Rhe tores graeci, éd. Walz, IV, p. 11 sq
nus, il se mit à conseiller le peuple sur l'affaire en discussion, comme on fait dans une narration (î'.t;v-(;c'.;). Ensuite il récapitula brièvement les choses précédemment exposées et les remit de nouveau sous les veux du peuple. Ces diverses parties, il les nomma Trfssîjxiiv, Zi-(;[r,ai.ç (àY3)V£ç T.apiv.Sxz'.ç — ces deux mots constituent une interpolation manifeste), è-r/.i-,':;... Sans crainte de l'envie, Corax fit publier qu'il enseignait la rhétorique, promettant de la communiquer à tout venant movennant un prix fixé. »
L'histoire des rapports entre Corax et Tisias et de leur procès est sans nul doute une fable. Mais cette fable atteste du moins la réputation de sophistes subtils et captieux qu'avaient laissée les deux rhéteurs siciliens; et à ce titre elle n'est pas tout à fait dépourvue d'intérêt. « Un certain Tisias, ayant entendu dire que la rhétorique était l'art de persuader, s'en va trouver Corax pour se former dans cet artT Mais une fois qu'il n'eut plus rien à apprendre, il voulut frustrer son maître du salaire promis. Les juges s'étant rassemblés, Tisias eut recours, dit-on, devant eux à ce dilemme : « Corax, qu'as-tu pro- « mis de m'apprendre? — L'art de persuader qui tu « voudrais. — Soit, reprit Tisias : ou bien tu m'as ap- « pris cet art, et alors souffre que je te persuade de « ne point toucher d'honoraires; ou bien tu ne me l'as « pas appris, et dans ce cas je ne te dois rien, puisque « tu n'as pas rempli ta promesse. » Mais Corax, à son tour, riposta, dit-on, par cet autre dilemme : « Si tu « réussis à me persuader de ne rien recevoir, il faudra « me payer, puisque j'aurai tenu ainsi ma promesse. Si « au contraire tu n'y arrives pas, dans ce cas encore tu « devras me payer à plus forte raison. » En guise de verdict, les juges se contentèrent de dire : « A méchant cor- « beau, méchante couvée. » (xa-/.oij y,:pay.oî y-axà ùi). Quant
Tisias, ainsi libéré, il se mit à enseigner à son tour la rhétorique et à la répandre'. »
En somme, la personnalité de Corax et de Tisias nous échappe complètement; du moins, connaissons-nous un peu mieux leur œuvre, et cela importe surtout. Le livre qui avait fait la réputation de Cjrax, c'était sa Té/.vi; pr-.:p:-/.T„ par abréviation xi/.v), ou Traité de rhétorique. Quant à Tisias, on lui attribuait, outre une -iyyr,, un plauloyer^çoiTigosé pour une femme de S\racuse !^ur une affaire de propriété'. Ce dernier écrit n'étant cité que par Pausanias, on en a nié l'authenticité 3, Et de fait, il semble bien que personne en Grèce avant Antiphon n'ait considéré un discours prononcé au tribunal comme une œuvre littéraire, digne de survivre à la circonstance qui l'avait inspirée. Mais, s'il n'est pas certain que Corax et Tisias eussent publié des plaidoyers, il est hors de doute qu'ils en avaient composé beaucoup. Tous les deux, en effet, ont été des avocats. C'est la pratique du m é tier qui a suj^'^^éré à Cjrax et l'idée et le for^l de sop manuel. Dans le cours de sa longue carrière oratoire il avait fai t__Q]us d'une observation utile. Le jour où il s'avisa de réunir ces remarques, tirées de son expérience personnelle, de les rédiger sous forme de préceptes pratiques, de les éclairer par des exemples, c'est-à-dire par des cas empruntés à la réalité, il créa la première des Rhétoriques.
i. Fi!ut-èti-e t'au'irait-il pliilùl traduire « et à l'étendre » (itÀxtùvs'.v), c'est-à-dire à reiiricl)ii' et l'ainplilicr (tîhelires f/rrieci, VValz, IV, p. 1'».) — DiogtMie Laerce (VII, 5'i ) ra|)porte un démêlé de ce genre entre Protajforas et un de ses élèves. Un passage du Gargitis de Platon (p. ôH C) prouve du refile i|ue le refus par le disciple de p lyer les iionoraires dus au maître était un cas des plus fréipients.