‹ Essai sur la structure microscopique du reinChapitre 5 sur 31 · CANALICULES EN ANSE OU CANALICULES DE HENLE · texte numérisé non relu

CANALICULES EN ANSE OU CANALICULES DE HENLE

1° Démonstration.

A côté des canalicules droits qui viennent d’être décrits, la pyramide renferme encore un grand nombre de canalicules plus fins, décrits pour la première fois avec détails par Ilenle. Aussi Kôlliker propose de les appeler canalicules de Henle; j’adopterai cette dénomination dans mes descriptions. Ilenle découvrit celle deuxième classe de canalicules, en étudiant attentivement des coupes perpendiculaires à l’axe des pyramides. L’existence de ces tubes est facile à démontrer sur une pareille section. Lorsqu’elle est pratiquée vers le sommet de la pyramide (pl. I, fig. 11,1), on y voit, ‘comme nous savons, les sections des canalicules droits déjà décrites. Dans les ponts de stroma reliant ces canalicules on distingue les sections des tubes de Ilenle. Ce sont de petits trous de grandeur inégale (pl. I, fig. II, 2), mesurant en moyenne chez l’adulte 0mm,02 de diamètre. Ils sont limités par une ligne simple, qui à un fort grossissement apparaît quelquefois double (pl. I, fig. IV, 2), ce qui indiquerait une certaine épaisseur de la membrane propre. L’épithélium qui les tapisse peut varier; dans les uns il est composé de cellules pavimenteuses aplaties, à noyau proéminent vers la lumière du tube (pl. I, fig. IV, 2). Dans quelques tubes l’épithélium paraît plus développé et formé par des cellules cuboïdes (pl. I, fig. IV, 3). Vers la base de la pyramide, à mesure que le diamètre des canalicules droits diminue , le nombre des tubes fins augmente (pl. I, fig. III). Les sections se montrent encore avec les mêmes caractères; on trouve les denx épithéliums (pl. I, fig. V). Contre la substance corticale la ma-

jorilé des tubes offre des cellules cuboïdes. Il est à noter que les sections des vaisseaux sanguins sont très-faciles à reconnaître, grâce aux globules sanguins qu’ils renferment presque toujours (pl. II, fig. V, 4). La description que Ilenle donne des coupes de la pyramide diffère un peu de la mienne. Ilenle, en vue de sa théorie sans doute, dit que vers la papille on ne trouve que des tubes fins à épithélium pavimenteux; vers la base de la pyramide que des tubes fins à épithélium glanduleux. Le fait me paraît inexact. Sur les coupes du sommet, les tubes à épithélium pavimenteux sont à peu près les seuls qui existent; vers la base les tubes à épithélium pavimenteux et ceux à épithélium plus développé sont toujours réunis. Vers l’écorce, quand les tubes de Bellini diminuent de diamètre, les tubes fins granuleux, au moins un certain nombre d’entre eux, augmentent de diamètre. La cellule épithéliale des premiers s'affaisse, celle des seconds se développe. Il en résulte que la distinction entre les deux peut devenir assez difficile.

Sur des coupes longitudinales les tubes de Ilenle peuvent facilement se suivre sur une certaine longueur. On les voit à côté des canalicules de Bellini (pl. II, fig. I). Près de la papille ils paraissent rares; dans la pyramide et la couche limite ils sont tellement nombreux qu’ils masquent entièrement les tubes larges. Sur des reins où les canalicules sont injectés, la distinction est facile.

S il est aisé de démontrer l’existence des tubes étroits, il est par contre très-difficile de montrer leurs connexions. Vers la base de la pyramide ils se perdent dans la substance corticale où nous les retrouverons plus tard. En les poursuivant vers la papille, on voit qu’ils restent sans cesse situés entre les tubes larges exactement parallèles à eux. Jamais ils ne montrent de divisions, jamais d’anastomose avec les canalicules de Bellini.

Henle déclara le premier qu’ils se réunissenl deux par deux en anse. Plusieurs anatomistes, surtout Chrzonszczewski , contestent à Henle la priorité de sa découverte, et prétendent que Ferrein a déjà décrit ces tubes. Henle avoue lui-même que Ferrein a peut-être entrevu les tubes en anse quand il décrit, sous le nom de tuyaux serpentants , des canalicules droits quittant leur marche descendante vers la papille et remontant vers la moelle pour ne reprendre que plus tard leur direction primitive. Il est facile de voir, en inspectant les figures que donne Ferrein, que ces tuyaux serpentants ne ressemblent en rien aux tubes en anse. Depuis Henle plusieurs observateurs ont vu des anses sur des reins normaux et surtout des reins pathologiques.

