Ispcrate, Anlidosis
fortune apportait une sécurité et une considération tçUes que tous cherchaient à paraître plus riches qu'ils ne l'étaient réellement'. Mais quel changement depuis lors dans les mœurs! « Ce n'est plus, dit-il, le crime qu'on poursuit dans les tribunaux, c'est la fortune. Devant des juges irrités et aigris par leur propre misère, il faut se défendre d'avoir du bien, comme d'un méfait : l'apparence de la richesse est plus dangereuse qu'une culpabilité bien établie'. » A ces causes de l'hostilité populaire il en faut ajouter d'autres plus légitimes. Sophistes et rhéteurs avaient donné prise eux-mêmes aux méfiances et aux soupçons par l'outrecuidance de leurs programmes et de leurs formules. Protagoras ne déclarait-il pas qu'il enseignait les moyens de faire triompher sûrement la cause la plus faible^? N'avait-on pas entendu Gorgias se vanter d'être en état de parler sur toute matière d'une façon plus persuasive que l'homme compétent*? Polos, son disciple, n'égalait-il pas la puissance de l'homme éloquent à celle d'un tyran ■'^? Isocrate lui-même restait fidèle à cette conception à la fois puérile et vantarde de l'éloquence, quand il la définissait « l'art de faire paraître grandes les choses petites, et petites les grandes, nouvelles les anciennes, et anciennes les nouvelles''. » Ainsi exalté, l'art de la parole apparaissait au vulgaire plein de prestiges et de sortilèges. Pour plus d'un ces étrangers étaient doués d'une puissance mystérieuse et en possession de secrets qui assuraient le succès dans toutes les discussions. C'est à cette crédulité populaire que fait