Dioi^ène Laerce, VllI
lO
ment démocratique'. 11 est clair que, seule, une parole habile et exercée pouvait emporter de tels résultats. Donc Empédocle fut un orateur éloquent. Et cela étant, si l'on songe que juste à ce moment l'éloquence devenait pour tout citoyen de ces démocraties naissantes une arme nécessaire, on comprendra qu'Empédocle ait eu l'idée d'enseigner la parole. Il n'eut pas besoin, du reste, d'ouvrir pour cela une école; autour de lui s'était déjà formé un cercle d'auditeurs, auxquels il communiquait, selon la méthode des physiciens de ce temps, tout ce qu'il savait lui-même ou croyait savoir : philosophie, poésie, médecine, magie même. Qu'à ces matières si diverses il se soit un jour avisé d'ajouter quelques observations orales, quelques conseils sur l'art oratoire, suggérés par son expérience personnelle, rien de plus naturel ; et voilà sans doute ce qu'Aristote appelle la rhétorique d'Empédocle. Dans ces conditions, il serait bien hasardeux d'en rechercher la nature. Du moins peut-on dire ce qu'elle n'était pas. J'imagine qu'elle ne ressemblait guère à la rhétorique de Corax : on se représente mal ce poète illuminé, ce thaumaturge initiant ses disciples aux roueries de la chicane. Rappelons-nous d'ailleurs la mise en scène imposante dont il aimait à s'entourer pour prendre la parole devant le peuple; drapé dans une robe de pourpre et le front ceint d'une couronne, il arrivait à l'agora sur un char traîné par quatre mules blanches^. Ne sent-on pas que tant d'apparat extérieur ne pouvait convenir qu'à une parole magnifique et pompeuse? Pompeuse aussi sans doute était l'éloquence qu'il enseignait. Peut-être même tous