‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 44 sur 51 · Das Heilige, p · texte numérisé non relu

Das Heilige, p

mais avec son amour. Le Dieu saint pouvait pardonner sans transgresser ■cette loi de justice qui €st finalement une expression de sa miséricorde. Cette idée d'un conflit intérieur s 'achevant en une conciliation des contraires nous apparaît-elle peu concevable ? Pourtant, c'est déjà la religion des prophètes, dans ce qu'elle a de plus sublime. Relisons le livre d'Hosée :

Comment te traiterai-je, Ephraïm ?

Comment t'abandonnerai- je, Israël ?

Te traiterai-je comme Adma ?

Te f£rai-je ce que j'ai fait à Tsehcnm ?

Mon cœur se retourne contre moi.

Toutesi mes compassions sont émues.

Je n'agirai pas selon mon ardente colère ; Je renonce à détruire Ephraïm ; Car je suis Dieu, et non pas un homme.

(Hosée, 11, 8-9).

Ainsi, Dieu refoule sa colère ; son cœur reprend le dessus, et la miséricorde en lui triomphe de la justice. Il y a ici une crise intérieure, une lutte où s'entrechoquent les contraires : et cela, justement parce qu'il est Dieu, et non pas un homme. . . De quel droit exclure la possibilité d'un tel conflit ?

Mais ce qu'il nous importe d'affirmer, c'est que Dieu est là, sur le Calvaire, dans cet abandon apparent. Tout ce que le Christ accomplit

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à ce moment sacré, c'est Dieu qui l'accomplit en Lui. Dieu est en Christ, réconciliant le monde avec lui.

« L'âme religieuse, dit Frommel, contemple dans l'abaissement du Fils, dans la Passion du Fils, dans l'agonie du Fils, l'abaissement, la passion, et, si j'ose dire, la mort du Père. » Car (( l'adoption divine ne peut être scellée dans un cœur d'homme que par un Dieu qui nous, aurait assez aimés pour participer à l'angoisse et à la honte de notre péché, pour en absorber le venin, pour en éteindre la coulpe » ^^

Pour cette raison même, nous nous refuserons à admettre que, par la Croix, il y ait eu quelque chose de changé dans les intentions de Dieu à l'égard du monde.

Voulant fonder la valeur objective du sacrifice du Christ, Henri Bois va jusqu'à dire qu'en présence de la croix de Jésus, Dieu ferme les yeux sur les cri/mes des hommes, et n'a de regards que pour la sainteté extraordinaire de Jésus. <( Dieu

21. L'Expérience chrétienne, t. III, p. S8, 64. On trouve une conception analogue dans le livre très suggestif d'Horace BusHNELii, The vicarious Sacrifice, grounded in Principle of universal Obligation. Londres, 1892. Et Dale, dans ses célèbres conférences sur la Rédemption {The Atonement), insiste sur le rôle souverain de la loi morale dans l'accomplissement du sacrifice rédempteur, montrant ensuite que, dans la mort de Christ, « celui auquel il appartient d'infliger la peine, l'endure au lieu de l'infliger » (trad. Pellissier, Paris, 1883, p. 311).

contemple Jésus, il s'absorbe dans cette contemplation émue, ...il l'aime, il ne se lasse pas de l'admirer, et c'est à cause... de la sainteté extraordinaire de Jésus qu'il ferme les yeux, non seulement sur le crime des Juifs et de Pilate, mais sur les péchés humains ».

Nous n'aimons pas qu'on nous dise que Dieu « ferme les yeux sur les crimes des hommes ». En fait de valeur objective, il doit nous suffire de constater ce que Jésus- a pensé, ce qu'il a voulu, ce qu'il a fait, en pleine communion avec son Père, pour sauver l'humanité, en forçant par son a/mour l'obstacle mystérieux qui l'empêchait de se repentir.

Après la croix, il n'y a rien eu de changé en Dieu. Mais il y a eu un changement décisif dans le monde.

Fallot l'a dit admirablement :

c( A cette heure-là, un éclair illumina la nuit profonde dans laquelle végétait l'humanité. Depuis des siècles, le péché, prenant occasion de la patience de Dieu, trompait l'homme sur le caractère de Dieu...

(( Le châtiment qui, dans la personne du Christ, frappe le péché, met fin au malentendu. Le voile derrière lequel se dérobait la sainteté divine est déchiré. L'honneur de Dieu est sauvé ; la conscience humaine arrachée à sa légèreté et rétablie dans ses droits.

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« La Croix n'est donc pas seulement la justice de Dieu qui condamne... C'est aussi et surtout l'amour de Dieu dans sa plus éclatante manifestation... La Croix est la souffrance sainte mise au service des miséricordes infinies ».

Désormais, l'homme « verra tout à la fois son péché avec le châtiment que ce péché mérite, et en même temps, l'amour vainqueur de tous les obstacles » ^.

L'élément pénal, dans la condamnation du Christ, n'a donc pas la signification que lui attribuait l'ancienne dogmatique — la catholique comme la protestante.

Les théologiens de la Réforme insistent sur le crime des hommes, et sur la substitution de l'Etre saint à l'humanité coupable. Mais ils ne sont pas les seuls à accentuer, dans le drame du Calvaire, cet aspect de châtiment.

Le P. Pesch, par exemple, écrit ceci : « A cause du péché, Dieu pouvait justement infliger aux hommes des peines. Le Christ donc, comme chef et caution du genre humain, a pris sur lui ces

22. La Religion de la Solidarité. Paris, Fisclibaclier, 1908, p. 317 et suiv. Voir aussi le Livre de l'Action Bonne, 4« éd., Paris, Fisclibaclier, 1924, p. 108 et suiv.

peines pour les offrir à Dieu, qui les a acceptées. Par suite, aux hommes qui entrent dans le corps mystique du Christ par le baptême. Dieu ne peut plus désormais infliger aucune peine, parce que ces hommes ont payé dans le Christ la somme de peines qu'ils devaient. Telle est la doctrine catholique sur l'a satisfaction du Christ ^ » .

Jamais les Réformateurs n'ont outré à ce point le rôle de l'élément pénal. Le Dieu de l'Evangile n'a nul désir d'infliger aux hommes des châtiments, et l'œuvre du Christ ne consiste nullement à restreindre le droit qu'il a de punir les hommes, en opposant aux exigences de sa justice une quittance pour solde de tout compte, qui serait fournie par ses propres mérites.

Cette expression de mérite, elle-même, n'a-telle rien qui nous étonne ?

Les Réformateurs l'ont retenue, en l'appliquant a,u Christ. Suffit-il donc de l'exclure, lorsqu'il s'agit des hommes en général, et convient-il de la rétablir, lorsqu'il est question de celui qui est venu nous donner un exemple, afin que nous suivions ses traces ?

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