‹ Essai sur la responsabilité pénale en général et plus particulièrement dans ses rapports avec l'hypnotismeChapitre 14 sur 38 · LE RE · texte numérisé non relu

LE RE

par la conscience, existent comme phénomènes psychologiques, parce que leur total est conscient. Nous pouvons en dire autant pour l’activité volontaire. Une foule de motifs ou de mobiles obscurs peuvent exister sans qu’on les aperçoive. Le mobile conscient peut être très faible, on (1) peut croire qu'il n'existe pas, mais en examinant bien, on le découvre. C’est la cause de l'acte. S'il était superposé à d’autres mobiles semblables, il donnerait au total une claire manifestation de son existence comme phénomène psychique. Donc, comme élément constitutif d'un phénomène psychique,-la conscience intelligente des motifs de nos actions est elle-même une réalité psychologique, une cause de l’activité engendrant la responsabilité de l'agent.

Cette conclusion — qui paraîtra peut-être un peu subtile, mais qui est juste — signifie que, dans les cas où l'être humain paraît agir indifféremment, la conscience des motifs ou mobiles n’en existe pas moins. Il a été guidé par une foule de motifs ou de mobiles qui ont produit dans sa conscience les petites perceptions, parais-

sant imperceptibles isolément, mais très percep-

(1) Les tiers et l'individu lui-même.

PR tibles dans leur ensemble. Et ces petites perceptions qui sont l’œuvre de l’intelligence examinant les motifs et les mobiles, engendrent la responsa-

bilité.

Le mobile peut non seulement être dissimulé, nié ; il peut être latent — c’est-à-dire invisible (1) — et c’est dans ce cas surtout que le système de la liberté d'indifférence en matière pénale semble triompher.

Durand niait un mobile, pour nier un crime.

Petitot niait un mobile, pour excuser un crime. Mais tous deux avaient eu une raison : l’un très consciente, l’autre moins consciente. Les juges pouvaient les découvrir et les physiciens devaient croire Petitot sur parole, s'ils voulaient en faire

un exemple à l’appui de leur système (2).

Nous avons défendu un jour une femme dont les mobiles très latents pour elle, pour le tribunal et pour nous, semblaient inexistants. Elle apparte-

nait à un monde opulent, on ne lui refusait au-

(1) Et pour les tiers, et pour l'individu lui-même.

(2) Parce que s'ils avaient étudié un peu Petitot, ils auraient découvert qu'il avait des mobiles conscients et n’euraient pas pu édifier leur système avec l'exemple de ce simulateur.

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