Sur les reins normaux, dit Henle, on voit parfois deux canalicules étroits se réunir en anse à convexité tournée vers la papille. Ces anses sont très-visibles sur les coupes longitudinales, traitées par une solution faible de potasse. Le réactif dissout les cellules épithéliales, les globules sanguins, et laisse apparaître sur un fond pâle des anses nombreuses. Roth traite les coupes par l’acide chlorhydrique. Par cet agent, dit-il , les tubes droits sont dissociés, le stroma et les vaisseaux dissous et les anses se voient en grand nombre.

La plupart des observateurs constatèrent, les anses sur des reins pathologiques. D’après Henle, il arrive parfois qu’elles sont fortement infiltrées de graisse, ce qui les rend très-apparentes. Kollmann constate également cette infiltration graisseuse chez le chien et le porc.

Sur des reins atteints de maladie de Bright, parfois aussi sur des reins normaux, Henle et Roth ont vu les tubes fins remplis par une matière homogène brillante (cylindres gélatineux on fibrineux). Ils signalent encore d’autres dépôts qui peuvent s’v rencontrer.

D'après Kotli, certains reins de vieillards présentent dans la papille des stries jaunâtres, ne s’enlevant pas par des lavages. Le microscope montre que ces stries sont produites par une substance cristalline (infarctus calcaire) contenue dans des canaux étroits situés entre les tubes de Bellini et les vaisseaux. En même temps il révèle que plusieurs de ces canaux se réunissent en anses.

J’ai essayé avec ces données de vérifier l'existence des anses. Sur des coupes faites suivant l’une des pyramides médullaires de reins humains parfaitement sains et frais, les anses peuvent passer inaperçues. J’ai rencontré fréquemment un tube à trajet courbe, ansiforme, mais ou il est difficile de poursuivre le trajet des deux branches de l’anse (pl. II, fig. I). Rien ne prouve dès lors que j’aie eu sous les yeux une anse de Ilenle. En effet, un canaliculc peut quitter tout d’un coup sa direction rectiligne , se recourber en anse et ne reprendre que plus tard sa direction primitive. D’autres fois, deux canalicules étroits, ayant marché pendant un certain trajet parallèlement aux autres tubes, se rapprochent subitement l’un de l’autre et s’entrecroisent en 8 de chiffre. Un examinateur superficiel peut prendre cet entre-croisement pour une anse, surtout si les deux tubes ne peuvent être suivis plus loin. L’emploi de la potasse ne m’a pas rendu sur les reins sains les services que Ilenle lui attribue. Ce réactif dissout rapidement les tissus. L’acide chlorhydrique lui est de beaucoup préférable. Si l’on traite une préparation par cet agent, les vaisseaux sanguins, les tubes larges sont dissociés, les tubes étroits seuls résistent. J’ai pu dès lors, sans difficulté aucune, voir les nombreuses anses qu’ils forment (pl. II, fig. II).

Pour rechercher les anses dans les reins malades, la potasse et l’acide chlorhydrique sont très-utiles. En effet, si l’épithélium des anses est infiltré de graisse, l’emploi de ces réactifs

fait pâlir les préparations et apparaître les anses très-distinctement (pl. II, fig. II et IV).

Chez les animaux les anses existent comme chez l’homme; j’en ai vu sur des reins de cheval, de chien, de porc (pl. II, fig. II).

Il est facile de s’assurer que les anses augmentent du sommet de la pyramide vers la base. Dans le voisinage de l’écorce elles sont très-nombreuses.

Pour suivre le trajet des tubes en anse, il faut dissocier les canalicules par la macération acide. C’est ainsi que Ilenle y constata les changements d épithélium. C’est par la même opération que Schweigger-Seidel et Roth, qui ont étudié la question après lui, isolèrent des anses et examinèrent les canalicules dont ils sont formés. Dans la moitié interne des pyramides on constate, sur des préparations ainsi obtenues, des tubes larges, fortement endommagés, et, de plus, des tubes plus étroits à contenu transparent, et dont quelques-uns apparaissent réunis en anses. Dans la partie basilaire des pyramides les tubes fins sont plus nombreux. Les uns offrent les mêmes caractères que vers le sommet de la pyramide, c’est-à-dire qu’ils sont transparents, les autres s’élargissent (de0mm,014 à 0mm,027 et 0ram,03 d’après Roth); leur contenu devient granulé. Les anses ont augmenté en nombre; elles présentent une partie étroite et claire et une partie large et granulée. Le changement de l’une à l’autre se fait à des hauteurs variables. Les deux portions distinctes des anses ressemblent en tout point aux deux sortes de canalicules qu’on rencontre à côté d’elles. D’après cela il est permis de conclure que les tubes étroits proviennent d’anses situées plus près de la papille. Chez les animaux, les différentes parties de l’anse sont très-distinctes. Chez les rongeurs et la chauve-souris, on reconnaît plus facilement la portion large et la portion rétrécie de l’anse. Témoin la fig. VII, pl. IV, tirée de la pyramide d’une chauve-souris.

