HlîisR, AUische Bcredsamheil, II, p. 12ô
2. A. <'t 1\[. Cmisot, llUloire de In liUcralure grecque, t. IV,
lui que les porte-parole les uns de l'utile, les autres du juste '. On peut donc dire que c'est par les sophistes que la psychologie s'est introduite dans l'éloquence. Mais, outre ces idées fondamentales^ les sophistes en ont mis en circulation une foule d'autres. Ils a^■aient, nous l'avons vu, extrait sous forme de lieux communs des matières les plus diverses, métaphysique, morale, politique, sciences, métiers manuels mêmes, tout ce qu'elles contenaient d'universel. Et ainsi, au sortir de l'école, leur élève avait des principes auxquels il pouvait sur-lechamp ramener toute cause particulière. Il était par cela même en état de parler avec abondance sur la plupart des sujets et au besoin d'improviser.
Mais surtout, grâce à un long entraînement et à des exercices continus, l'élève des sophistes savait argumenter. Il y a dans Xénophon une très curieuse scène qui nous met sous les yeux les résultats pratiques de cet enseignement dialectique. On y voit Alcibiade , frais émoulu de l'école et qui n'a pas vingt ans, discuter intrépidement avec Périclès sur l'origine des lois; et c'est l'écolier qui triomphe. Force est à la fin au vieil homme d'État d'adhérer à cette thèse sophistique que toute loi est une violence; il avoue de bonne grâce sa défaite'. Mais cette habileté acquise à l'école, les élèves des sophistes ne se contentaient pas naturellement de la mettre à profit dans des discussions théoriques de ce genre, ils la tournaient vers la pratique. Aussi Aristophane affecte-t-il en vingt endroits de ne voir en eux que des sycophantes. Dès 426, dans les Acharniens, il mettait en contraste d'une façon très expressive la géné-
1. Au livre V, 85 sq. Voir aussi les harangues contradictoires des Corcyréens (I, 32-36) et des Corinthiens (I, 37-43).