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composées d'éléments plus divers, constituées par des liens politiques plus compliqués et généralement plus centralisés. À cette époque cependant la collectivité ne profite encore qu’indirectement des acquisitions qui augmentent la fortune individuelle. Les sociétés plus avancées, c’est-à-dire plus vastes et plus organisées, en viennent à s’annexer des sociétés entières, soit qu’elles les sabordonnent, soit qu’elles les absorbent. Les organismes sociaux, exactement comme les organismes individuels, s’accroissent par la conquête des moyens de subsistance des autres, puis par leur absorption directe : ils réalisent ainsi des organisations plus complexes, leur croissance créant le besoin et fournissant le moyen de le satisfaire.
Toute l’argumentation de la théorie de l'organisme social repose sur cette analogie constante entre les faits biologiques et les faits sociologiques. La souveraineté n’appartient qu’à la nation, c’est-à-dire à l’être réel et vivant que tout Etat constitue, et qui comprend dans son organisme les gouvernants comme les gouvernés. La nation est « l'âme » vivante de la personne de l'Etat, un individu où chaque » membre a sa place naturelle et sa fonction (1). » Par suite la souveraineté ne peut appartenir qu'à cet être unique : la nation est une personne dont le tout est maitre de chaque partie, absolument comme l’homme commande à chacun de ses membres. Dans ce souverain il y à un organe principal qui exerce sur le corps entier une influence prédominante, — la tête. La tête se forme d’ellemême, par la force des choses, par l'évolution qu'effectuent nécessairement toute cellule et tout agrégat de cellules :
(1) Bluntschli, Théorie générale de l'Etat, München, 1851. Traduction Armand de Riedmatten, Paris, 1881, liv. II, ch. I, 6.
la fonction suprême appartient légitimement à quiconque en est investi par ce travail de la nature. Le résultat est toujours naturel, il est donc toujours légitime. Si organe ainsi formé est défectueux, les forces intimes de l’organisme peuvent seules, par un travail mystérieux, le compléter ou le réparer. Les gouvernements ne se font pas, ils poussent. Cette théorie, comme toutes les doctrines qui méconnaissent la liberté humaine et qui ne prennent.pas pour base les droits imprescriptibles de l'individu, exagère les pouvoirs de la société civile sur ses membres : l'Etat est un être vivant et personnel, un demi-dieu en face duquel les individus ne sont rien et à qui tout doit être permis. L'Etat est un être puissant. Comme il ne peut être question pour lui de châtiments dans une autre vie, il n’a point dans celle-ci de devoirs à remplir : rien ne peut donc réfréner sa liberté ni comprimer sa force vitale.
Les analogies invoquées par MM. Spencer (1) et Fouillée (2), et qui existeraient entre la société et tout organisme, peuvent être admises dans une certaine mesure; mais elles sont d'ordres très divers, et contrebalancées et même presque anéanties par un nombre beaucoup plus grand de contrastes beaucoup plus certains. Encore faudrait-il que ces analogies fussent liées entre elles par l’unité et l'harmonie qui sont les grandes lois des œuvres de la nature. Or « la nature ne nous offre aucun exemple du » mélange qu'ils nous proposent, et l’observation leur » dictait cette conclusion scientifique : qu’un organisme qui réunit les caractères des annelés et des vertébrés, des éponges et des mammifères, des myxomycètes et de
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(1) Principes de sociologie. Traduction Cazelles, Paris, 1880-1887, t. IL. (2?) La Science sociale contemporaine, Paris, 1880.
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» l’homme, n'est pas un organisme véritable (1) ». Bluntschli objecte que la société n’est pas la simple somme des individus. Sans doute, mais pourquoi personnifier le lien -qui les unit? C’est comme si l’on nous disait que partout où il y a deux hommes il y a trois personnes : chacun d’eux et le groupe qu’ils forment. |
On peut par une fiction de droit faire d’un groupe de personnes une personne morale, mais jamais on ne pourra d’un agrégat d'êtres vivants faire un être vivant. Or la souveraineté ne peut émaner que d’un être vivant. Cest pourquoi elle ne réside pas dans le corps social, mais dans l'individu, seul être vivant et libre, investi de droits, tenu à des devoirs.