Plntarque, Vie de Périclès, 4. Diogène Laerce, IX
r^ositiuns, mais il s'en lit le champion infatigable et le subtil polémiste. Il n'entreprit point t(jutef(jis de les
allait
défendre directement : I oflensive pie et vigoureux esprit. Il partit en guerre contre le sens commun. Avec une incroyable fertilité d'invention, et par des formes de raisonnement sans cesse renouvelées, il mit à nu les absurdités et les antinomies latentes de l'opinion vulgaire. Ces réfutations, Zenon les avait réunies dans un ouvrage (sû-f/pasAiJ.a) , divisé en plusieurs livres iXi-p:), et dont chaque chapitre était consacré, semble-t-il. à la critique d'une des propositions communément admises (irsOÉTs;;) '. Sans doute aussi, selon la mode de ce temps, il se plaisait à les développer familièrement en de libres entretiens, semblables à celui qui, dans le Parménide , a lieu chez l'Athénien Pythodoros. Zenon laissa dans toute l'antiquité le renom d'un dialecticien retors et invincible. De là à faire de lui le créateur de l'éristique il n'y avait qu'un pas; mais cette identification n'est qu'en partie juste. Chez Zenon le raisonnement est l'arme d'une foi et d'une doctrine; et cela seul suffît à distinguer son art de l'escrime aussi brillante que vaine des sophistes. Pourtant il faut bien reconnaître que c'est là une différence purement morale. Otez à la dialectique de Zenon son but sérieux, ne la considérez que dans sa méthode et dans ses procédés : vous trouverez que les sophistes ont peu inventé. L'arme favorite du logicien Éléate, c'était l'antinomie. Posant comme prémisse quelqu'une des données du sens commun, il excellait à en déduire parallèlement une couple de conséquences contradictoires et également nécessaires. Partant de l'idée de plu-
1. Platon, Parménide, W C, sq. — (.".f. Zellcr, P/iiii,M,iii>,e des Grecs, II. p. (18, n. 1 (trad. Houli'oux).
ralité, par exemple, Zenon en déduisait d'abord que l'être est infiniment petit, et ensuite qu'il est infiniment grand; ou bien encore que l'être est à la fois limité et sans limites'. Or cette dialectique à deux tranchants, qu'est-ce autre chose, pour qui ne la considère que par le dehors, que l'art même de Protagoras, l'art de soutenir sur tout sujet le pour et le contre? Et ainsi l'on peut donc dire que l'éristique est fille légitime, bien que dégénérée, de la dialectique.
Chez Protagoras l'éristique est l'aboutissement et pour ainsi dire la traduction pratique du scepticisme. « L'homme, déclarait-il, est la mesure des choses »" : ce qui revenait à dire qu'il n'y a pas de vérité universelle, mais seulement des opinions individuelles et variables. De ce principe initial en découlait directement un autre, savoir que « sur tout sujet il est possible de soutenir deux'propositions contradictoires^. » Mais si, considérées du point de vue scientifique, toutes les opinions sont équivalentes, il n'en va point de même dans la vie pratique. Là, souvent il importe de faire naître dans l'esprit d'autrui telle façon de penser plutôt que telle autre. Ainsi s'explique la promesse que Protagoras faisait à ses élèves de leur enseigner « à rendre plus forte la cause plus faible, et plus faible la cause plus forte*. » Et voilà du coup toute science réduite à l'art de la parole. Telle est en deux mots la genèse de l'éristique protagoricienne. Dans plusieurs écrits Protagoras avait donné les rè-