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d'assises, l'opinion publique se formule ainsi c’est un acquittement certain ! Elle dit bientôt, pour peu qu'on l'en sollicite... : c'est un acquittement nécessaire ! ! Le jury acquitte, et cette Jurisprudence se propage, à mesure que s'étend la contagion du crime passionnel. C’est un droit coutumier, enraciné dans le sentiment populaire. Le crime passionnel ne s'excuse plus, il se justifie — ce qui est bien différent ; — on ne lui pardonne pas, on le consacre. Ce n’est pas une affaire d’indulgence, c’est une affaire de théorie. »
M. de Monzie explique comment et pourquoi les crimes passionnels sont toujours glorifiés, et pourquoi les théoriciens, suivant les sentiments de l’opinion, ont voulu les soustraire aux sanctions sociales en droit, comme en fait ils le sont déjà par la toute puissance du jury.
Les idées et les sentiments qui suscitent la plupart des crimes passionnels sont communs à tous ces honnêtes gens entre lesquels le hasard vient d’élire des juges. Tous ces inconnus, qui s’ignorent les uns les autres, se révèlent avec des âmes toutes pareilles, en face de l'éternel drame d’amour, comme si l’infinie diversité des esprits ne parvenait pas à briser l’unité fondamentale du
cœur humain.
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Les explications si brillantes de notre jeune confrère, — qui ne sont que la paraphrase et l’analyse du mot de Lachaud « fermons les codes et ouvrons les cœurs », — placent les crimes passionnels sur leur véritable terrain : ils constituent pour quelques individus l’évolution éternelle, immuable de l’âme humaine.
La société, qui n’a pas fait le cœur humain, ne peut lui reprocher d'agir suivant ses lois naturelles. En effet, c’est ici, plus que partout ailleurs, qu'il s’agit des mobiles... Il y a des tendances dans l’âme : Dieu, créateur de l’âme, y a mis ces tendances d’une facon universelle, les lois ne peuvent les enlever ! Or, ces tendances sont telles qu'elles acceptent facilement certains mobiles... Une fois conçus, la volonté les reçoit aisément... Il faut une intervention souvent très énergique de la raison, pour les faire rejeter. C’est ce qui fait
excuser les fautes passionnelles.
Un juge qui a dans son âme les mêmes tendances qu’un accusé, ne peut condamner cet accusé pour ces tendances. Et Paul Bourget, dans sa « physiologie de l'amour moderne », a raison, lorsqu'il dit : « Ni les comédies contemporaines, comme l’Ami des femmes et la Visite de noce,
n’empêcheront d’ailleurs les femmes, tant que le
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monde ira son train, de considérer la jalousie comme une preuve irréfutable de tendresse ; les jurés, d’acquitter les assassins qui se poseront en bourreaux passionnels ; et l'opinion, de s’extasier devant les Othellos de contrebande aussi bien que
devant les vrais. »
Commettre un crime passionnel, dit-on, agir contre sa conscience. morale, encourir une sanction pénale, tout cela est si peu faire mal que l'opinion en fait un acte méritoire, héroïque, qui ouvre l’accès de célébrité. La femme qui tue son amant qui la trompe suit sa nature tout simplement et montre du courage ; elle n’a qu’à avouer devant la Cour d'assises, en disant : QJ’ai fait (1) le crime, et j'ai bien fait ! » Le jury écoute son cœur, son âme humaine, et acquitte. Un Lachaud ou un Robert lance contre le séducteur un réquisitoire d'ironie et de mépris, et quelques parents ou pieux amis de la victime osent à peine, sous les huées du public et sous le regard sévère des juges, tenter une timide et vaine réhabilitation de l’assassiné..……..
Voilà ce que sont ces crimes passionnels. Voilà
(1) Expression toute parisienne.
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comment on les considère aujourd'hui. Et la presse, par cent mille voix, les exalte dans les plus petits hameaux.
Le déterminisme, dit-on, a raison dans une large mesure, en ce qui les concerne ! La nature ne peut s’effacer devant la raison, le droit, la justice, préceptes idéals qu'un être humain peut observer théoriquement, admirer scientifiquement, mais par lesquels il ne peut arrêter les lois déterminantes de sa nature humaine, de son activité d'homme sensible. La société doit tenir compte de ce déterminisme, des tendances de la nature, et le droit de punir doit plier, s’incliner, céder
devant les crimes passionnels.
Le jury est la conscience de l'humanité. L’humanilé est un être humain unique. Et si la conscience de cet être révèle que les crimes passionnels sont nécessaires, naturels, déterminés par les lois de l'humanité ; si cette conscience les absout ; c’est que la société n’a pas le droit de les punir, c’est que ces crimes ne constituent pas des faits pénaux, c’est que toute sanction leur est inapplicable, c’est qu'un déterminisme inflexible les impose, c’est que le mobile qui les dicte et la volonté qui les fait ne leur donnent pas le caractère de
liberté suffisante pour leur permettre d'aboutir au
Leo
bagne ou à l’échafaud, par l'intermédiaire des tri-
DPUNAUX..:.:
Hâtons-nous d'ouvrir une parenthèse, pour dire bien haut — et avant de réfuter ces théories malheureusement trop courantes — que nous ne sommes pas de ces déterministes. Les partisans de cettethéorie disentqu'on est fatalement entraîné par ses passions, que la volonté ne peut y résister, que ce sont des mobiles prépondérants qui font pencher la balance irrésistiblement du côté du poids le plus lourd.
Nous répondons sans hésitation : non ! Les tendances de notre âme sont des mobiles puissants, on ne peut nier qu'ils entament notre liberté, mais ils nous laissent encore une liberté suffisante pour y résister. La volonté peut les rejeter, donc ils
laissent intacte notre responsabilité pénale.
Après tout ce que nous venons de dire, il est aisé de constater que les crimes ou délits passionnels sont nombreux, hélas trop nombreux. Ils
constituent les causes sensationnelles, font le bonheur des jeunes avocats et du public qui, poussé
par un sentiment malsain, vient applaudir le mari qui tue sa femme, la fille qui vitriolise son amant,
la fille-mère qui tue son enfant, le souteneur qui
nor
assomme sa maitresse, créant ainsi un courant d'opinion qui aboutit aux acquittements scandaleux, dont les gens sérieux s’émeuvent justement, de nos Jours, et dont les pouvoirs publics vont bientôt — nous l’espérons du moins — essayer de
pallier les désastreuses conséquences.
Les crimes passionnels — ainsi appelés parce qu'ils dérivent des passions qui agitent le plus notre âme — des sensations qui constituent ses besoins, parce qu'ils sont la conséquence des désirs et des faiblesses de notre nature ..….. seront toujours la continuelle préoccupation des magistrals du ministère public et le désespoir des juges, car le rôle de la volonté libre et délibérée des agents semble si atténué, dans ces faits passionnels, qu'on peut légitimement se demander si les méfaits de cette nature doivent être sanctionnés.
En fait, le jury se le demande et le doute qui en résulte profite toujours à l'accusé : il échappe ainsi à toute sanction et donne par son impunité
un pernicieux exemple social.