‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 55 sur 224 · Jahrbûcher fur Philologie, 1881, p · texte numérisé non relu

Jahrbûcher fur Philologie, 1881, p

3. Teichmùller, Litternvische Fehdeji in vierlen Jahrhunderl vorCh., II, p. 96.

4. D'après M. Wilamowitz-Moellendorf, Ind. Gott., 1889, p. 9,

Les sujets traités sont les suivants : Du bien et du mal. — Du beau et du honteux. — Du juste et de l'injuste. — Du vrai et du faux. — De la sagesse et de la vertu : si elles peuvent s'enseigner. Cliacune de ces dissertations résume certainement un ou plusieurs entretiens auxquels l'auteur avait assisté à Athènes, résumé plus consciencieux, du reste, qu'intelligent. Partout l'anonyme suit la môme méthode : d'abord un exposé sommaire de la thèse et de l'antithèse, puis les arguments />owr, ensuite les arguments contre, pas de conclusion. Les deux opinions sont exposées avec une impartialité parfaite; tout au plus l'auteur nous apprend-il qu'il est partisan de l'une ou de l'autre ; mais il s'en tient d'ordinaire à cette déclaration un peu niaise. L'analyse de la première dissertation donnera en même temps une idée de toutes les autres.

« Les philosophes tiennent en (jrècc deux langages contraires sur le bien et le mal : ceux-ci prétendent que le bien est une chose, et le mal une autre; ceux-là que c'est la même chose, mais bonne pour les uns et mauvaise pour les autres, et, selon les circonstances, bonne ou mauvaise pour la même personne. No'ûh la thèse et l'antithèse posées. Comme preuve d'abord de la relativité du bien et du mal, l'anonyme apporte une série de seize arguments, ou plutôt — car au fond c'est le même argument qui reparaît toujours — de seize exemples : I" Si le boire, le manger, l'amour sont un mal

cet écrit aurait été composé vers 400 av. .I.-G. par un Byzantin ou un Rliodien. Teichmûller /. l. l'altribue avec bien peu Je vraiseml)lan9e au cordonnier Simon. Blass songe à Simmias, le disciple lliéljain do Socratc ; Berglv au Tliessalien Miltas « ein Genosse des Platonisciien Kreises. » (Ueher die Echlheit der SioX^Çeiî, dans Fiinf Abhnndlungen z. Geschichte der c/r. Philoxnptiie, lie>raus^'('cj(>lii'n von (i. Trinri<:lis. 18.S;i. p. J.'Vi.)

pour le malade, c'est un bien pour l'homme sain. — 2° Si l'intempérance est un mal pour l'intempérant, c'est un bien pour le médecin. — 3° Si la mort est un mal pour le mourant, c'est un bien pour le marchand d'objets funéraires et pour le fossoyeur. — 4" Si l'abondance des produits est un bien pour l'agriculteur, c'est un mal pour les marchands (de bléj. — 5"^ Si les avaries d'un vaisseau sont un mal pour l'armateur, c'est un bien pour le constructeur. — 6" Quand le fer se ronge, s'émousse ou s'use, c'est un mal pour tout autre, mais un bien pour le forgeron. — 7° Quand la vaisselle se casse, c'est un mal pour tout autre, mais un bien pour le potier. — 8° Quand les chaussures s'usent et se déchirent, c'est un mal pour tout autre, mais un bien pour le cordonnier. — 9'' Dans les concours gymnastiques, musicaux ou militaires, par exemple dans la course à nu, la victoire est un bien pour le vainqueur, mais un mal pour les vaincus. — 10" De même pour les athlètes et les pugiles, et tous ceux qui prennent part à des concours musicaux ; l'art du citharède, par exemple, est un bien pour le vainqueur, mais c'est un mal pour les vaincus. — 1 1° De même encore dans la guerre : pour prendre l'exemple le plus récent, la victoire que les Lacédémoniens remportèrent sur Athènes et ses alliés fut un bien pour les premiers, mais un mal pour les seconds. — 12° La victoire des Hellènes sur les Perses fut un bien pour les Hellènes, mais un mal pour les Barbares. — i3" La prise d'Ilion fut un bien pour les Achéens, mais un mal pour les Troyens. — 14° Et de même pour les infortunes des Thébains et des Argiens. — i5° Le combat des Centaures et des Lapithes fut un bien pour les Lapithes, mais un mal pour les Centaures. — 16° Dans la guerre des Dieux et des Géants, la victoire fut un bien pour les Dieux, mais un mal pour les Géants. —

Ici s'arrête l'argumentation de la thèse. L'auteur va développer maintenant l'antithèse (ti-J.:^ "'«-ï^î), à savoir que le bien et le mal sont deux choses différentes de nature comme de nom. « Cette opinion, voici comment je la développe : à mon sens, il n'y aurait pas moyen de distinguer ce qui est bien et ce qui est mal, si les deux ne faisaient qu'un ; ce serait, en effet, bien surprenant'. J'imagine que ceux qui soutiennent cette opinion ne sauraient que répondre, si on leur demandait : Dismoi, as-tu jusqu'ici fait quelque bien à tes père et mère ? — Sans doute, beaucoup et souvent. — Dans ce cas, tu leur as fait beaucoup de mal et souvent, puisque bien et mal sont la même chose. Et encore : As-tu fait quelque bien à tes proches? Alors tu leur as fait du mal. Et encore : As-tu fait du mal à tes ennemis? — Beaucoup et souvent. — Alors tu leur as fait du bien. Mais voyons, réponds encore à ceci : Ne plains-tu pas les mendiants comme gens accablés de mille maux, et ne vantes-tu pas au contraire le sort des riches comme jouissant de mille biens? Or, si le bien et le mal sont une môme chose, rien n'empêche que le mendiant soit l'égal du Grand Roi, car alors les grands biens de celuici sont autant de maux, si le bien et le mal sont une môme chose. Voilà ce qu'on peut répondre d'une manière générale. J'arrive maintenant aux arguments particuliers, en commençant par le boire, le manger, l'amour. Tout cela est un bien, môme pour les malades, si le bien et le mal sont la même chose. Et la maladie est pour les malades un bien en même temps qu'un mal, si le bien et le mal sont la môme chose. Et de même pour tous les cas énumérés précédemment.

1. Remarquer la naïveté de celle formule comme, du reste, de beaucoup d'autres passages dans celle discussion.

« Je ne prétends pas, conclut l'anonyme, expliquer ce qu'est le bien, mais montrer seulement que le bien et le mal sont deux choses, et non pas une. »

Par cette dissertation nous pouvons nous faire quelque idée des lieux communs dont les sophistes et leurs élèves faisaient provision pour la dispute. Rien de plus justifié scientifiquement que le dédain d'Aristote pour cette routine. Il compare spirituellement le sophiste à un homme qui, voulant enseigner le métier de cordonnier, se bornerait à munir ses élèves d'une collection de chaussures de toute espèce : ce serait pourvoir au besoin du moment, mais ce ne serait pas du tout enseigner un art'. Force est pourtant à Aristote de reconnaître que, dans la pratique, cet empirisme donnait de rapides résultats. Et lui-même, du reste, en maints endroits de ses Topiques recommande à qui veut argumenter de s'être préparé un fonds de définitions, de raisonnements, de morceaux tout faits sur les questions les plus communes'.

SERVICES RENDUS A l'ÉLOQUENCE PAR LA SOPHISTIQUE.

Trois conditions sont nécessaires pour que l'éloquence atteigne à sa perfection. Il faut que l'orateur ait en main une prose savante, c'est-à-dire déjà disciplinée et fixée par un long usage littéraire. Il est nécessaire.

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