Aristote, Rhétorique, II, 23, p. 1400 B
guer de l'invraisemblance ps}xhologique d'une action. Antiphon n'a pas manqué de se l'approprier. Dans la /"■« Tétralogie l'accusateur prétend, on s'en souvient, que les auteurs du meurtre ne sauraient être des brigands, puisque le cadavre n'a pas été dépouillé. « Un brigand , surtout dans une affaire où il exposait sa vie, n'eût pas négligé un profit qui s'offrait de luimême. » A quoi l'accusé riposte que, si les brigands se sont enfuis à l'approche de quelque passant, ils ont fait preuve, non de sottise, mais de sagesse, en préférant le salut au gain '. Le même argument est répété plusieurs fois aussi dans le plaidoyer Sur le meurtre d'Hérodès. Contre le témoignage de l'esclave, qui déclare l'avoir aidé à transporter le cadavre, l'accusé raisonne ainsi : « En vérité je n'étais pas si fou, après avoir préparé à moi tout seul le crime, de peur qu'un tiers n'en eût connaissance — et c'était là en eff"et pour moi le danger — que d'aller, le crime une fois commis, chercher des témoins et des complices'. »
Il serait étongant enfin que la^ophistique n'eût pas eu quelque écho dans l'enseignernent d'Antiphon. De fait, on xeLève-dans ses plaidoyers plus d'une argutie qiH semble venir directement^ déjà. Dans la /" Tétralogie, par exemple, l'accusateur insinue que, si l'accusé a tué, c'était pour échapper aux conséquences d'un procès criminel que lui avait intenté la victime. Et quelques lignes plus bas, parlant de ce même procès, il ajoute : « 11 savait bien qu'il serait condamné, sans quoi il n'eût pas cru trouver plus de sûreté dans l'accusation de meurtre actuelle-. » Or confrontons ces deux propositions. La première peut se résumer ainsi : L'accusé a
1. Ire Tétralogie, 1, 4 et 2, 5. Cf. ibid., 2, 9; 8, 3 et 5; 4, 5.