Il est donc certain : 1° que les tubes de Ilenle augmentent progressivement du sommet vers la base de la pyramide; 2° qu’ils se réunissent en anses; 3° qu’ils offrent dans leur trajet des modifications du diamètre et du contenu.

On peut donc donner la description suivante des tubes de Ilenle :

2° Description.

Les tubes de Henle sont des tubes étroits entrant en masse de l’écorce dans la moelle, marchant parallèlement aux tubes de Bellini et se réunissant deux par deux en anse. On y distingue trois parties, qui sont : l’anse et ses deux branches. Le diamètre des tubes de Ilenle est inférieur à celui des tubes de Bellini. Il varie pendant le trajet du tube; sur une certaine longueur de l’anse il est large, puis il se rétrécit environ des trois quarts et forme un tube très-étroit. La partie étroite mesure chez l’homme de0mm,012 à 0mm,014, la portion large 0mm,026. La portion étroite ne manque jamais, mais elle peut être plus ou moins longue. Chez le porc, elle n’est parfois qu’un rétrécissement (Schweigger-Seidel). Dans les préparations par isolement, elle est presque toujours déchirée. L’anse est tantôt formée par la partie étroite, tantôt par la partie large; dans ce dernier cas, la portion étroite est tout entière comprise dans une des branches de l’anse. On comprend aisément que les anses formées par la partie étroite passent facilement inaperçues et que les anses larges soient seules visibles. Près de la papille les anses sont toutes formées par la partie rétrécie et leurs branches s’élargissent en montant vers la base de la pyramide. Pour certains auteurs, c’est à l’entrée dans la couche-limite qu’a lieu l’augmentation de diamètre. Vers l’écorce l’une des branches, l’anse et la partie inférieure de la deuxième branche sont larges; la partie supérieure de cette dernière est seule rétrécie.

Les anses étroites sont toujours simples, les anses élargies sont parfois contournées. Schweigger-Seidel décrit plusieurs formes irrégulières. La branche large peut, d’après le même auteur, être ou convolutée ou ondulée.

3° Structure.

La membrane propre est plus épaisse que dans les tübes de Bellini ; elle a un double contour (pl. I, fig. IV, 2, et V, 2). L'épithélium offre des changements en rapport avec les variations du diamètre du tube. Ces changements sont surtout visibles chez les animaux. Chez la chauve-souris, par exemple, la partie large possède un épithélium de cellules fortement granuleuses (pl. III, fig. X). La partie étroite , au contraire, est tapissée d’un épithélium aplati, transparent, formé de petites cellules claires (pl. III, fig. XI). Sur les pièces traitées par l’acide chlorhydrique, l’épithélium peut être modifié de différentes manières; généralement on remarque une formation abondante de gouttelettes graisseuses. Chez l’homme adulte les différences d’épithélium sont moins sensibles (pl. I , fig. IV et V).

Nous avons vu que le nombre des tubes étroits augmente du sommet de la pyramide vers la base. Henle pense que cette augmentation est assez considérable pour déterminer la forme de la pyramide. Chaque division à angle ajgu des canaux droits explique bien jusqu’à un certain point l’élargissement de la pyramide; mais, le calibre des canaux droits diminue à chaque bifurcation, il faut donc que le développement en largeur dépende d’une autre cause. Celle cause paraît être l’augmentation du sommet vers la base du nombre et du diamètre d’une deuxième espèce de canalicules;

4° Nature.

Les tubes de Ilenle sont-ils des tubes urinifères ou des anses vasculaires? Après tout ce qui vient d’être dit des tubes en anse, cette question est résolue d’avance. En effet, pour les tubes munis d’un épithélium granuleux, la confusion n’est pas possible et personne ne les considère comme des vaisseaux sanguins. Quant aux tubes clairs, Kôlliker, dans sa première édition , Chrzonszczewski et autres les regardent comme étant de nature vasculaire. Ils se rapprochent des vaisseaux sanguins par le diamètre et l’épithélium. La distinction est néanmoins facile: les canaux sanguins présentent des bifurcations et des anastomoses, les tubes de Henle n’en offrent jamais. L’épithélium des deux sorLes de canaux montre aussi des différences. Il est plus développé dans les canalicules urinifères que dans les vaisseaux sanguins. Dans les canalicules de Henle les cellules épithéliales forment une couche distincte, où l’on reconnaît facilement le contour des cellules, tandis que dans les vaisseaux sanguins les noyaux semblent fondus dans la paroi du canal. Le doute ne sera plus permis quand sur des préparations par isolement on verra les canaux clairs se continuer avec les canaux granuleux.

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