‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 59 sur 224 · Xénophon, Mémorabl., I · texte numérisé non relu

Xénophon, Mémorabl., I

râtiôr^^ë^^^rathotiomaques et celle des sophistes'. « Nous autres, vieillards chargés d'ans, avons à nous plaindre de la République. Tant de victoires sur mer nous auraient bien mérité d'être nourris par vous; au lieu de cela, nous sommes indignement traités : vous jetez dans des procès publics i^pa'fiç), vous abandonnez aux railleries des jeunes orateurs de pauvres vieillards, ombres d'eux-mêmes, privés de l'ouïe et de la voix, et pour qui leur bâton est le seul Poséidon protecteur. La voix chevrotante de vieillesse, nous nous tenons debout devant le tribunal et nous ne voyons de la justice que son ombre, tandis que l'accusateur, qui s'est assuré le concours de jeunes orateurs, nous attaque à l'improviste et nous accable de sa dialectique serrée (oTps-fYÛXoiç Tsîç pT|iJ.ait)- Il nous traîne devant le juge, nous questionne, nous tend des trébuchets de paroles {T/MoiXrfip Imàq ÈTOov). Son attaque trouble, renverse, met en pièces le pauvre vieux Tithon. Accablé par l'âge, celui-ci ne sait que marmotter entre ses dents. Condamné à l'amende, il s'en va pleurant et sanglotant, et il dit à ses amis : « Ce qui devait payer mon cercueil, l'amende me l'a pris. » Est-ce là une chose juste? Quoi! la clepsydre tue le vieillard à cheveux blancs, qui dans l'ardente mêlée s'est tant de fois couvert d'une sueur glorieuse, dont le courage a sauvé la patrie à Marathon... Ah! si vous ne voulez pas laisser dormir en paix les vieillards, décidez qu'on appariera les plaideurs, de façon que le vieillard n'ait en face de lui qu'un vieillard édenté, que le jeune homme trouve en face un prostitué, un bavard comme le fils de Clinias. »

l'éloquence sophistique étudiée chez les tragiques.

Les orateurs formés par la sophistique n'écrivaient pas. Mais plusieurs écrivains de ce temps ont inséré dans leurs œuvres des harangues fictives de leur composition. N'avons-nous pas le droit d'y chercher une copie, tout au moins un reflet de l'éloquence réelle? Parmi ces écrivains, celui auquel on songerait d'abord est Thucydide, si ses discours n'étaient de pures dissertations où les formes extérieures et la technique du genre oratoire sont à peine observées. Mieux vaut donc s'adresser à Sophocle et à Euripide , qui, avant subi tous les deux, bien qu'inégalement, l'influence de la sophistique, nous représenteront assez exactement deux phases successives de cette éloquence.

Mais, pour mesurer au juste les progrès dus à la sophistique, rappelons d'abord où en était l'art oratoire en Grèce vers le milieu du cinquième siècle.

Pendant quatre à cinq siècles l'éloquence a gardé en Grèce le même caractère, qu'on peut appeler homérique. Prenez Hérodote, par exemple. Conteur exquis, il n'est à aucun degré orateur, parce qu'il n'est à aucun degré dialecticien. C'est que l'art de raisonner demande une maturité de réflexion, une agilité d'esprit, qu'Hérodote ni aucun de ses contemporains ne possèdent encore. Les idées générales, chez lui, sont presque absentes; ce qui en tient lieu, c'est ce trésor de sagesse vulgaire qui se transmet de génération en génération dans les proverbes, dictons et maximes (Yvwixai), « La royauté est

chose instable. — 11 importe à un chef de prévoir les événements, et il est d'un homme sage de prendre pour guide la prudence. — C'est toi, Histiaeos, qui as cousu le soulier; mais c'est Aristagoras qui l'a chaussé'. » Après ces fvôiiAai, l'argument préféré d'Hérodote est l'exemple. Simple juxtaposition de deux faits identiques ou contraires, c'est la forme la plus élémentaire du raisonnement. Et elle a de plus pour I lérodote cet attrait, qu'elle lui permet de quitter la forme raisonnante, où il est mal à l'aise, pour revenir à la forme narrative, où il reprend tous ses avantages. Qu'on lise en particulier le discours du Corinthien Sosiclès, pour dissuaJcr les Lacédémoniens de rétablir à Athènes le t\ ran Hippias". N'y cherchez point une analyse approfondie de la tyrannie et de ses vices. Tout le discours se réduit à un seul exemple, complaisamment développé; en un long récit, qui contient force oracles, légendes et anecdotes, Sosiclès expose les maux que cette forme de gouvernement a causés à sa propre patrie, Corinthe; après quoi il conclut brusquement. En somme, un tel discours rappelle à s'y méprendre ceux de l'Iliade et de Vudvssée : de sorte qu'on peut conclure que d'Homère à Hérodote l'éloquence en Grèce n'a pas sensiblement progressé \ Pour qu'elle progressât, il fallait l'intervention d'un art nouveau : la dialectique.

Placé à la limite de deux âges littéraires, Sophocle nous montre encore dans ses plus anciens drames le même type oratoire. Là aussi peu de dialectique, mais quantité de maximes universelles. Le discours où Hémon essaie de fléchir son père en faveur d'Antigone en est un

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