‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 175 sur 224 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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(état de qualité); et le tribunal compétent était le Delphinion '. On peut donc dire que la théorie des états était implicitenient contenue déjà dans l'orf^anisalion de la justice criminelle athénienne. Les rhéteurs n'ont fait que l'en dégager, la formuler en termes précis, et l'étendre à toutes les causes.

ECONOMIFC DK LA PREUVE.

Etudions enfin l'économie de la preuve.

De la preuve proprement dite (tiictciç), certains rhéteurs distinguaient la réfutation (lArf/;;, -:à Zjsi; àvrtSixsv;, par laquelle on s'efforce de détruire les assertions de l'adversaire. Et ils faisaient de celle-ci un élément indépendant. Cette distinction remonte très haut, au moins jusqu'à Théodoros^. Parmi les rhéteurs postérieurs, l'auteur de la Rhétorique à Alexandre l'enseigne^, mais Isocrate* et Aristote'' la rejettent e.Kpressément. Dans la pratique, les seuls orateurs qui semblent l'avoir observée, non pas de façon constante, mais à l'occasion, sont Isée et Démosthène ''.

1. Naturellement le choix du U'ihunal no dépendait pas uniquement de l'accusé, mais aussi du magistrat instrucipur. Dans trois audiences préparatoires (j:poo;/.a(i(»'.) celui-ci entendait les |)arties et leurs témoins, et, cette enquête laite, désignait la juridiction compétente (Gilbert, Handbucli d. griech. SUialsallerth., I, ;2« édit., p. ae5-6).

2. Aristote, Rhétorique, III, VA, p. 1414 R. Voir plus haut, p. 157. a. g 33-34.

4. Denys d'Halicarnasse, Lijsins, c. IG sq. T). Aristote, l. l.

(j. Voir Blass, Altisch. Beredsamk., t. II, p. 48G, 495, 511, 529, 532; t. III', p. 190.

En regard des trois types de narration que nous avons décrits plus haut, la rhétorique ancienne reconnaissait parallèlement trois formes de la preuve : i" la preuve indépendante de la narration, et placée immédiatement après elle; 2" la preuve intercalaire, coupée en autant de tronçons que la narration elle-même; 3° la preuve fondue avec la narration en un tout inséparable. Nous avons dit le nécessaire sur les deux premières'; mais il convient d'insister sur la troisième, pour en montrer le sens et la portée.

Celle-ci est manifestement une réaction contre la tyrannie du schéma technique imposé par les premiers rhéteurs. Jusque-là les orateurs s'y étaient docilement conformés. Chacun des éléments fondamentaux du plaidoyer avait ainsi sa place marquée, qui le réclamait pour ainsi dire d'avance. Dans la conception nouvelle, au contraire, le schéma des rhéteurs s'efface à peu près complètement. Seuls subsistent l'exorde et l'épilogue °; mais plus de narration, de confirmation, de réfutation séparées. Toutes les matières jadis comprises sous ces noms (c'est-à-dire en général les neuf dixièmes du plaidoyer) se pénètrent désormais, se mêlent, s'organisent selon un plan souple, qui varie avec chaque plaideur et chaque cause. A n'en pas douter, cette transformation est due à l'infîuence des idées socratiques que nous avons exposées plus haut. Aussi est-ce chez Isocrate qu'elle apparaît tout d'abord. Qu'on lise, entre autres, son plaidoyer Eginétique. La narration y est scindée en trois morceaux principaux, qui développent chacun un chef propre : 1° le testament est légal: 2° il est juste: 3° il est conforme aux intérêts de la famille-, Isocrate a

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