CANCER DE L'UTÉRUS. ANURIE PAR COMPRESSION DES URETÈRES
Bulletin de la Socièlé anatomique, 1877.
Pont... quarante-un ans, journalière, entre à la Pitié, service de M. Desnos, le 10 septembre 1877. Cette femme amenée dans un état de cachexie profonde, offre les symptômes classiques du cancer de l'utérus, sans complication au moment de son entrée.
15 octobre. Elle se plaint d'uriner très peu. La vessie est cependant à peu près vide et cette oligurie est mise sur le compte d’une diarrhée séreuse dont la malade est atteinte depuis deux jours.
17 octobre. Il n'y a pas eu de miction depuis l’avant-veille, la literie n'est pas mouillée. La sonde donne une centaine de grammes d'urine normale.
19 octobre. Nouveau cathétérisme, à cause de l’absence persistante de miction, à peine quelques gouttes d'un liquide louche et fétide. La malade est somnolente ; le soir, elle est plongée dans le coma, et elle meurt dans la nuit sans avoir présenté de nouveaux phénomènes.
Autopsie. Epithélioma ulcéré et végétant, ayant détruit tout le col utérin.
L'urèthre et la vessie sont sains. Les uretères sont très dilatés et atteignent la grosseur du pouce ; le liquide qu ils renferment est de l'urine très claire sans albumine. L’uretère gauche, une fois ouvert, permet l'introduction dans la vessie d'une sonde cannelée ordinaire, mais on est obligé de vaincre une résistance assez forte. On s'aperçoit, en incisant, que si les parois de l’uretère sont saines, ce canal se trouve comprimé au niveau du point où il pénètre dans l'épaisseur des parois de la vessie par deux petites masses cancéreuses, de la grosseur d’une noisette, siégeant dans le tissu cellulaire du cul-de-sac vésieo-utérin.
L'uretère gauche est absolument imperméable, même à un stylet très fin ; il vient se perdre dans une masse cancéreuse du volume d’une mandarine, et qui remplit de ce côté tout le cul-de-sac utéro-vésical. Une incision de la tumeur sur le trajet connu de l'uretère ne permet point de distinguer les parois dégénérées au milieude cette prolifération morbide.
Le rein gauche présente une dilatation considérable du bassin et des calices, dont la capacité est plus que triplée. Le tissu de l'organe est anémié, mais ne parait point malade ; la capsule n’est pas adhérente.
Le rein droit ne nous offre qu'une légère hydronéphrose ; il est augmenté de volume et fortement congestionné.
Observation IX
— Résumée —
Complications dans le cancer de l'utérus. Joseph Huc. Th. de Paris, {880
Une femme, quarante-cinq ans, entre à l'hôpital le 21 décembre 1879. On constate tous les signes d’un cancer de l'utérus. La maladie suivait son cours ordinaire, lorsque le 7 janvier 1880 apparaît une complication, l’incontinence d'urine qui ne doit plus cesser jusqu’à sa mort.
Au mois d'avril, on constate une diarrhée d’une durée de plusieurs jours, de l’œdème de la face, de l’albumine dans les urines.
Au mois de mai surviennent de la diarrhée et des vomissements.
La malade est morte le 11 juin. Dans les derniers jours, elle avait été plongée dans la somnolence et le coma.
Autopsie. — Une partie de l'intestin grêle, la vessie, les ovaires, le rectum sont atteints par le cancer. Le col de l'utérus est complètement détruit. Une partie de la face postérieure de la vessie et son bas-fond n'existent plus.
La partie inférieure des uretères a été détruite avec la
partie correspondante de la vessie. Ils sont dilatés, gros comme le pouce, remplis d’un liquide un peu coloré. En les sectionnant par le milieu et en introduisant par le bout inférieur une sonde cannelée, il est impossible de pénétrer dans la vessie. Les bassinets et les calices sont dilatés aussi et remplis du même liquide. Les reins libres d'adhérences, le droit plus gros qu'à l’état normal. Le rein gauche est tout à fait atrophié, le tissu est dur à la section ; la substance médullaire à disparu ; il y a encore la substance corticale pâle et dure.
