Contre les Sophistes
s'interrompt : « Je corrigeais mon discours, qui comprenait ce qu'on a lu jusqu'ici, en compagnie de trois ou quatre jeunes gens habitués à vivre dans mon intimité. A le parcourir, il nous semblait bien réussi et n'avoir besoin que d'une fin. » L'auteur ajoute qu'il ne voulut pas toutefois s'en tenir à l'approbation de ces jeunes gens. Comme le sujet du Panathénaïque est un parallèle entre Athènes et Sparte, il eut l'idée de faire appel aux lumières spéciales d'un de ses anciens disciples, autrefois membre du gouvernement sous l'oligarchie, et partisan déterminé des Lacédémoniens. Cet homme vint, et ayant lu d'un bout à l'autre la harangue d'Isocrate, il la combla d'éloges, un point cependant excepté. Il lui parut qu'Isocrate avait maltraité plus que de raison les Lacédémoniens : « N'eussent-ils pas rendu à la Grèce d'autres services, ils ont du moins le mérite, ayant trouvé le meilleur svstème d'éducation, de le pratiquer eux-mêmes, et d'en donner l'exemple aux autres.» Ainsi parla brièvement l'ami de Lacédémone. On a le droit de s'étonner de l'extrême vivacité avec laquelle Isocrate réfute cette critique : la vanité d'auteur blessée apparaît toute nue dans sa riposte. Là-dessus applaudissements unanimes, car toute l'école assemblée assiste à cette scène. On s'empresse autour du maître, on le félicite de sa brillante défense et de l'ardeur toute juvénile qu'il vient de déployer, en dépit de ses quatre-vingt-dixsept ans. Quant au fâcheux contradicteur, il ne recueille que dédain et pitié. Le vieil Isocrate lui-même, il l'avoue, se sent grisé et comme rajeuni : aussi n'a-t-il de cesse, une fois seul, qu'il n'ait dicté à son esclave son plaidoyer improvisé. Mais l'histoire ne finit pas là. Trois ou quatre jours s'étant passés, Isocrate relit son discours; et, sa fièvre calmée, le voilà repris de doutes et d'inquiétudes. L'ami de Lacédémone n'avait-il
point raison? Le Panathénaïque n'cst-il pas un pamphlet injuste et blessant pour les Spartiates? Plus d'une fois, nous dit-il, la tentation lui vint de jeter son manuscrit aux flammes : s'il n'y céda pas, ce fut par pitié •pour sa \ieilicsse et en souvenir do t(Hite la peine que cette œuvre lui avait coûtée. Mais il fallait prendre un parti. Celui qu"il adopta fut de convoquer sans délai le ban et l'arrière-ban de ses disciples présents alors à Athènes : on délibérerait en commun pour savoir si le Panalhénaïque devait être détruit ou livré à la publicité, et quelle que fût la décision de cette assemblée plénière et solennelle, Isocrate s'y soumettrait. Aussitôt fait que dit. Des messagers coururent toute la ville à la recherche des disciples. Ceux-ci arri\és, le maître leur expose le but de la réunion, puis fait lire son œuvre. Naturellement, le résultat fut tel qu'Isocrate l'avait souhaité (en avait-il douté, même un instant?); ce furent des acclamations sans fin. Tel est le récit d'Isocrate. Nous l'avons résumé, parce qu'il nous fait pénétrer en quelque manière dans l'mtimité du rhéteur, parce qu'il nous initie aux relations du maître et de ses disciples, et entr'ouvre pour nous la porte de l'école.
CONCHJSIOX .
I I. Succès de i enseignement d'Isocrate, ses causes.
L'enseignernent d'Isocrate eut un succès inouï; à tel point qu'ij^se laitJ^oire„gu^elgu e__£art de réunir à lui seul plus de disciples que tous ses rivaux ensemble '.