‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 205 sur 224 · Aristolo, Hhélorique, I, SI, p. 1308 A · texte numérisé non relu

Aristolo, Hhélorique, I, SI, p. 1308 A

Chez Démosthène, en particulier, il est clair que souvent l'amplification n'est plus un procédé spontané, mais une arme de rhétorique, maniée avec une pleine conscience. Je n'en citerai que deux exemples, entre cent. Dans la Midienne l'orateur expose en termes pathétiques l'aventure d'un certain Straton qui avait dû, comme arbitre public, condamner Midias par défaut : depuis ce jour le malheureux a été de la part de Midias l'objet d'une haine implacable, et finalement s'est vu frapper d'atimie. Pourquoi, se demande d'abord le lecteur, cette histoire tout à fait étrangère à la cause ? Uniquement pour provoquer cette vive opposition, tirée du lieu ex peccatorum comparalione : « Quoi ! l'homme qui s'est montré si dur, si impito\'able, qui a exigé une réparation si énorme pour une prétendue injustice, alors qu'aucune injustice n'avait été commise envers lui, vous le trouvez outrageant un de vos concitoyens, et vous l'acquitteriez, lui qui n'a respecté ni la fête, ni les cérémonies, ni la loi, ni rien au monde! Vous ne le condamneriez pas! Vous n'en feriez pas un exemple' ! » On voit combien ce contraste est artificiel et tiré de loin. Mais il y a une amplification bien plus saisissante dans V Ambassade : c'est cette antithèse célèbre des deux banquets, l'un ou l'acteur athénien Satvros avait sollicité de Philippe la liberté de deux captives olynthiennes l'autre où Eschine avec ses compagnons de débauche outragea une femme d'Olynthe. La bonne action de Satvros sert de repoussoir à l'infamie d'Eschine (s; àvavTÎiu)-. Certes, je ne sais pas dans toute l'œuvre de Démosthène de morceau plus éloquent. Mais le déprécierai-je, en signalant ce qu'il y a de voulu, de perfide, dans le rap-

— 3ofj —

prochement de deux scènes si disparates, et en reconnaissant là l'habileté consommée d'un rhéteur? Eschine dans sa réplique appelle, non sans raison, ce passage « une antithèse calculée et scélérate » {-.x èr'.éîîsyXeui^ivx -/.ai y.ay.îïjOf, Tï'j-a -à àvT'.OîTil'.

Mais le maître dans l'art de l'amplification, c'est l'orateur Lycurgue. '0 Auxsypv:; èiTt î'.à ravrc; a\i^r,-M.i^, dit Denysd'Halicarnasse" : ce qui est un blâme autant qu'un éloge. Et le plaidoyer Contre Léocralès confirme d'une fai;on éclatante ce jugement. On sait l'objet de ce discours : Léocratès est accusé de trahison, pour avoir déserté au lendemain de Chéronée. Au | 36 la narration et la preuve sont achevées. I^'orateur va s'attacher désormais à mettre en lumière la gravité du fait, appelant pour cela à son aide toutes les formes connues de l'amplification. Voici, pour commencer, une description pathétique du lamentable état où se trouvait Athènes au moment où le lâche l'a abandonnée : c'est le lieu mentionné plus haut £•/. Toiv y.s'.pôjv, — puis un panég)rique des vaincus de Chéronée, justifié par ce mot que « l'éloge des braves est l'éclatante condamnation des lâches » : on reconnaît là le lieu èv. "j âvavT'îu. (§ 46-51) — .Après la réfutation des moyens de défense, la série des amplifications reprend. D'abord lecture de l'antique serment prêté chaque année par les éphèbes, ainsi que du serment que les Grecs jurèrent à Platée (?; 75-82). L'objet de ces citations est, d'une part, de rappeler aux juges quels étaient les sentiments de leurs ancêtres à l'égard des lâches (c'est le lieu ab aucloritate), puis de mettre en contraste la vaillance qui respire dans ces vieux textes avec la lâcheté de Léocratès (c'est le lieu èy. t;j iviv-

\. E^c\\uw, Ambassade, k.

Page 1