‹ Essai sur la rédemption [microform]Chapitre 5 sur 51 · Ibid., p. M · texte numérisé non relu

Ibid., p. M

efforcée, toujours en vain, de susciter. Ce que sa vie n'avait pas obtenu, sa mort allait l'acconiplir. Il s'offrait pour les siens parce qu'il voulait les mettre en contact avec Dieu. En mourant pour eux, il les consacrait à Dieu. Et il les assurait qu'il serait en communion avec eux jusqu'au jour de son triomphe.

Ainsi se résout, du fond du point de vue de la dogmatique du Fils de l'Homme, l'énigme douloureuse de la mort de Jésus sur la croix. La croix, a-t-on pu dire, c'est le pont qui relie l'existence humble et méprisée àe Jésus de Nazareth à l'existence triomphale du Fils de l'Homme. De là le « ilfaut » des prédictions de la Passion. Quant au salut des hommes, Jésus attendait de sa mort un résultat direct et permanent : c'est ce que nous anontre l'institution de la Sainte Cène.

Mais, au moment de conclure cette alliance par le sacrifice, il est naturel que Jésus ait hésité. Il n'y avait pas de plus grand paradoxe que c^luici : un crime qui devait être le salut de ceux qui l'auraient accompli.

On la souvent opposé la mort de Socrate à celle de Jésus, et le calme souriant du sage grec à

l'angoisse de Gethsémané, cette angoisse qui se traduit dans le cri : « Mon âme est triste jusqu'à la mort » et dans la prière : « Père, s'il est possible, qu€ cette coupe passe loin de moi ». Si nécessaire que lui ait semblé, de loin, sa mort, Jésus supplie le Père de lui ouvrir une autre voie. Pourquoi.»^ Parce qu'ici, c'est l'écroulement apparent de son œuvre ; c'est la condamnation du peuple qu'il est venu sauver.

Comme tout cela nous fait comprendre le cri : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné .î* » C'est, dans ïe sacrifice librement consenti, le dernier retour de faiblesse humaine. Le caractère infamant du supplice n' ajoutait-il pas à la Passion une douleur de plus?

Mais l'agonie de Jésus s'achève en un cri de triomphe. Et le capitaine qui le regarde mourir s'écrie : <( Cet homme était vraiment un Fils de Dieu » (Marc 15, 39). Ainsi, Jésus remet sa vie entre les mains du Père, ayant bu jusqu'à la lie le calice de douleur.

Y avait-il encore autre chose dans ce calice ? Par un acte d'amour suprême, le Fils de l'Homme avait-il enduré les remords de l'humanité pécheresse? Etait-ce pour cela qu'à la fin, il s'était senti loin de Dieu?

La pensée de Jésus, quant à sa mort, ne peut être rigoureusement définie. Il appartenait à ses disciples d'en approfondir le mystère

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