Platon, Sophiste, '£iâ B
unes de la morale, les autres de l'intérêt), semblent d'égale force. Doit-on obéir aux sages ou à son père ? Faut-il agir selon l'intérêt personnel ou selon la justice ? Vaut-il mieux subir le mal que de le faire? Quelle que soit la réponse à ces questions, on ne sera pas à court d'arguments pour la réfuter '. Tels sont encore les sujets où la foule est en désaccord avec l'élite. Par exemple, on convaincra malaisément le vulgaire que, juste ou injuste, un roi puisse n'être pas heureux; mais les sages, au contraire, regardent la justice comme une condition essentielle du bonheur. Si donc l'adversaire se range au sentiment de la foule, on lui opposera celui des philosophes, et inversement". Bien plus, il y a des sujets sur lesquels tout homme est en contradiction plus ou moins consciente avec soi-même. Chacun proclame que mieux vaut une mort glorieuse qu'une vie de plaisir, une pauvreté honorable que la richesse mal acquise; mais au fond c'est le contraire qu'on pense : nous vantons la vertu, mais tous nos vœux vont à l'utile". Du même genre, enfin, est l'opposition du droit naturel et du droit légal, si éloquemment formulée par Calliclès dans le Gorgias : si la justice, par exemple, est belle selon la loi, c'est la violence qui est belle selon la nature. Cette contradiction était devenue un des lieux communs préférés des sophistes*. Grâce aux distinctions que nous venons d'énumérer et à d'autres semblables, le sophiste était toujours pourvu d'arguments contre la thèse de l'adversaire.