Antidosis
Tous les autres maîtres furent éclipsés; même le plus illustre d'entre eux, Aristote, dut renoncer à la lutte. Ne peut-on découvrir dans l'étude qui précède quelquesunes des causes de ce succès?
Isocrate réalisait pleinement la définition qu'il a proposée lui-môme d'un bon maître : « Un bon maître est celui qui sait beaucouj)de^ose^, les unes par tradition, les autres pour les avoir trouvées personnellement '. » Très considérable est, en efi'et, chez lui la part de tradition. Tout ce qu'avaient inventé ses devanciers ou ses maîtres, il a su se l'approprier. C'est à Gorgias qu'il doit l'idée et la première ébauche de la période'. La séparation des vocabulaires de la prose et de la poésie avait déjà été faite avant lui., même dans le genre épidictique, par ses prédécesseurs, en particulier par Lvsias-. Avant lui Thrasymachos avait déjà, au témoignage d'Aristote, essayé de soumettre la prose à un rythme ^ 11 n'est pas jusqu'à la règle de l'hiatus que ce même écrivain n'eût pressentie \ Enfin nous avons dit quelle place Isocrate a faite dans son enseignement aux idées socratiques^. Tout cela nous montre une riche érudition, un don exceptionnel d'assimilation, un très vif sentiment des conditions de la beauté oratoire. Mais ce n'est pas tout ; l'originalité d'Isocra^ éclate rnême dans ses emprunts. Presque toutes les inventions que nous venons de rappeler n'étaient qu'ébauchées, à demi conscientes; il a eu le mérite de les parfaire, de les formuler en règles, en sorte qu'on peut dire que toute la rhé-