Platon, Théétète, 163 B
•i. Ibid., 165 A.
o. Voir YEulhydème de Platon, passim
pure jactance; s'ils ne triomphaient pas réellement, du moins en donnaient-ils l'illusion aux ignorants, et cela leur suffisait : « Qu'est-ce donc, demande Socrate à Thcétète, que cette merveilleuse puissance de la sophistique ? — Quelle puissance ? — Cet art de persuader à la jeunesse qu'ils ont la science universelle. 11 est évident que s'ils ne réussissaient pas dans les discussions ou n'avaient pas l'air d'y réussir, fort peu de gens viendraient leur oflrir de l'argent pour être leurs disciples. — Assurément '. » Cet art d'être invincible dans la dispute, qui dans le lointain apparaissait au vulgaire comme un secret prestigieux et redoutable, se laisse ramener, dès qu'on y regarde de près, à un petit nombre de procédés qu'on peut encore étudier chez Platon et Aristote. Le premier a peint au vif plusieurs des maîtres de l'éristique, en particulier Protagoras, Dionysodore, Euthydème; grâce à lui, ils revivent devant nous, ils disputent, ils subtilisent, comme jadis sous le portique du riche Callias, ou dans V apodytérion du Lycée. Plus directement utiles encore nous seront deux ouvrages techniques d'Aristote : les Tgjiiqu^s, qui contiennent la théorie du raisonnement dialectique, et les Réfutations sophistiques, où l'auteur nousdonne une étude si détaillée et si curieuse des arguments captieux. D'après ces sources ont peut dire que toute la faconde des éristiques tenait dans les quatre procédés suiv;ants : choix du sujet, manière d'interroger, sophismes de raisonnement, lieux communs. Ëtudions-les successivement.
I" Il est des questions telles que, de toute façon, l'adversaire n'v peut faire qu'une réponse improbable. Telles sont celles où les raisons pour et contre, étant tirées d'un ordre d'idées tout différent (par exemple, les