‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 131 sur 224 · Fragm. C de la i^'/v/j · texte numérisé non relu

Fragm. C de la i^'/v/j

que d'Isocrate. Peine assez inutile, car la conclusion de ses minutieuses analyses, c'est que la prose d'Isocrate est une combinaison de tous les rythmes, mais sans, prédominance sensible des iambes et des trochées'. Cela revient à dire, et l'on s'en doutait d'avance, que le rythme oratoire est affaire avant tout d'instinct et^ d'oreille.

Il en est de môme de l'harmonie musicale (t: [wus'.xw? ct'xcïvj, l'un des plus grands charmes de la phrase d'Isocrate". Klle résulte essentiellement d'une heureuse combinaison des voyelles et des consonnes, tant dans le corps des mots que dans le courant de la phrase. Mais cette combinaison est-elle calculée partout et jusque dans le plus menu détail? Peut-on la ramener à des lois précises? Évidemment non; et Denys d'Halicarnasse, dans son Traité sia- Isocrale, s'y est employé sans succès -. En dehors de cette harmonie, où l'instinct a la plus grande part, les procédés systématiques dont use Isocrate pour rendre sa phrase musicale sont peu nombreux. Le principal est l'emploi des figures gorgianiques '. Sans abuser autant que Gorgiasde ces ornements équivoqljes, Isocrate en fait grand cas; il les appelle « les briHants » du style, et y voit un sûr moyen « de forcer l'auditoire à des gestes et des cris d'admiration \ » Citons encore deux règles négatives que donnait la technc : « Éviter que deux voyelles se heurtent dans le cours d'une phrase, et que la même s\llabe se répète

J. ÀUiscli. lieredsinn/ic'H, l. 11. ji. l;i!>, d De Isucrateis nunicrix commentalio, Keil, 1891.

:,'. Anlidosis, 40. C. les Sophistes, Iti. Lettre VJ, (î.

H. C. 11 8(1. — Cf. Blass, oitvr. cite. 11, p. \-i9 sq.

'i. Pnnntliénaîque, -2. — Toulefois Isocniti! no songe ici qu'an style ('pi(liclii|ue.

ô. Panathénaïque, ;J. (U'. Anlidosis, 17.

à la fin d'un mot et au commencement du suivant, exemple : tl-z'jnx ':xir„ ri'Kr/.T. y.7.'hi, IvOa (-)aAr,ç '. » La seconde de ces règles a peu de portée, mais il en est autrement de la première. La langue grecque avait toujours montré pour l'hiatus une répugnance marquée : il est à peu près entièrement banni de la poésie, même la plus ancienne, comme celle d'Homère. Et la prose savante, elle aussi (les fragments de Thras3machos en témoignent") s'était montrée, dès ses débuts, soucieuse de l'éviter. Mais c'est Isocrate qui, le premier, a édicté la règle. Et celle-ci apparut dès lors comme tellement conforme au génie de la langue que tous les prosateurs, historiens, philosophes, orateurs la suivirent avec plus ou moins de rigueur, et qu'elle resta jusqu'au temps même de Plutarque un des principes fondamentaux de la prose littéraire.

Ces renseignements fragmentaires sont bien insuffisants. Ils ne nous livrent pas, je l'avoue, tout le secret de cet admirable langage d'Isocrate, « plus fait, selon le mot enthousiaste d'un critique ancien, pour des demidieux que pour des êtres humains-^. » Du moins suffisent-ils à établir que dans l'architecture de la période isocratique l'intuition et le génie ne sont pas tout, et qu'il s'y ajoutait des règles précises.

I 3. — Les Exercices.

Y\près cette instruction toute théorique venait le tour des exercices. Ceux-ci semblent avoir pris dans l'école

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