Attische Bevedsamk., II (2e éd.. 1887), p. 353 sq
4. Le seul point certain, c'est qu'elle n'est pas d'Aristote. Sur l'attribution à Anaxiniène, déjà proposée au seizième siècle par Victorius dans sa préface à la Rhétorique d'.\ristote, voy. L. Spengel, Z:iioL';,i.-jr, T£-/vwv, p. ISî sq. Depuis, Spengel s'est fait le champion de cette opinion dans plusieurs écrits, et s'est enhardi même jusqu'à publier l'ouvrage sous le titre de Anaximenis ars rhelorica. Je reviendrai plus au long sur cette question dans un Appendice à la fin de ce livre.
5. L. Spengel, Anaximenis ars rhelorica, p. 4 : -ap5iXT;ça;j.£v Se /.a\ Twv Xq{T.~>'i Tôyvo-cpiîiçwv 3ît'.; ti vXaçjpbv 'jr.ia twv ï'jtôjv to'jtojv
•{(•(pxftth -atçtcyvai;. — Cf. E Mass, Dextsche Lilleralurzeit., 1896, no 4, p. 103.
quatrième siècle'. L'auteur y expose en grand détail les moyens de se concilier la bienveillance des juges, et prévoit trois cas, selon qu'on a afiaire à des juges favorables, ou indifférents, ou hostiles. Ce n'est que dans les deux derniers cas qu'il est nécessaire de faire appel à la bienveillance.
« Si les juges ne sont ni bien ni mal disposés à votre « égard, faites votre propre éloge et blâmez votre adverse saire. L'éloge de soi se tire des qualités auxquelles les « juges sont le plus sensibles : patriotisme, dévouement « aux amis, gratitude, humanité et autres sentiments « du même genre. Le blûme d'autrui, des vices qui irri- « tent le plus l'auditoire, c'est-à-dire des sentiments « contraires aux précédents. — On flattera aussi les ju- « ges en vantant leur équité et leur puissance. — On « alléguera les désavantages de sa situation, si l'on est « inférieur à son adversaire en quelque chose, soit dans « la parole, soit dans l'action, soit en quelque autre « point des luttes judiciaires. — On introduira en outre « les considérations de justice, de légalité, d'utilité et « autres semblables^
« Si l'on a affaire à des juges mal disposés, il faut de
1. G. 36. Cf. le c, 29, qui ti'aite spécialinneiit du genre ilélibératif, mais complète sur plusieurs points le c. 3C. — Je dois prévenir le lecteur que la traduction qui suit n'est pas littérale. Sans rien retrancher des idées, j'ai abrégé sur i)lusieurs points l'original, particulièrement en l'allégeant de ces sommaires et de ces récapitulations dont l'auteur encadre systémati([nement chacun de ses développements, et qui rendent son cxposilion si [inilixe et si fatigante.
2. G. 36, p. 73, éd. Spengel. — l'our le cas où les juges sont animés do dispositions hostiles, l'autour se contente de renvoyer à ce qu'il a déjà dit sur ce sujet c. 20, à propos des exordes délihératifs. C'est de ce chapitre que nous avons tiré l'exposé qui suit, lequel par conséquent n'est applicable à l'éloquence jtidiciaire que mutatis tnutandis.
« toute nécessité que leurs préventions s'attachent ou à « la personne de l'orateur, ou à sa cause, ou à son lan- « gage. 1° Les préventions qui tiennent à la personne « se rapportent, soit au passé, soit au présent. Si l'on est « suspect de quelque mauvaise action dans le passé, il «. faut user de la figure appelée préoccupation, et dire : « Je n'ignore pas les calomnies lancées contre moij « mais je vais montrer qu'elles sont fausses. » Après « cela on présentera brièvement sa justification, si on a « quelque bonne raison à faire valoir, et on attaquera « les jugements dont on a pu être l'objet. Que ces ca- « lomnies aient été émises devant le peuple ou devant « des particuliers, il faut en effet nécessairement, ou qu'il « y ait eu un jugement, ou que le jugement doive avoir « lieu, ou que vos accusateurs se refusent à demander « ce jugement. Dans ce dernier cas répondez que la sen- « tence a été injuste, et que vous avez succombé sous « les intrigues de vos ennemis. Si cela n'est pas possi- « ble, dites du moms que c'est bien assez d'avoir été « malheureux une fois, et qu'il ne serait pas juste, alors « qu'il V a chose jugée, d'être en butte à de nouvelles « attaques pour les mêmes motifs. Ou bien le jugement « est à venir : dites que vous êtes prêt à prendre pour « juges de ces calomnies les personnes mêmes qui vous « écoutent, et que, si vous êtes convaincu de quelque « tort envers l'État, vous portez contre vous-même la « peine de mort. Ou bien enfin vos accusateurs ne son- « gent pas à vous poursuivre : tirez de là un indice « qu'ils mentent et vous calomnient, car il ne paraîtra « pas vraisemblable que des gens sûrs de leur fait re- » noncent à obtenir justice. En tout état de cause on « flétrira la calomnie, et on dira que c'est un ûéau qui «' menace tout le monde, cause de mille maux. On rap- « pellera aussi que déjà bien des innocents ont péri, vic-
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* limes de la calomnie. On fera voir qu'il serait insensé « quand on délibère sur les intérêts publics de ne « pas écouter tous les orateurs et de se laisser indispo- « ser par les calomnies de quelques-uns'. Enfin on « promettra de prouver que la décision à laquelle on « convie l'auditoire est juste, avantageuse, honorable^.. « Si les préventions contre la personne de l'orateur « se rapportent au présent, il faut nécessairement qu'el- « les aient un de ces trois motifs. Ou bien il y a défaut « de convenance entre l'orateur et le débat; par exem- « pie, l'orateur est trop vieux, ou il est trop jeune, ou « il parle pour autrui '. Ou bien sa réputation est en op- « position avec sa plainte : robuste, il poursuit pour mau- « vais traitements un faible; violent, il poursuit pour « violences un homme pacifique; pauvre, il cite en jus- « tice pour dettes un riche. Ou bien enfin il y a accord « entre sa réputation et l'accusation dont il est l'objet : « par exemple, un fort est accusé de mauvais traite- « ments par un faible; un homme réputé voleur est « poursuivi pour vol.
