SYSTÈME DE LA VEINE PORTE DE M. SUCQUET
M. Sucquet, dans un mémoire intitulé D’une circulation du sang spéciale au rein des animaux vertébrés mammifères , expose une théorie toute nouvelle de la circulation rénale. Pour M. Sucquet il y a dans le rein deux systèmes de vaisseaux sanguins ; un premier système est celui de la circulation préportale. C’est la circulation rénale telle qu’elle est généralement admise; celle qui se fait dans les artères radiées, les glomérules, les vaisseaux efférents, les capillaires corticaux, les vasa recta et les veines que M. Sucquet appelle veines dérivatives. Ces veines dérivatives renferment du sang artériel; elles emportent le trop plein du réseau artériel.
M. Sucquet, en injectant des reins par l’artère rénale et par la veine rénale, a rempli les tubes contournés et certains tubes médullaires. <c Ces tubes, dit-il, portent sur leur périphérie des racines irrégulièrement disséminées, qui, simples ou divisées en radicelles, se mêlent aux réseaux des vaisseaux inlertubula ires , communiquent avec eux et en reçoivent l’injection. Ces racines communiquent de la même manière avec les réseaux artériels et veineux, car dans le même tube on rencontre alternativement l'injection artérielle et l’injection veineuse. Cette intermittence des deux injections montre que les racines artérielles et veineuses sont entremêlées. » Il conclut en disant que des canaux qui par des racines afférentes reçoivent le sang des artères et qui par des racines efférentes le renvoient dans les veines sont des veines portes.
M. Sucquet donne à l’appui de sa théorie les quatre observations suivantes, dont il est facile de démontrer l’erreur:
\° M. Sucquet injecte par l’artère une solution alcoolique de poudre de poix noire; par la veine une solution alcoolique de sang-dragon. Ces matières se solidifient par la souslrac-
tion de l’alcool, « II faut, dit l’auteur, injecter par l’artère assez lentement d’une. manière soutenue, laisser la veine libre et ne suspendre l’injection que longtemps après son retour par la veine, sans se préoccuper de l’injection qui s’écoule par ce vaisseau.» Immédiatement après, il injecte le même rein par la veine. L’injection faite, il fait macérer le rein expérimenté dans l’acide chlorhydrique, afin de dissoudre le tissu glandulaire; il fait des lavages, et sèche les préparations à l’air libre. G est • en opérant comme il vient d’être dit que M. Sucquet a constaté dans les tubes contournés et certains tubes droits tantôt l’injection artérielle, tantôt l’injection veineuse, tantôt les deux à la fois. Il a été démontré par Hyrll et Kôlliker que les tubes contournés el certains tubes droits peuvent s’injecter par l’artère rénale. Ces anatomistes ont prouvé en outre que de pareilles injections ne se font que par suite de déchirure des glomérules. Or, quand on injecte d’après les recommandations de M. Sucquet, il est impossible d’éviter une pareille lésion; ses observations ne prouvent donc nullement l’existence d’une communication entre les tubes contournés et les capillaires. Quant aux racines chevelues qu’il décrit à ces tubes, il est facile, en jetant un coup d’œil sur les figures des pl. III et V, de s’assurer quelles n’existent pas.
2° M. Sucquet, en étudiant la structure des tubes contournés sur des reins frais, a constaté qu’ils sont remplis par des «cylindres formés par une substance demi-solide, transparente et renfermant des cellules plus ou moins arrondies, brillantes, sans noyau et irrégulièrement disséminées dans sa masse. Celle substance est soluble dans l’eau et précipitable par la chaleur.» M. Sucquet en conclut que c’est de la globuline , c’est-à-dire un des éléments du sang.
3° Après un séjour de vingt-quatre heures dans le chlorure de zinc, l’auteur vil les tubes contournés remplis par une subs-
tance brunâtre pulvérulente, amorphe, lentement soluble dans l’éther et qu’il regarde comme de Yhématosine.
L’épithélium des canaux contournés est incontestable et prouve jusqu’à l’évidence la nature glandulaire de ces canalicules. Un vaisseau sanguin ne renferme pas un épithélium constitué par de grosses cellules granuleuses à noyaux. D’autre part, cet épithélium est tellement facile à constater, qu’il est incompréhensible comment il ait pu échapper à M. Sucquet. Les réactions par lesquelles M. Sucquet veut démontrer la présence de globuline et d’hémalosine dans le contenu des tubes contournés sont du reste peu concluantes.
4° Enfin M. Sucquet rappelle que les reins des poissons, des reptiles, des batraciens, des oiseaux possèdent une veine porte. Le fait est vrai; mais cette veine porte ou veine de Jacobson présente une disposition entièrement différente de celle que M. Sucquet décrit à la veine porte rénale des mammifères.
Je rejette donc complètement les idées de M. Sucquet, car elles me paraissent basées sur des faits erronés; de plus, je leur oppose les nombreux travaux des histologistes allemands, travaux ignorés par l’auteur, et qui prouvent, d’une part, la continuité des tubes droits médullaires avec les tubes contournés, d’autre part, la nature glandulaire de ces derniers.