‹ Essai sur la rhétorique grecque avant AristoteChapitre 92 sur 224 · Ibid., 111,11, p. 1412 B · texte numérisé non relu

Ibid., 111,11, p. 1412 B

4. On peut dire, il est vriù, à l'excuse des Grecs que leur langue, grâce surtout à l'abondance des désinences semblables de déclinaison et de conjugaison, ollrait plus de facilité qu'aucune langue moderne à ces effets, et que par suite ceux-ci n'y avaient peut-être pas un air aussi artiliciel et aussi pédant qu'il nous le semble. Ajoutons encore que la poésie, dont ils avaient été de tout temps un ornement, y avait d'avance familiarisé l'esprit et l'oreille.

pas moins désormais la marque de la prose littéraire. Il s'est passé, dans la prose grecque après Gorgias le même phénomène que dans la tragédie après Eschyle et Sophocle. C'est Euripide qui, le premier, élimina du style tragique tous les vocables insolites; il n'use guère que des mots ordinaires, mais c'est avec un discernement si délicat que sa langue, sans qu'il y paraisse, reste très au-dessus du parler quotidien'. De même ont fait dans l'éloquence les successeurs de Gorgias. Chez Isocrate, en particulier, c'est une méthode réfléchie : « Tandis que les poètes, dit-il dans son Evagoras (| 9), ont à leur disposition, outre les mots consacrés, les mots étrangers, les néologismes, les métaphores, le prosateur est tenu de se borner aux termes usuels (tîùv èvîixâTwv toT; TOMT'asïc liivïv ypfisOai) ». Non pas pourtant qu'aux yeux d'Isocrate, la prose écrite se doive confondre avec le langage parlé. Un fragment de la technè dit expressément le contraire : « Il ne faut pas que la prose soit simplement de la prose ; cela aurait quelque chose de sec \ » Et comment prévenir ce défaut? A cette question répond un

1. On plutôt ils n'aflniiront plus tout cela que par exception, et dans les ])assaR(>s où- la gravité de la pensée ou la chaleur du sentiment justifiaient ces iiardiesses. « La langue do Déniosthène est le plus pur attique parle de son temps. Il ne recherche pas, comme Gorgias, les mots anciens et poéli(jues, et n'en forge pas de nouveaux au sens profond et subtil, comme Thucydide S'il en crée

de nouveaux, ce sont des mots de passion. .; s'il en empriinte ft la langue des poètes, c'est à la façon des autours de parodies, et dans un sarcasme. Les métaphores vives, pittoresques... éclairent son style... » (A. Croiset, His,t. de la litlër. tirccqite. IV. p. 549.)

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