i. Transposée en vue de l'éloquence judiciaire, cette dernière règle devrait se formuler à peu près ainsi : « On fera voir qu'il serait insensé, quand on recherche de quel côté est le bon droit, de ne pas écouter les deux parties et de se laisser indisposer par les calomnies de l'une d'elles. » (Cf. la formule d'exorde. citée plus bas p. 171.)
3. Cf. c. 29, p. 56-7. Sp. — .\vpc ce qui suit nous revenons au c. 30, et par conséquent aux exordes judiciaires.
3. Je lis Èiv àYioviïrjToii vswteooç r, ^pôoSJTEpo; <'!> ûzîp iXXiju, bien que les Mssn'aient pointïl devant ûnèoiÀXou. Cette lecture estévidente : plaider pour autrui est en etTet un troisième jjrlef distinct des deux autres, et qui sera réfuté à part quelques Uj^fues plus bas (liv o^ OrÈo iXXou Xé^r,?, ^ritiov ...) — Je maintiens d'autre part les mots f, j:psa6iiT£po;, bien que le moyen de réfuter ce grief ne soit pas indiqué dans la suite. L'auteur renvoie sans doute- implicitement h ce qu'il a dit à ce sujet c. 29, p. 57, éd. Spengel : lit tî f^p vioj sotvtEXCi; Wv TE iîpE!i6j-tri; Sr)uiT)YOf^, ôvioyEoxIvETai • tio [aSv yi? oîrrw 5SpyO»!, 'M Si riSr) neicaiioOoii ;;po(ii^)i£iv oîovtïi.
« Les présomptions naissent de la cause quand on « plaide contre des parents, des amis, des hôtes, de sim- « pies particuliers, ou encore pour un motif insigni- « fiant ou honteux; car toutes ces circonstances font tort « aux plaideurs.
« Comment on peut détruire toutes les accusations « dont il vient d'être question, je vais le montrer.
« Voici d'abord à ce sujet deux principes généraux : « toutes les considérations par lesquelles vous prévoyez « qu'on frappera l'esprit des juges, il faut d'avance vous « en emparer; en second lieu, il faut rejeter les griefs '« de préférence sur votre adversaire, sinon, sur quelque « autre personne, en ayant soin d'expliquer que, si vous « vous trouvez en procès, ce n'est pas de votre plein gré, « mais par la faute de la partie adverse. — A chaque « prévention en particulier on fera les réponses sui- « vantes. Si vous êtes trop jeune, vous alléguerez l'ab- « sence d'amis plus âgés qui plaideraient à votre place, « l'énormité ou le nombre des torts, l'urgence ou quel- « que auti^ motif de ce genre. Si vous plaidez pour au- « trui, dites que vous le faites par amitié pour la per- « sonne,, ou par haine contre son adversaire, ou parce « que vous avez été témoin des laits, ou parce qu'il y va « de l'intérêt général, ou parce que votre protégé est « isolé et victime de l'injustice. Si votre réputation est *; en désaccord avec votre plainte , ou en accord avec « l'accusation portée contre vous, allez au devant des « reproches, et dites qu'il n'est ni juste, ni légal, ni « avantageux de donner tort aux gens sur des présomp- « tions et des soupçons, avant d'avoir entendu toute l'af- « faire.
« 2° Quant aux préventions qui naissent de la cause, « on les écartera en rejetant la faute sur l'adversaire, «. qu'on accusera d'injures, d'injustice, d'avidité, d'hu-
« meur querelleuse, de colère, et en prétextant qu'on « s'est trouvé dans l'impossibilité d'obtenir justice par « un autre moyen '.
« 3" Les préventions naissent du discours, lorsqu'il « est trop long, ou suranné, ou peu convaincant; s'il « est trop long, il faut en rejeter la faute sur le nombre « des faits; s'il est suranné, il faut montrer qu'il est « encore de circonstance; s'il n'est pas convaincant, il « faut promettre de prouver tout à l'heure qu'il est « vrai ". » Etc.
Il y a là, comme on voit, un inventaire minutieux, infini, de toutes les ressources de l'exorde; on y admire cette extraordinaire richesse d'observations (-rXffiiç) que signalait Aristote. Prévoir, définir, classer les innombrables cas que la réalité peut offrir, suggérer pour chacun d'eux les arguments topiques qu'il comporte, telle était la tâche des rhéteurs. Rien de plus frappant, en outre, que le caractère purement empirique et utilitaire de ces prescriptions. Aucune de ces vues générales sur les mœurs et les passions, sur leur nature, leurs causes et leurs effets, qui font l'intérêt durable de la Rhétorique d'Aristote. En revanche, quantité de conseils pratiques, disons mieux, de recettes : « Si vous êtes en telle ou telle passe, dites ceci, dites cela. » Parfois même le manuel ne se borne pas à suggérer l'idée à développer, il en fournit une formule toute prête que le plaideur n'aura qu'à insérer dans son discours. Tels étaient, on peut l'affirmer, les anciens Traités : ils contenaient peu de considérations théoriques, mais force préceptes particuliers d'une application immédiate.
1. C 3(), p. 'l'iîi, S|i. — <> qui suit est tlf iinuvenu ( iiiprunli^ au c. 20.