence du mysterium tremendum, dont parle Otto. Ce mystère est celui de l'amour de Dieu aux prises avec le péché de la race. Du fait que Jésus a le plus vif sentiment de la faute humaine, il se sent malédiction avec l'humanité, suivant la tragique expression de saint Paul. Parce qu'il accomplit ce miracle de sympathie, son repentir est bien celui qui pouvait effacer la coulpe et rétablir la communion de la créature rénovée avec son Dieu. L'homme rentrant dans l'ordre, la justice de Dieu se confondait désor-