Observation X
Complications dans le cancer du col de l'utérus. Th. de Paris, 1880. Huc. :
Femme, quarante-deux ans, entre à l'hôpital Saint-Antoine le 21 janvier 1880. Sœur morte d'un cancer du sein. Deux métrorrhagies il y a deux ans. Ménopause à quaranteun ans.
Depuis un an, a écoulement de sérosité roussàtre, fétide par le vagin. Depuis quinze jours, elle urine plus difficilement, et depuis le 18 janvier la rétention est complète.
À son entrée, elle est sondée. L'urine est albumineuse. Tous les jours, depuis son entrée, la malade est sondée, plus difficilement vers le 10 février. Le 18, la malade a des vomissements. À partir de ce moment, la rétention fait place à l’incontinence, et on aperçoit une végétation sortant par le méat urinaire.
Le 8 avril, les vomissements reprennent la malade. Elle urine trés peu. Elle a du hoquet depuis deux ou trois jours.
Le 21, les vomissements durent jour et nuit. Coma. La malade répond à peine aux questions qu'on lui pose.
Le 23, mort à cinq heures du matin. L'état comateux avait continué toute la journée.
Autopsie. — Le vagin est rempli d'un ichor fétide; la
RO le es
paroi antérieure est envahie par le cancer; il y a une série de noyaux durs, grisâtres, qui correspondent au bas-fond de la vessie.
L'utérus est augmenté de volume; la partie du col plongeant dans le vagin est détruite.
Les reins sont atrophiés. Dilatation des calices et des bassinets. La substance rénale a presque disparu dans la portion médullaire. Ils sont pâles, décolorés. Les uretères sont un peu dilatés.
Dans le bas-fond de la vessie, les parois sont de consistance dure, presque fibreuse, très épaisses, contenant des noyaux grisâtres cancéreux. Autour du col vésical, il y a aussi des traces de cancer: le sphincter à été atteint.
Observation XI
— Résumée —
Epithelioma utérin, néphrite secondaire, accidents urémiques, Dr Mairel Th. de Paris, 1883.
Une femme, trente-huit ans, passementière, entre dans la salle Lorain, le 1* novembre 1882. Les symptômes qu’elle présente font porter le diagnostic d’épithelioma utérin.
Dans le mois de janvier, on constate de l’albumine dans ses urines, bien qu’elles n'aient pas diminué de quantité.
Au mois de février, surviennent de la diarrhée et des vomissements ; la quantité des urines diminue.
Au mois de mars, phlegmatia alba dolens; œdème du pied droit.
Au commencement de mai, la malade est abattue, la parole est difficile, inintelligible, l’anorexie complète. La quantité d'urine est de 750 grammes. Le 10, cette femme meurt dans le coma.
Autopsie. — Épanchement dans la plèvre droite en petite quantité.
Le foie est gros, blanc jaunâtre.
SO
Le vagin, une partie du périnée, l’utérus et son col sont transformés en une masse de tissu grisâtre, ramolli, exhalant une odeur fétide.
Les uretères sont dilatés; le gauche a le volume du petit doigt, le droit moitié moindre.
Le rein droit, de volume normal, présente un kyste à contenu gélatineux. La surface rénale est lisse, la capsule se détache facilement sur certains points, et très difficilement sur d’autres. La substance corticale est blanche, les pyramides normales.
Le rein gauche est petit, lobulé et occupé presque entièrement par le bassinet et les calices qui sont extrêmement dilatés et remplis d’une urine fétide. La substance rénale est réduite à une coque. Les pyramides présentent une coloration blanchâtre.
Enorme kyste du ligament. large. Cœur petit, orifices normaux. Epanchement dans le péricarde, un verre environ de sérosité.