‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 152 sur 224 · Lycurgue, C. Léocralès · texte numérisé non relu

Lycurgue, C. Léocralès

homme », c'était donc une façon de leur faire entendre : « Ne me prenez pas pour un sycophante. » Parfois, du reste, l'accusateur allait franchement au-devant de ce soupçon : « Ce n'est pas comme sycophante que j'ai intenté ce procès; c'est parce que j'ai subi de ces gens-là des injures et des outrages, et que je veux me venger. » (Démosthène, C. Nicostratos, i)'. Ne jugeons pas ici en modernes et en chrétiens. L'antiquité n'a pas connu la loi du pardon des injures : le talion, telle était pour elle la forme par excellence de la justice. Plus d'un plaideur déclare qu'il eût dédaigné l'injure, mais que parents, amis, voisins, tous lui ont fait un reproche de sa lâcheté ^ Et sur ce point la philosophie même était d'accord avec l'opinion vulgaire. « Se venger de ses ennemis est plus beau que se réconcilier avec eux, dit Aristote : rendre la pareille est en effet chose juste, et ce qui est juste est beau -'. » A ces vengeances privées la société, du reste, trouvait son compte. Pour décider la généralité des citoyens, qui n'étaient ni des sycophantes ni des Lycurgues, à affronter les ennuis, les tracas, la responsabilité pécuniaire d'une poursuite criminelle, la haine seule était un sentiment assez fort. De plus la haine rend clairvoyant : et ainsi les coupables se trouvaient soumis à la surveillance perpétuelle de leurs ennemis, pour le plus grand bien de l'Etat. Telles étaient, du moins, les idées en cours à Athènes. Eschine se les approprie dans son accusation Contre Timarque : « C'est aujourd'hui, dit-il, que je vois la justesse de ce mot tant de fois ré-

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