Aristote, Hhëtoriquc, iil, 10, init
qu'il me semble, est d'accord, et que les uns appellent é-iv:îi;, les autres d'un autre nom. — Phèdre : Tu veux dire la récapitulation finale, par où on rappelle sommairement aux auditeurs ce qui a été dit? — Socrate : C'est cela même'. » Il semblerait donc que chez les Tisias, les Théodoros, JesThrasymachos, Ja conception de l'épilogue ait été singulièrement plus étroite que chez Aristote. Mais ce n'est là, je crois, qu'une apparence : allons plus au fond des choses.
Au point de vue de la composition, il y a lieu de répartir l'ensemble des plaidoyers attiques en deux classes. Dans la plupart des plaidoyers civils, d'importance et d'étendue médiocres, la division en exorde, narration, preuve, épilogue, rend un compte très exact de tout le contenu. Mais il n'en va plus de même dans les grands plaidovers criminels ou politiques : ici la division traditionnelle est insuffisante, car elle laisse en dehors d'elle toute une série de développements, souvent très considérables, .\nalysez, par exemple, le plaidoyer de Lycurgue Contre Léocratès : vous y reconnaîtrez aisément un exorde % i-i5, une narration accompagnée de sa preuve \ i5-54, une réfutation | 64-74, ^^ épilogue dont le début est très nettement marqué | 149-150. Mais plus de la moitié du plaidoyer (toute la partie qui va du I 74 au ^ 149) reste en dehors de ces cadres. Et ce n'est pas un fait isolé : dans tous les grands plaidoyers de Lvsias, de Démosthène, d'Eschine, il y a à cette
1. Platon, Phèdre, 267 D. — Le mot kivoSo; signifie « retour en arrière » sur ce qui a été dit, par suite récapitulation; il se trouve également dans Aristote, Rhél., III, 13, p. 1414 B. Les autres noms auxquels fait allusion Socrate sont évidemment Ènt'Àoyoç (mot déjà connu au temps d'Antiplion, puisque celui-ci était l'auteur d'un recueil de 7:pooi;xta /.a'i klXoYoi), ou i.-ii\v4rpiç, (Aristote, Rhél., III, 19, init.), ou zaXfXXoYi» {Rhél. à Alexandre, c. 20, inil. el passim).
môme place, c'est-à-dire entre la preuve et l'épilogue, d'amples développements non catalogués par les rhéteurs. Or qu'on examine la nature de ces morceaux : on y démêlera en dernière analyse les trois éléments principaux qu'Aristote attribuait à l'épilogue : éloge de soi et invectives contre l'adversaire, amplification ou excuse de la faute, appel à la colère ou à la pitié. Que conclure, sinon qu'il y avait dans la rhétorique grecque deux faisons d'envisager l'épilogue? Au sens strict, ce nom désigne uniquement les dernières lignes du plaidoyer, que du reste l'orateur signale souvent lui-môme comme une conclusion. Mais, en un sens plus étendu, l'épilogue est toute la partie du discours qui fait suite à la preuve'. Dans la première conception, il faudrait naturellement admettre une partie de plus que n'en reconnaît le schéma traditionnel. Ainsi faisaient, scmble-t-il, certains rhéteurs du temps de Platon. Dans le passage du Phèdre dont nous parli(;ns tout à l'heure, il y a lieu en etîet de remarquer qu'entre la preuve et l'épilogue Socrate insère « l'art d'exciter la pitié, de soulever ou de calmer la colère, de calomnier et de détruire l'etTet des calomnies » : toutes matières qu'Aristote range dans la péroraison. Quoi qu'il en soit, il n'y a là au fond qu'une querelle de mots : ce qui importe, c'est que dans tous les grands plaidoyers les développements signalés par Aristote ont en etîet leur place, et qu'ils avaient été fixés de bonne heure par la tradition et la technique'.
1. Il est iï rmiianiiiiM- du resln (ju'Aristote liii-mônie emploie tour fi tour le mot épilogue dans ces deux sons. En plus d'un endroit ir.iXofOi est pour lui synonyme de récapiUilation (Rhétorique, III, 13, p. 1414 K).
2. G«sl la théorie larpe d'Arislote qui a prévalu chez les rhéteurs latins. Cependant lu phi|)art lu simplilient : « Concliisiones constant ex enumeratione, amplificalione, et commiseratione » (Rhél. l'i fférpiiniiis, II, lîd, Vi). « llaec (conclusio) habet très pur-