Aristote, ouvr. cité, V
2. Ed. Zeller, La philosophie des Grecs, II, p. 509 (trad. Boutroux).
qui l'écoutait, le but d'une discussion éristique n'était pas de découvrir le vrai. Plus, au contraire, le résultat était manifestement faux, ou absurde, ou paradoxal, plus le sophiste trouvait là de raisons de s'enorgueillir. Le public se sentait mystifié, mais en môme temps il s'émerveillait de l'habileté de ces hommes qui d'une déduction en apparence strictement logique savaient faire surgir à leur gré le vrai ou le faux. Certes, on ne peut nier que de tels amusements fussent dangereux, et que l'esprit y prît de déplorables habitudes. Mais, si l'on se place au point de vue sceptique des sophistes, on reconnaîtra que rien n'était plus propre à affiler la langue et à assouplir l'esprit.
4. Enfin un autre procédé des sophistes, c'est le lieu commun. Nous avons vu^ue c'était^l'usage chez eux de discuter les questk)ns j:^j revenaient le pluFTréquemment dans la pratique; de la sorte, ils arrivaient à dresî ser pouFchaqué' question la liste des principaux arguy ments pow et contre: après quoi il ne leur restait plus qu'à réduire ces arguments en formules toutes faites. C'était, en effet, pour le disputeur une nécessité absolue que d'avoir prête sur tout sujet, non pas une seule argumentation, mais une couple d'argumentations contradictoires. Était-il interrogateur, il n'avait pas le choix ; il lui fallait prendre le contrepied de l'opinion adverse. Était-il interrogé, il se décidait en général pour la moins commune ou la plus paradoxale. Dans V Euthydème Platon nous montre deux sophistes, successeurs indignes de Protagoras, faisant parade de cette tactique : « Quels sont ceux qui apprennent, les savants ou les ignorants? » demande Euthydème au jeune Clinias. Et aussitôt l'autre sophiste, Dionysodore, de se pencher