‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 163 sur 224 · Aristote, Rhétorique, I, 2, p. 1355 B · texte numérisé non relu

Aristote, Rhétorique, I, 2, p. 1355 B

tirent des paroles mêmes et des actes des personnes; les autres s'ajoutent du dehors aux paroles et aux actes. » L'une de ces classes correspond évidemment aux dcxeii; èvir/vîi d'Aristote, la seconde aux rda'ia^ à-.v/yzi'.

Parlons d'abord des premières. Aristote, dans sa Logique, avait ramené toutes les variétés apparentes du raisonnement dialectique à deux principales : le syllogisme (î'jXX5Y"j;j--?) et l'induction (âTra-.'wff,). Dans la Rhétorique il réduit de même tout l'art de la démonstration oratoire à Venthymème (èvOûiroixa) et à {'exemple (zapàîst- Yixa). L'enihymème, c'est le syllogisme oratoire, qui diffère du syllogisme proprement dit : i"' en ce qu'au lieu de reposer sur des principes nécessaires, il ne se fonde le plus souvent que sur les vraisemblances (eai-ra), les signes certains (T£y.[j.Yip',a) et les signes probables (jTîiAîta) ; 2° en ce qu'il supprime souvent l'une des prémisses. (Sous une forme plus abrégée encore, c'est-à-dire réduit à une seule proposition, l'enthymème devient une sentence, Yvwy.T)). Quant à l'exemple, ce n'est qu'une forme moins rigoureuse de l'induction dialectique^.

Quelle est la part originale d'Aristote dans cette théorie? Il ne semble pas très difficile de le déterminer, Il va de soi d'abord que toutes les formes de la preuve ont été connues et employées « depuis qu'il y a des hommes et qui pensent. » La mécanique, a-t-on dit, n'apprend pas à mafcher; de même les hommes n'ont pas attendu pour raisonner juste l'apparition de la logique. Mais ce n'était d'abord qu'une pratique inconsciente. Les rhéteurs an-, teneurs à Aristote firent un pas de plus : ils définirent

- 1. C. 7, p. 27 Spengel : Etal Zï Sio Tpô;:oi xûv rfTtiwv • yivovTOii fàp ai (4v â^aVTJiJv xijiv. )..<5:f<i>'< xai tûv -piÇciov [/.at] -iôv àvBpiJJraov, a! 5' InîOîtot To?ç XîYorj.ivot; xai xo"; zpaTxojASvot;. 3. Aristote, Rhéiorique^l, Sentier. Cf. II, 21, p. 1394 A.

et classèrent les diverses variétés de preuves. C'est ainsi que la plupart de celles qu'énumère Aristote s'offrent déjà à nous avec leurs noms dans les plaidoyers d'Antiphon'. Faut-il rappeler que l'et/.:? avait été étudié dès l'origine de la rhétorique par les Corax et les Tisias^? Un fragment d'Antiphon prouve, d'autre part, que celui-ci s'était efforcé déjà dans sa Té/vr, d'établir la distinction des T£y.[Ar;p'.a et des craJ-îTa^. Nous avons vu enfin que la jnii[}.cKi'{ix était un des procédés étudiés par Gorgias et Polos*. La Rhétorique à Alexandre donne la liste suivante des preuves logiques : les tb.i',%, les T.ap3Zv.-{[).3.-,oi, les TcKiJ.ï;pix, les èvO'j[j.ï;iJ.aTa, les Yvioi^.a;, les <:r,\j.iXj. et les lÀE-f/.''^» 11 suffit de rapprocher cette classification de celle d'Aristote pour voir ce que ce dernier a apporté de nouveau. Le nouveau, c'est cette généralisation puissante qui ramène toutes les variétés apparentes du raisonnement à deux procédés de l'esprit humain : induction et déduction, enth}'mème et exemple. — A propos de ce nom d'en/Aymème(âvOûiJLiriiJ.a), il est à remarquer même qu'Aristote ne l'a pas inventé, mais s'est borné à en déterminer plus exactement le sens. II se trouve, en effet, plusieurs fois chez Isocrate avec la signification, encore un peu vague, de « pensée » ou « raisonnement » '^.

Quant aux xîotsiç àTs/vîi, nous avons vu ce que les rhéteurs anciens appelaient ainsi. Ce sont des développements pour ou contre le témoignage, pour ou contre la torture, pour ou contre les lois, etc. On se souvient que, dès le temps d'Antiphon, les rhéteurs composaient des

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