‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 90 sur 224 · Voir Sittl, l.l · texte numérisé non relu

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d'elle-même en autant de tronçons qu'il y a découplés antithétiques, et par suite elle pourrait se prolonger indéfiniment. Est-il besoin de le dire; l'incohérence de la structure matérielle n'est que l'image de l'incohérence de la pensée. Celle-ci, ballottée et cahotée d'antithèse en antithèse, marche au hasard des assonances et des allitérations. Au lieu d'avancer, elle piétine, et parfois même rétrograde. Point de suite, point de logique : ce sont les mots et les sons qui guident, et souvent égarent la plume de Gorgias.

Ces critiques faites, il faut pourtant rendre justice à l'auteur. Si la forme chez lui paraît vaine et puérile, c'est surtout parce qu'elle demeure vide. Mais mettez dans ces cadres des idées, l'impression sera tout autre. La phrase antithétique a été reprise par Antiphon et Thucydide, et elle a suffi à tous les besoins de l'éloquence pratique comme de l'histoire. Elle a môme communiqué à la pensée de ces deux écrivains une précision, une netteté de contours, un relief, qui sont choses toutes nouvelles dans la prose grecque'. Sans doute l'opposition des idées deux à deux était un instrument bien limité encore, car les choses ont plus de deux faces; mais elle réalisait un tel progrès sur la phrase amorphe et inorganique d'Hérodote qu'on conçoit l'admiration enthousiaste des contemporains. En somme, Gorgias a créé un moule de phrase (Xs?;; àvTiy.£i[;.évY;), qui s'est imposé plus ou moins à tous les prosateurs suivants, jusqu'à Isocrate. (>ela seul suffirait à son honneur. Mais ce n'est pas assez dire. Si loin qu'il y ait en apparence de la phrase de Gorgias à celle d'Isocrate, la filiation entre elles est directe. Ce qui obscurcit au premier abord cette filiation, c'est l'ampleur et la complexité des périodes

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