C. Aphobos, I, 47-8; II, 23; III
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« Qu'est-ce qui donne du crédit aux paroles? N'est-ce pas les témoignages? Je le pense. Et aux témoins? N'est-ce pas la torture? Naturellement. Et qu'est-ce qui enlève tout crédit aux paroles de mes adversaires? N'est-ce pas leur opposition à tous ces moyens de preuve? Sans aucun doute. Comment donc pourrait-on vous démontrer plus nettement les faits?... Non certes, par les dieux de l'Olympe, je ne saurais fournir de preuves plus fortes. Celles que j'ai données me paraissent complètes. »
Qui ne voit que ce morceau — c'est la raison pour laquelle il pouvait s'adapter à la plupart des cas — est bien moins le résumé des arguments produits dans tel plaidoyer déterminé qu'un catalogue des différents genres de preuves qu'enseigne la rhétorique? IS'ul besoin d'ailleurs que toutes ces preuves aient été réellement fournies; devant un jury populaire il suffît en général d'affirmer hardiment qu'elles l'ont été. Il y avait donc là un excellent modèle de péroraison à la manière attique, je veux dire courte, vive, et dont une récapitulation fait presque tous les frais.
Enfin on lit chez Isée, toujours dans le plaidoyer Sur l'héritage de Kiron', une amplification (xjçt;;'.;) sur la torture comme moyen de preuve, que Démosthène a transcrite intégralement dans son premier plaidoyer Contre Onétor' :
« De quelque affaire qu'il s'agisse, ou privée ou publique, vous regardez la torture comme le plus exact moyen de preuve. Lorsqu'un fait s'est passé en présence d'esclaves et d'hommes libres, et qu'il inipi^rte de savoir à quoi s'en tenir, ce n'est pas au témoignage des hommes
libres que vous avez recours, vous mettez les esclaves à la question : c'est par ce moyen que vous cherchez à connaître la vérité sur l'affaire. Et vous faites bien, juges : vous savez par e.xpérience qu'on a vu plus d'un témoin déposer le faux, tandis que parmi les esclaves mis à la torture, on n'en a pas encore trouvé un à qui elle n'ait fait dire la vérité. Et cet homme vous demandera de le croire, lui qui se refuse à des preuves si sûres' !... »
Par l'exemple de Démosthène, s'appropriant sans scrupule plusieurs morceaux d'isée, nous avons vu avec quelle liberté plaideurs et logographes puisaient pour leur usage dans les recueils de lieux communs. Evidemment on les considérait comme propriété publique. Mais il est un de ces morceaux dont la fortune est plus curieuse encore, car nous le suivons pour ainsi dire à la trace pendant près d'un siècle. C'est un exorde de défense dont on peut reconstituer le texte original à peu près ainsi :
« Vous voyez les manœuvres et l'animosité de mes ennemis, et il n'est pas besoin de m'étendre sur ce sujet. Quant à moi, tous ceux qui me connaissent savent quelle est mon inexpérience. Je vous demanderai donc une grâce, aussi juste que facile à accorder : c'est de m'écouter sans colère, moi aussi, comme vous avez écouté mon accusateur. Car l'accusé, même si vous l'écoutez avec impartialité, garde nécessairement encore le désavantage. Mon accusateur a machiné à loisir et sans danger son accusation, tandis que moi, c'est au milieu de la crainte, de la cah)mnie et des plus graves dangers
1. Théon, Progymn. {Rhel. graeci. éd. Spengel, II, 63) dit d'autre part quo Démosthène a transporté dans son discours Ç. Midias maints passages du plaidoyer d"Isée /.«i A'.oO.éouç, aujourd'hui perdu.
que je me défends. Il est donc juste que vous montriez plus de bienveillance envers l'accusé. Plus d'une fois en effet, vous le savez, les auteurs des accusations les plus graves ont été sur le champ convaincus d'imposture avec une telle évidence que vous auriez beaucoup plus volontiers puni les accusateurs que les accusés. Plus d'une fois aussi des témoins ont été convaincus d'avoir menti et fait périr des accusés, mais trop tard pour ces malheureux. Donc, puisqu'il est arrivé nombre d'événements de ce genre, il est juste de ne pas ajouter foi aux discours de mes adversaires avant que j'aie répondu moimême. Si l'accusation dirigée contre moi est grave ou non, il vous est possible de le savoir d'après les discours de mon accusateur; mais si elle est \ raie ou fausse, vous ne pouvez le juger avant d'avoir écouté aussi ma propre défense. J'entends dire en effet, et vous savez tous aussi sans doute, que le plus terrible de tous les maux, c'est la calomnie. Je vous conjure donc d'écouter ma défense avec bienveillance; loin de prendre à mon égard le rôle d'adversaires, de suspecter mes discours, de donner la chasse à toutes mes paroles, entenJez jusqu'au bout ma justification, et alors seulement prononcez le jugement qui vous paraîtra le meilleur et le plus conforme à votre serment. »
Il est fait allusion à cet exorde dès 428, dans un fragment de la Bouteille (ïl >-.{'/ r^j du poète comique Cratinos. On connaît le sujet de la pièce : la Muse, épouse légitime du poète, traduit celui-ci devant les juges pour délit d'adultère avec une courtisane, Daine Bouteille. Les premiers mots de la défense de Cratinos nous ont été conservés, tt-.v jaIv KapasxiuYjv '5w; vipùsxsTï : c'est une parodie évidente de notre lieu commun '. En 899, Ando-