Fraym. G (éd. Blass
loppement si usé qu'on s'excuse d'y recourir : « C'est un usage général, quand on se présente à cette tribune, de proclamer que les affaires sur lesquelles on va donner son avis sont fort importantes et du plus haut intérêt pour la République. Si jamais cet exorde a convenu en quelque circonstance, j'estime que c'est surtout en la circonstance présente. » (Isocrate, Paix, i.) « Vous connaissez l'habitude de vos orateurs politiques. Ils vous disent que la question est pour vous du plus haut intérêt et que vous devez porter toute votre attention à ce qui fait l'objet de leur discours. Si jamais un tel langage fut justifié, j'ai moi aussi, je pense, le droit de m'en servir en ce moment. » (Démosthène, Contre Timocrate, 4) '. — 3° Prie^ directement les juges de vous écouter. Ainsi font en effet tous les plaideurs, et c'est déjà chez Antiphon un des éléments fixes de l'exorde. « Je vous ferai une demande, juges, non pas celle que vous adressent la plupart des plaideurs, qui vous demandent de les écouter... » (Meurtre d'Hérodès, 4) '. Il y avait là une allusion au serment solennel par lequel les héliastes juraient, avant d'entrer en charge, d'accorder même attention et à l'accusation et à la défense.
Mais ces deux premières fonctions de l'exorde sont en somme secondaires; et les Manuels s'y attardent peu.
1. Cf. Lysias, P. Callias, 5. Isocrate, C. Callimaque, 34 Démosthène, C. Conon, 42. C. Polyclès, 1 : « Entre Polyclès et moi le dôbat n'est pas purement privé, il intéresse l'État tout entier. Or, lorsque sous une plainte privée vous apercevez un dommage public, comment pourriez- vous ne pas écouter? » (Cf. ibid., 66). C. Midias, 8 : « Veuillez considérer qu'il y a un intérêt public à ce que personne ne commette de pareils actes, et, jugeant que ma cause est celle de tous, écoutez-moi avec attention. «
2. Exemples : Isée, Héril. de Kiron, 5. Démosthène, C. Aphobos, I, 3. C. Phormion, 1. C. Nausimachos, 2. C. Bœolos, II, 4. C. Conon, 2. C. Midias, 7. Etc.
Le but essentiel de l'exorde, c'est de gaf;ner la bienveillance de l'auditoire. Nous avons vu par le long extrait de la Rhétorique à Alexandre, cité plus haut', dans quelle multiplicité de prescriptions et de conseils entraient à ce sujet les rhéteurs. Sans les suivre dans ce détail infini, bornons-nous ici à relever un petit nombre d'idées fondamentales auxquelles se ramènent, en dernière analyse, presque tous les exordes attiques.
Moyens de rendre l'auditoire bienveillant.
Les exordes judiciaires appartiennent, pour la plupart, à ce que l'ancienne rhétorique nommait le genre « insinuant». Au moment où le plaideur prend la parole, sa cause, sa personne même sont ignorées. Il débute, du ton le plus simple ; et voilà que par degrés se dessine un caractère sympathique, auquel chaque sentiment, chaque pensée ajoute un trait nouveau. Rien, au premier abord, de plus naïf et de moins concerté que ce portrait. Mais qu'on l'examine de près : on y découvrira la main d'un logographe très avisé, qui sait à merveille ce qu'il faut servir à un jury pour lui plaire. La foule athénienne, avec ses opinions, ses préjugés, ses passions généreuses ou mauvaises, voilà le modèle sur lequel cette physionomie de circonstance est tracée. Souvent la réalité ne fournissait guère au logographe : il lui fallait composer de toutes pièces un personnage svmpathique. C'est le procédé que Denys d'Ilalicarnasse a
\. Voir yi. Kil sq.
très heureusement décrit à propos de Lvsias : « Quand la réalité ne lui fournit aucun secours, Lvsias crée luimême les mœurs de ses personnages, et met dans leur bouche le langage de la bonne foi et de la vertu. Il leur prête des goûts honnêtes, des sentiments sages, des paroles pleines de raison. 11 les représente animés de haine pour les paroles et les actions iniques, observant la justice dans leur conduite, et doués de toutes les qualités de ce genre qui peuvent faire paraître les mœurs sages et vertueuses'. » Le tort de Denys est d'attribuer cette méthode exclusivement à Lysias, car les autres logographes attiques l'ont également pratiquée, bien qu'avec moins d'art et de bonheur. Chez tous aussi cette physionomie sympathique est faite des mêmes traits fondamentaux, fort peu nombreux : rien de plus facile que de les reconnaître et de les compter.
Etudions d'abord les lieux communs qui appartiennent à la fois aux deux parties :
I. Aux deux parties il convenait avant tout de louer et de flatter leurs juges'. On sait comment étaient composés les tribunaux populaires athéniens : c'étaient de véritables foules, puisque le nombre des jurés y atteignait parfois six mille, sans jamais descendre au-dessous de deux cents. Or quelle foule n'est pas sensible à la