‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 35 sur 224 · Platon, Hippias Major, 295 A, 297 E · texte numérisé non relu

Platon, Hippias Major, 295 A, 297 E

A. Rhétorique à Alexandre, c. 22, p. 48, Spengel.

teur a rassemblé ici ingénument à peu près tous les secrets de « l'abondance stérile. » Que ces expédients, et d'autres de même sorte, aient pu rendre service à l'occasion, cela n'est pas douteux. Toutefois ils étaient insuffisants. Ce qu'il faut à l'improvisateur, ce sont des idées toutes faites, des lieux communs sur tout sujet. Or c'était là, en effet, nous le savons par Aristote, le procédé essentiel des sophistes; ils faisaient apprendre à leurs élèves — et évidemment ils apprenaient aussi euxmêmes — des développements généraux sur les sujets qui avaient le plus de chance de revenir dans la discussion'. Qu'on se rappelle à ce propos comment est amené dans le Protagoras le mythe de Promélhée et Epiméthêe. Protagoras, qui s'est fait fort de démontrer que la vertu peut être enseignée, laisse à ses auditeurs le choix entre deux procédés d'exposition : la fable ou le raisonnement. On se décide pour la première, comme plus agréable. Ainsi donc. Protagoras lui-même ne présente pas ce mythe comme un impromptu, mais bien comme un morceau brillant, préparé d'avance'. Au siècle suivant, l'usage s'était conservé encore chez les sophistes d'apprendre par cœur certains développements, destinés à soutenir et à aider l'improvisation. Nous avons même un opuscule d'Alcidamas « Sur ceux qui écrivent leurs discours » (xspî xwv vpaxTîùç Xi-fsu; YpaîfévTuv), où l'auteur s'attaque à cette pratique et en détaille les inconvénients.

1. Aristote, Réfutations sophistiques, XXXIV. ^. Platon, Protagoras. 320 C.

I 3. — La critique des poètes.

Le cominentaire des poètes était également un des exercices favoris des sophistes. « J'estime, dit chez Pla-

ton Protagoras, que la plus importante partie de l'éducation consiste à être savant en poésie, c'est-à-dire capable de comprendre ce qu'ont dit les poètes, de discerner ce qu'il y a de bon et de mauvais dans leurs écrits, et d'en rendre raison lorsqu'on le demande '. » Et Isocrate compte même cette étude au nombre des quatre genres de la prose reconnus de son temps'. Depuis bien des années, du reste, l'explication des poètes avait, comme on sait, sa place dans les petites écoles; nous avons vu que l'enfant athénien y apprenait par cœur force morceaux de poésie, surtout d'Homère et d'Hésiode. Mais comme Homère et Hésiode n'étaient pas d'une lecture beaucoup plus facile pour un écolier du cinquième siècle avant J.-C. que ne l'est la Chanson de Roland pour un petit Français de nos jours, force était au maître d'expliquer, chemin faisant, tous les termes étrangers à l'usage quotidien (yaS)'"»'), de signaler les différences dialectales de flexion et de syntaxe, enfin de donner quelques notions de versification -^. Toutes ces matières, les sophistes du cinquième siècle les recueillirent pour en faire le sujet le plus ordinaire de leurs séances.

D'habitude le sophiste signalait dans quelque passage une difficulté : solécisme, impropriété, contradic-

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