‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 49 sur 51 · Rivière, ouv. cit., p · texte numérisé non relu

Rivière, ouv. cit., p

sur la croix, le pouvoir de produire dans l'âme une transformation radicale. Et par là, elle se sépare de la théologie catholique. Elle ne s'en sépare pas quant au but final, qui est le même pour tous les chrétiens. Si Luther voit dans la vie chrétienne tout entière une pénitence, il ajoute : « Ne jamais pécher, c'est la pénitence véritable )>.

On peut ajouter d'autres divergences à celles que signale l'abbé Rivière. L'intercession du Christ tient une place centrale dans la piété réformée. Et sans doute, il serait paradoxal de dire qu'elle tient une place secondaire dans la piété catholique, mais l'intercession du Christ seul est mentionnée constamment dans la prière protestante ; et ceci, à l'exclusion de tous intercesseurs humains. La Vierge et les Saints peuvent être honorés par la piété protestante ; l'intercession du Christ est la seule à laquelle il soit fait recours, étant celle de l'unique Sauveur.

Ce sentiment s'exprime avec une particulière intensité dans nos cantiques, échos de la piété du Réveil du xix® siècle :

Du juste seul tu dois exaucer la "prière, Mais il n'est qu'un seul juste, et ce juste, c'est toi. Toi, qui viens en ton Fils partager ma misère, Et ce Fils aujourd'hui veut fim,plorer pour moi.

Le protestantisme ne connaît pas d'intermédiaires humains, quels qu'ils soient.

La théologie de la Réforme dresse la Croix dans . un isolement formidable, sur un sommet d'où elle domine toute l'histoire.

Ainsi pensait du moins le protestantisme traditionnel. Faut-il croire que la théologie moderne, comme certains le disent, ait changé tout cela ?

Incontestablement, il y a dans le protestantisme d'aujourd'hui des chrétiens qui sont les disciples fervents du Christ des Béatitudes, et pour qui le Calvaire n'est que l'aboutissement tragique des destinées terrestres de celui qu'ils appellent leur Maître. L'Evangile paulinien — la Parole de la Croix, la bonne nouvelle de la Résurrection — ne tient guère de place dans leur esprit. Pourtant, ce sont des chrétiens. Ils s'en tiennent à la parabole de l'Enfant Prodigue. Ce n'est pas assez ; c'est tout de même un contact d'âme avec le Dieu de Jésus. Et l'Evangile nous dit que Jésus a guéri une femme qui n'avait fait que toucher la frange de son manteau.

Mais il est certain qu'à approfondir l'enseignement de Jésus et à faire ensuite un retour sur eux-mêmes, les disciples du Christ des paraboles

reconnaissent 'l'abîme qui les sépare de leur Maître. Et le sentiment de leur faiblesse et de leur misère les amène à se prosterner devant la Croix. Aussi est-il bien peu de théologiens qui, en tenant compte des données de l'expérience religieuse, ne soient amenés à reconnaître avec M. Rade que (( nul n'est chrétien au sens véritable s'il n'est mort et ressuscité avec Christ * ».

Le catholicisme est unanime dans cette affirmation. Cependant, il est d'autres influences qui, s 'ajoutant à celle du Rédempteur, contribuent efficacement, selon lui, au salut de l'homme.

On peut se demander si, ce faisant, il n'a pas altéré la doctrine de la Rédemption.

Il y fait intervenir les mérites des hommes, à côté des mérites du Christ.

Il donne à la réversibilité des fautes et des vertus un caractère mécanique qui nous étonne et nous trouble.

En organisant la solidarité des vivants et des morts, n'a-t-il pas matérialisé l'Invisible, épaissi les données d'une croyance qui devait rester purement spirituelle ?

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