Isocrato, Panégyrique
l'éloquence épidictique. Avec plus de sérieux Aristote lui-môme ne dira pas autre chose : « C'est aux discours épidictiques que convient surtout l'amplification, car l'orateur y prend les faits pour accordés, et il n'a plus qu'à y ajouter la grandeur et la beauté'. » L'art de grandir les choses a pour pendant celui de les rabaisser (-:a7:cîvco5ti;, («iwctçj ^ De l'un et de l'autre Gorgias avait donné des modèles dans ses Éloges et ses Blâmes, consacrés à exalter et à déprécier tour à tour le même objet (« singularum rerum laudes vituperationesque »^.) De tels écrits supposent nécessairement chez Gorgias une théorie, si élémentaire encore qu'on la voudra, des « lieux » de l'amplification^.
C'est donc dans les écoles d'art épidictique que la théorie de l'amplification s'est formée, mais l'éloquence judiciaire devait, naturellement, profiter à bref délai de ces études. Dans tout plaidoyer en effet l'amplification a sa place marquée. L'accusateur, par exemple, a-t-il démontré la réalité du délit? Ce n'est que la moitié de sa tâche : il lui reste à convaincre les juges que ce délit est grave, qu'une répression rigoureuse s'impose, que la société est intéressée au châtiment du coupable, bref, à « ajouter aux faits la grandeur. » Écoutons encore à ce sujet Aristote : « La preuve faite, l'ordre naturel est d'amplifier ou d'atténuer : car il faut bien que les faits soient accordés, avant qu'on aborde la question de degré. Il en est de cela comme des corps, qui ne s'accroissent qu'à condition d'exister d'abords »