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prudence où la société ne punit pas l'intention, mais le défaut de réflexion qui, chez un être humain, responsable, libre, est déjà une faute — ainsi que nous l'avons vu — surtout lorsque l’intérêt social ou la vie des autres hommes est en
jeu.
La cause efliciente, directe et immédiate de l’acte pénal, c’est la volonté et la liberté de l'agent, et cette liberté, cette volonté ont une influence telle sur la responsabilité, et par conséquent sur le droit de punir, que le droit pénal dans sa philosophie, comme les juridictions humaines dans l’application des règles du Code, ne sauront jamais
trop l’étudier et en analyser assez les éléments.
On (1) a pu fort bien dire : « l'intelligence propose et la volonté dispose. » C’est vrai. L'esprit, la raison, causes finales plus éloignées de l'acte matériel que la volonté, ne font que proposer à la volonté. C’est la volonté seule qui accomplit l’acte libre. Sans la conscience des motifs, l’activité ne serait point intelligente, raisonnable, humaine,
faite en connaissance de cause, par conséquent
(1) Remy, Notes philosophiques, Dôle, Buffault, 1894.
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libre. Nous avons vu le grand rôle de la conscience des motifs et mobiles dans l’activité; mais celui de la volonté est encore plus grand, car sans elle l’activité n'existerait même pas. C’est elle la cause efliciente, créatrice de l’activité. C’est elle qui frappe le plus et qu'on a presque toujours en vue, en la confondant avec la conscience des motifs, qu'une analyse psychologique attentive seule, permet de distinguer, mais qui en réalité forme avec la volonté une sorte de bloc où l’on n'aperçoit, d'une façon synthétique, qu'une seule chose : l’activité raisonnable, qu'un seul facteur : la volonté intelligente. En un mot, et pour rendre notre pensée plus claire, l'acte volontaire se produit en un instant de raison. En fait, il n’y a pas de séparation entre l’œuvre de l'intelligence qui conçoit les motifs ou mobiles pour le compte de l’activité psychologique, en prévoyant les conséquences de l'acte, et l’œuvre de la volonté ellemême qui les choisit et se détermine (1). L'analyse seule, en décomposant l'acte volontaire, perçoit nettement ces divers éléments. Pour nous, l’intention philosophique, c'est l'élément de l’activité où
l'intelligence conçoit et projette ; la volonté, c’est
(4) Bien que, dans tous les actes réfléchis, le rôle de l'intelligence apparaisse bien avant le rôle de la volonté.
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celui où l’activité entre en œuvre, pour choisir et
réaliser les concepts ou projets de l'intelligence.
Qu'est-ce que la volonté libre? C’est la phase qui suit l'examen des motifs et des mobiles perçus par la conscience et le calcul de leurs valeurs relatives, de leurs avantages particuliers. C’est la suite de l’étude, par la raison réfléchie, des causes possibles d'activité. C’est, en un mot, le choix d’une activité spéciale, dictée par des motifs qu’on préfère, par des mobiles qui séduisent ; d’une activité qu'on aurait pu ne pas choisir, à laquelle on aurait pu, à son gré, substituer une autre activité
inspirée par des motifs et des mobiles différents.
L'acte volontaire qui suit ce choix, engage la responsabilité de l’agent, parce qu’il est bien son œuvre. L'agent est (permettez-nous l’expression) un dieu pour cet acte — c’est-à-dire qu'il en est le créateur. — Il aurait pu en faire un autre diamétralement opposé. Par conséquent, si cet acte est un délit ou un crime, la société a le droit et le
devoir de le sanctionner.
La volonté — nous ne saurions trop insister sur ce point — c’est la détermination de l’âme, en pré-
sence des éléments d'activité conçus et groupés
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par l'intelligence. Lorsque l'esprit et la raison ont bien pris conscience des motifs, des mobiles, ils s'effacent devant la faculté supérieure de l'humanité : le libre arbitre. Et le libre arbitre fait son choix parmi les causes possibles d'action. Il les pèse, il les soupèse, parce qu'il est intelligent, Il les choisit, parce qu'il est libre. Et ce choix est la phase propre, caractéristique, de l'acte volontaire. La délibération précède done la détermination. Eh bien, la volonté, c'est la détermination. C’est l'acte d'autorité qui tranche les hésitations de la
délibération.
En résumé, la volonté, c’est l’activité de l’âme qui se prononce sur les mobiles et motifs conçus, élucidés, réduits à l’état de projets par l’intelligence. C’est l’âme qui se détermine dans l’acte volontaire proprement dit— la délibération n'étant qu'un préliminaire — et qui choisit, pour le réaliser avec pleine liberté, un motif conçu, compris,
discuté.
Le rôle de la volonté, en droit pénal, est plus important que le rôle de la conscience. Cette dernière rend l’activité raisonnable, elle lui donne une raison intelligente; mais elle ne suffit pas, toute seule, à créer un délit ou un crime En effet,