‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 151 sur 224 · Denys d'Halicarnasse, Lysias · texte numérisé non relu

Denys d'Halicarnasse, Lysias

• 4. Denys d'Halicarnasse, Isée, 10. (Jn peut citer également l'exorde du plaidoyer Sur l'héritage de Cléonymos.

5. Démosthène, C. Aphobos, 1, 1. HI, 2. C. Onétm; I, 2. C. Spoudias, 1.

Enfin on pourrait citer encore les exordesdu deuxième discours Contre Bœotos et du discours Contre Olympiodoros, œuvres anonymes qui portent indûment le nom de Démosthène.

« Juges, dit l'auteur du second de ces plaidoyers, je voudrais bien, certes, n'avoir pas à plaider contre Olympiodoros, qui est mon parent, et dont j'ai épousé la sœur. Mais j'y suis forcé par les torts considérables qu'il me cause. Si j'agissais ainsi sans avoir rien à lui reprocher et sur des griefs mensongers, si je repoussais l'arbitrage des amis d'Olympiodoros et des miens, si je m'écartais de quelque façon que ce soit de la justice, sachez-le bien, j'en rougirais moi-même, et je me regarderais comme un malhonnête homme. Mais non, le dommage que me cause Olympiodoros n'est que trop grand; je ne me refuse à aucun arbitrage, et ce n'est pas de mon plein gré, j'en atteste la puissance de Zeus, c'est tout à fait contre ma volonté que j'ai été contraint par lui de soutenir ce procès. Je vous prie donc, juges, de nous écouter l'un et l'autre, d'arbitrer vous-mêmes l'affaire, et, s'il se peut, de nous renvoyer conciliés : c'est le plus grand service que vous puissiez nous rendre à tous deux. »

Les divers moyens dont il a été question jusqu'ici seraient de mise aujourd'hui encore devant nos tribunaux. Exclusivement athénien, au contraire, est le suivant, qu'invoquent la plupart des plaignants au criminel. Dans les causes de ce genre (y?»?*'-) il est de règle que l'accusateur motive dès les premiers mots sa poursuite parla haine personnelle qu'il porte à l'accusé '. «La lutte que j'entreprends aujourd'hui n'est pas une agression.

1. Rhétorique à Alexandre, c. S6, p. 75 tip. L'auteur dit, en parlant, il est vrai, d«s synégoces : iiv 5J OîtJp lïXXou Xi-ft,;, ^»|T£'ov ôi;

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juges, mais une revanche; car, si nous sommes ennemis, c'est lui qui a commencé... » ([Démosthène], C. Nééra, i). « A cet homme, qui m'avait mis en un tel danger, j'ai voué une haine irréconciliable; voyant qu'il se rendait coupable envers toute la cité, je l'ai attaqué, dans la pensée que c'était là une excellente occasion de rendre service à la République et de me venger des maux que j'ai soufferts. » (Démosthène, C. Timocratès, 8). « Notre père, juges, a été ruiné par Théocrinès que voici, qui l'a fait condamner... J'ai voulu prendre avec votre aide ma revanche sur cet homme, et dès lors j'ai cru que c'était un devoir pour moi de me porter délateur... » ([Démosthène], C. Théocrinès, i). Le commencement du discours de Lysias Contre Eratosthène prouve bien qu'il s'agit là d'une déclaration attendue, et pour ainsi dire nécessaire. « 11 nous faut, ce me semble, changer de rôle; jusqu'ici l'accusateur avait à montrer la haine qui l'animait contre l'accusé, aujourd'hui c'est à l'accusé qu'il faut demander quelle haine il avait contre la République... » Et, si d'aventure l'orateur affirme que telle raison particulière, par exemple l'évidence et lénormité des crimes, le dispense de cette déclaration traditionnelle, soyez sûr que ce n'est là qu'un artifice. Ainsi dé- . bute chez Lysias l'accusateur d'Alcibiade, ce qui ne l'empêche pas d'ajouter quelques lignes plus bas : ,« Pour moi, juges, une querelle qui a existé entre nos deux pères m'a habitué à le considérer depuis longtemps comme un ennemi; tout récemment encore il m'a fait de nouvelles injures; avec votre aide, je vais donc essaver de châtier tous ses méfaits. » (Lysias, C. Alcibiade I, \-2) '.

1. Voir encore Lysias, C. Agoralos, 1. Eschine, C. Timnrque, 1. D'Jraosthène, C. Androtion, 1.

Comment expliquer un usage si choquant? Par l'un" des vices les plus graves du droit criminel athénien. La justice à Athènes jouait un rôle presque passif : faute id'un magistrat faisant officiellement fonction de ministère public, elle ne pouvait être mise en mouvement que par l'intervention spontanée d'un citoyen. L'orateur Lycurgue explique très clairement ce mécanisme : « Il y a, dit-il, trois principes qui font la sauvegarde et la prospérité de l'Etat : la loi, le vote: des juges, et le droit d'accusation. Le rôle de la loi, c'est de déterminer par avance les actions illicites; celui de l'accusateur, de dénoncer les personnes qui tombent sous le coup des lois; celui des juges, de punir les personnes que la loi et les accusateurs lui ont désignées. Mais loi et juges seraient impuissants sans l'accusateur, qui leur livre le coupable'.» Un système qui abandonne ainsi à Tinitiative privée le soin de la répression ouvre la porte à de graves abus. En fait, la plupart des accusateurs publics à Athènes étaient des sycophantes, race honnie autant que redoutée. On conçoit par suite que tout accusateur honnête eût à cœur de ne pas se laisser confondre avec eux. Or quels mobiles, en dehors de la sycophanlie, pouvaient expliquer sa poursuite? Deux seulement : ou l'amour désintéressé du bien public, ou une haine personnelle à satisfaire. Le premier eût rencontré peu de créance auprès d'un jury. A la vérité, il s'est rencontré à Athènes un homme. d'Etat qui, par vertu et patriotisme austères, s'était imposé l'ingrate mission de .poursuivre impitoyablement toutes les infractions aux lois : c'est Lycurgue. Mais ce cas est exceptionnel, presque unique. La haine au contraire est un sentiment universel, très humain. Déclarer aux juges : « J'ai à me venger de cet

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