‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 148 sur 224 · Thucydide, VIII · texte numérisé non relu

Thucydide, VIII

des accusés, ou l'on mut en lumière les désavantages de ceux-ci. Les premiers ont tout loisir pour préparer leur accusation et machiner leurs calomnies; de plus, ne courant aucun danger, ils restent en possession de tout leur sang-froid. Les accusés au contraire, obligés de répondre presque à l'improviste, et troublés en outre par l'incertitude du résultat, perdent une partie de leurs moyens et se montrent inférieurs à eux-mêmes. La conclusion, c'est qu'en accordant une égale bienveillance aux deux parties, le tribunal ne ferait pas assez, et que les accusés ont droit à une bienveillance plus grande. Ce lieu commun se trouve déjà chez Antiphon : « Fatalement, celui qui court un danger personnel doit commettre quelque faute. 11 lui faut se préoccuper nor^eulement de ce qu'il dit, mais encore de ce qui en tj^J^ tera, car toute chose qui ne s'est pas epc^fe produite à •-*"'

la lumière dépend bien plus de la fortune que de notre prévoyance. Voilà ce qui cause un grand trouble à l'accusé. En effet je vois que les plus expérimentés dans l'art des procès parlent beaucoup plus mal que d'ordinaire, quand ils se trouvent en péril; quand au contraire il n'y a aucun danger pour eux-mêmes, ils réussissent bien mieux. » [Meurtre d'Hérodès, 6-7.) C'est encore la même série d'idées qui forme le fond de l'exorde anonyme, dont nous avons signalé plus haut la reproduction en triple exemplaire chez Andocide, Lysias et Isocrate'. Enfin ce raisonnement a été repris

maintes fois dans la suite : « Je vous en prie, juges,

écoulez-moi avec le même silence, et, s'il se peut, avec plus de bienveillance que mon adversaire, car plus on court de danger, plus on a droit à votre bienveillance. » (Démosthène, C. Euboulidès, \). « A mon avis, juges,

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