Lettre aux fils de Jason (VI), 8, et passim
l'initiation directe par l'exemple.* Pour toutcequi ne peut pas être enseigné, il faut, dit Isocrate, que le maître soit lui-même un modèle tel que ceux qui reproduiront sa manière et sauront l'imiter auront tout de suite dans le discours une fleuret une grâce où les autres ne sauraient atteindre» '. En formulant cette condition, Isocrate songeait, cela va sans dire, à lui-même. Auteur de tant de chefs-d'œuvre, il pouvait en effet montrer aux futurs orateurs, non pas abstraite et lointaine, mais toute réalisée dans ses écrits, la perfection à laquelle ils tendaient. Dans cette direction pratique, telle que nous avons essayé de la décrire, résidait, si je ne me trompe, l'efficacité principale de l'enseignement d'Isocrate. Si de plus l'on se rappelle que cet enseignement durait de trois à quatre ans, peut-être aura-t-on la clef de ses étonnants résultats".
% 2. — La Rhétorique après Isocrate.
Les destinées de la rhétorique et de l'éloquence attiques ont été solidaires.
Avant la fin du quatrième siècle Athènes perd sa liberté. Du coup l'éloquence politique disparaît brusquement, par ce qu'il n'y a plus d'occasions pour elle. Quant à l'éloquence judiciaire, bien que moins directement atteinte, elle végétera désormais elle-même sans éclat. A la glorieuse génération des Démosthène, des Eschine, des Hypéride, des Lycurgue succèdent, d'abord
i. C. les Sophistes, 18.
2. Sur Isocrate éducateur voir Paul Girard, L'éducation athénienne, pp. 310-327, et la thèse de M. F. Strowski, De Isocratis paedagogia (Albi), 1898. Le présent chapitre a été écrit avant la publication do ce dernier ouvrage.
quelques talents honorables encore, Démétrios de Phalère, Démocharès, Charisios. Puis, peu à peu, c'est le
l'At-
silence absolu. L'éloquence déserte définitivement tique, et prend son vol vers l'Asie et les îles '.
Que pouvait devenir dès lors la rhétorique? Jusque-là elle était restée un art exclusivement prajtique. Née de l'expérience, elle n'avait [amais eu d'autre ambition que de rèayir à son to ur s u r cd^l e-c i pou r^ 1 u i servir d'auxiliaire ctjie gukle. La conséquence de cette intime solidarité, c'est que la ruine de l'éloquence devait amener à bref délai celle de la rhétorique. Et en effet cette dernière, après Isocrate, décline rapidement et s'éteint^.
II est vrai que, juste à ce moment, Aristote fonde une rhétorique nouvelle, plus spéculative que pratique, et dont le but est moins de former des orateurs que d'étudier la nature et Jes lois de 1 art de la parole. Et cette tendance scientifique s'accusera de plus en plus chez ses successeurs, en particulier dans les écoles péripatéticienne et stoïcienne^. Mais nous n'avons pas à suivre la rhétorique grecque dans cette seconde phase de son histoire. Le nom d'Isocrate clôt la période attique, que nous nous étions proposé d'étudier.
1. Cf. Blass, Die griechische lieredsamheil in dem Zeiiraum von A lextinder bis àuf .1 uffu^lits ( 18tS), clmiiitro i. 3. Ibid., p. 8L ;■$. Ibid.. p. 78 sff.