Platon, Phèdre, 272 D
du caractère de l'inculpé. Cjlui-ci est-il une brute inintelligente ou un esprit aveuglé par la passion, le juge se décidera, sans hésiter, en faveur du vraise.nblable simple; mais ce devra être l'inverse si l'inculpé est un homme intelligent, sans passion, capable de calculer la portée de ses actes. Dans tous les cas, le vraisemblable relatif reste un excellent argument d'audience. S'il n'est pas de nature à emporter à lui seul la conv'ction des juges, il est du moins très propre à semer en leur esprit un doute dont l'accusé bénéficiera. Et il est employé journellement encore devant nos tribunaux.
« Onj^Mt assez, dit M. A. Croiset, ce qu'est la rhétorique sicilienne après Tisias et avant Gorgias, vers 460 ou 440. Elle est née d'un souci très pratique, celui d'enseigner aux plaideurs à gagner leur cause. Elle est encore enfermée dans le genre judiciaire. Il était naturel qu'elle commençât par-là : le genre judiciaire intéressait alors directement beaucoup de citoyens; et c'est d'ailleurs de tous les genres oratoires celui qui se ramène le plus aisément à des règles fixes, à des procédés de composition et de discussion toujours à peu près semblables. La rhétorique naissante est déjà très habile, très rouée; mais elle n'est ni philosophique, ni artistique, et elle semble plutôt une étude à l'usage de certains praticiens qu'une gymnastique générale de l'esprit et une force partout applicable. Mais à ce moment même elle se rencontre avec la sophistique proprement dite, et aussitôt elle se développe en tous sens '. »
i. A. et M. Croiset, Hisl. de la Liller. grecq., t. IV, p. 43.