Aristote, Réfutai, sophisliq., I
vers Socrate : « Quoi qu'il dise, Socrate, il est pris! » L'éphèbe, en efïet, ayant répondu : « Les savants », son interrof^atcur a vite fait de lui persuader (à l'aide d'une équivoque sur le sens du verbe ;j.avOiv£'.v) que ce sont, au contraire, les ignorants. Mais à peine Clinias en a-t-il fait l'aveu que Dionysodore à son tour le prend à partie, et le ramène tout ébaubi à sa première opinion. Accourant alors à la rescousse, Euthydème, par un sophisme dillérent, confirme la même proposition. Et ce n'est pas tout : au moment où le jeune Clinias se croit enfin en possession de la vérité, voilà que Dionysodore l'oblige par un nouvel interrogatoire à se contredire une troisième fois. Enfin le cycle est complet; chaque sophiste a démontré pour son propre compte et la thèse et l'antithèse. « Toutes nos questions, conclut Dionvsodore avec fatuité, sont de cette sorte; impossible d'v échapper ' ! »
Ramener la discussion par une suite de déviations habilement calculées sur un terrain connu et préparé d'avance, voilà donc en quoi consistait le plus souvent tout l'art du disputeur. C'est là une tactique des sophistes que Platon n'a pas manqué de signaler. Dans toutes les scènes où Socrate discute avec eux, il exige dès le début comme entrée de jeu la brièveté et la précision. Chaque lois que son interlocuteur s'apprête à « gagner la pleine mer de l'éloquence », il l'arrête net : « Je suis sujet à un grand défaut de mémoire, dit-il avec bonhomie à Protagoras, et lorsqu'on me fait de longs discours, je perds de vue ce dont il s'agit... Ainsi donc, puisque tu as affaire à un oublieux, abrège-moi tes réponses pour que je puisse te suivre '. »