FN
» même liste. Dès lors, si les électeurs, partisans de la » politique défendue par une liste, sont si nombreux qu'ils » ont droit à plus de candidats que ceux sur lesquels ils » ont principalement réuni leurs suffrages, pourquoi le » nom de cette liste le moins préféré serait-il exelu? Le » parti serait-il représenté proportionnellement si on lui » enlevait le candidat qui lui revient? On le voit, l'objec- » tion ne tient pas compte du but même de l'élection, qui » est de représenter exactement les divers groupes dont » se compose le corps électoral. Elle ne distingue pas le » chiffre électoral de la liste du chiffre électoral du candi- » dat. Elle oublie que c’est sur le chiffre électoral de la » liste que se détermine. le nombre des sièges revenant à » un part, et que les chiffres électoraux des candidats ne » servent en général qu'à déterminer le rang que doivent » avoir entre enx les candidats d’une même liste (1) » et nullement à déterminer l’élection du candidat d’une liste plutôt que du candidat d’une autre. Au fond, attaquer le transfert de candidat à candidat, c’est rejeter la base même du scrutin de liste. Ce qui fait la supériorité du scrutin de liste sur le scrutin d'arrondissement, c’est que lon vote pour des idées et non pour des hommes, pour un parti et non pour des candidats. Que l’on choisisse dans chaque parti les candidats préférés de l’électeur, rien de mieux : mais avant de voter pour un favori l’électeur vote pour un parti. Son suffrage a pour but essentiel d’assurer la représentation du parti : en tant qu’il désigne spécialement un candidat il n'a qu'une valeur relative. Si un plus grand nombre d’électeurs du parti désigne un autre candidat, il devra, si besoin est, lui transférer son suffrage. Nous
(1) V. d'Hondt, loc. cit., p. 37 39.
et CE ON ES VS SD
sommes loin ainsi des votes de complaisance, des préférences personnelles, des influences locales et des élections de clocher : qui n’avouerait que c’est un bien?
Le transfert de liste à liste est plus difficile à justifier. Il n’y a même pas de bonnes raisons pour le soutenir, si ce n’est que la nécessité l'impose. Dans toute élection où il y a des excédents de suffrages et des sièges non attribués, le transfert de liste à liste est inévitable: Remarquons d’ailleurs que dans le système de la concurrence des listes ce iransfert n’a lieu que pour un très petit nombre de sièges. Et si l’on prend pour base de répartition le commun diviseur et non le quotient, l'hypothèse de ce transfert devient fort rare pour ne pas dire improbable.
A ceux enfin qui croiraient devoir rejeter la théorie même du transfert de suffrages, il suffit de faire observer que c’est un résultat nécessaire de toute élection. Les proportionnalistes ne l’ont point inventée. Avec le principe de la majorité le transfert à lieu, « mais on ne le remarque » pas. Observez d’abord que la loi transfère tous les » suffrages des minorités aux élus de la majorité, puisque » ceux-ci deviennent légalement les représentants de tout » le corps électoral (1). Puis que se passe-t-il dans le sein » de la majorité qui obtient le monopole de la représenta- » tion? Prenons un exemple simple : il s’agit d’un collège » électoral français ayant un seul député à élire. Les libéraux » hésitent entre les noms de Thiers et de Rémusat, et les » révolutionnaires sont d'accord pour porter Gambetta. » Les libéraux savent que s'ils se divisent, — au cas où la
(1) Voilà bien une des erreurs fondamentales du système majoritaire. Il érige en principe et consacre légalement le transfert de liste à liste qui est une grave imperfection, et que les proportionnalistes éliminent autant qu’il est possible de le faire,