‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 28 sur 224 · ma · texte numérisé non relu

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ivoLiée était de jouer quelque jour un rôle dans l'Etat. Ce que ceux-ci venaient chercher à l'école des sophistes, c'était l'instrument nécessaire de l'influence politique, l'éloquence; car à Athènes, selon le mot de Fénelon, « tout dépendait du peuple, et le peuple dépendait de la parole. » La Boulé, VEcclésia, VHéliée, voilà les trois tribunes où s'acquéraient le renom et la popularité; là, par la persuasion, souvent sans litre officiel, les Thémistocle, les Périclès, les Démosthène ont exercé un pouvoir qui peut se comparer à celui d'un ministre moderne, et, dans quelques cas, d'un dictateur : pouvoir bien précaire, du reste, car il fallait le reconquérir quotidiennement par de nouvelles luttes oratoires.

Au-dessous des hommes d'Etat il y avait aussi la foule des magistrats que leurs fonctions obirgeàTent à prendre soiiyent la parole en public. A l'abord de toutes les charges la loi athénienne, en effet, plaçait un examen préalable, la dokimasie, lequel pouvait, dès que se présentait un accusateur, prendre la forme d'un procès régulier. A chaque prytanie, tous les fonctionnaires devaient en outre faire approuver leur gestion par Vecclésia qui, faute d'explications satisfaisantes, les renvoyait devant un jury. Enfin ils étaient tenus encore, à l'expiration de leurs pouvoirs, de rendre publiquement leurs comptes. Ce sont là quelques-unes des mille circonstances où les élus de la fève ou du suffrage avaient besoin, sinon d'éloquence, du moins d'aisance et d'habileté dans le maniement de la parole.

Ce talent n'était pas non plus sans emploi dans la vie privée. Si nul n'est tenu d'accuser, il faut bien se défendre. Or à Athènes le goût de la chicane était si répandu qu'une humeur pacifique, une constante application à ne froisser aucun intérêt ne garantissaient pas contre les procès. En outre pullulaient les sycop hantes,

qui faisaient métier de traquer en justice les gens inuffensifs et riches'. «Tandis que les cigales, dit plaisamment Aristophane, ne chantent qu'un mois ou deux dans les figuiers, les Athéniens bruissent toute leur vie dans les tribunaux ". »

Voilà ce qu'il faut se rappeler pour concevoir l'admiration hyperbolique des Grecs pour l'éloquence. « Il n'est personne, dit Isocrate, qui ne demandât aux dieux le don de l'éloquence pour lui d'abord, et, sinon pour lui, au moins pour ses enfants et pour ses proches?. » Et Polos, dans le Gorgias, va jusqu'à égaler le pouvoir de l'orateur à une tyrannie .■ « Car, semblable à un tvran, l'homme éloquent ne fait-il pas périr ceux qu'il veut, ne peut-il pas les dépouiller de leurs biens et les bannir de leur patrie^? » Quel mépris par contre et quelle pitié pour l'homme dépourvu de ce talent! « Semblable à ces citoyens frappés de mort civile (àu\).oi.'), il est à la merci du premier venu : on peut le battre au visage, ou lui ravir ses biens, ou le proscrire de sa ville, ou enfin le faire mourir. Et être dans une pareille situation, il n'\- a pas de chose plus laide au monde -\ »

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