‹ Essai sur la structure microscopique du reinChapitre 8 sur 31 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le système vasculaire du rein a été l’objet de nombreuses études. Tous les anatomistes sont d’accord pour ce qui concerne la distribution générale du sang; mais malheureusement les travaux de Gerlach , Ludwig, Bowman, et dans ces derniers temps, de Virchow *, offrent encore de nombreuses contradictions louchant les détails. C’est le rapport entre les vaisseaux corticaux et les vaisseaux médullaires qui est principalement discuté.

En 1864, Stein1 2 attire l'attention sur le système capillaire du rein. Il établit une différence très-grande entre les capillaires des diverses régions du parenchyme. D’après lui les uns sont plus particulièrement veineux, les autres, artériels. Les idées de Stein sont encore peu connues; Kôlliker seul en parle.

En France la circulation du rein vient d’être établie d'une manière toute nouvelle par M. Sucquet3. Cet anatomiste décrit un système de veine-porte , complètement ignoré jusqu’à ce jour. Les idées de M. Sucquet sont tellement inattendues et même extraordinaires qu’au lieu de les mêler aux faits généralement admis, je les exposerai dans un paragraphe particulier.

1 Virchow, Einige Bcmerkungen iiber die Circulations- Verhciltnisse in den Menschennieren. Virchow’ s Arcliiv , t. XII, p. 50.

2 Stein , Die Harn- und Blulwege der Savgethiernieren. JVürzburger med. Zeitschrift , 1865.

3 Sucquet, D’une circulation du sang spéciale aux reins des mammifères , 1 867.

§ 2. VAISSEAUX SANGUINS CORTICAUX.

1° Artère rénale.

L’artère rénale pénètre dans la glande par le hile. Chez l’homme il peut exister, par anomalie, deux artères; chez les animaux il y en a souvent plusieurs.

Avant d’entrer dans la glande, l’artère rénale peut se bifurquer. Dans le hile elle se divise plusieurs fois, fournit au bassinet et aux calices et envoie dans le parenchyme de petites branches, de 1 à 2 millimètres de diamètre (Henle). Ces branches sont accompagnées de veinules d’un calibre double. Elles pénètrent dans les colonnes de Bertin, c’est-à-dire dans la portion du parenchyme cortical placé entre les cônes médullaires.

Arrivés dans le parenchyme, les rameaux artériels se divisent en un grand nombre de petits vaisseaux, qui longent la base des pyramides. Les rameaux venant des deux côtés d’une pyramide marchent à la rencontre les uns des autres, mais sans s’anastomoser. 11 en résulte des arcades incomplètes, nommées ilemi-arcades de Berlin. Leur ensemble forme ce que quelques auteurs appellent la voûte artérielle du rein.

2° Artères radiées. — Vaisseaux afférents.

De la convexité de la voûte artérielle naissent les troncs des artères radiées. Ce sont de petits vaisseaux artériels, dont les branches, placées à des distances à peu près égales, occupent l’axe des bandes de substance corticale situées entre les rayons médullaires et marchent en droite ligne vers la périphérie de l’organe. Ces artères ( artères interlobulaires ou artères radiées) mesurent deOmm,/135 à 0mm,220 de diamètre (Kôlliker). A leur extrémité elles se ramifient parfois en plusieurs branches.

Les artères radiées et déjà leurs troncs fournissent un grand nombre de ramuscules (ramuscules glomérulaires) , s’en allant en diverses directions et dirigés à peu près perpendiculairement aux vaisseaux qui les portent. Kolliker leur donne de 0mm,018 à 0,mn,045 de diamètre, et y décrit une structure artérielle. Les ramuscules glomérulaires sont courts, rectilignes ou légèrement courbes ; parfois ils sont ramifiés. Ces artérioles constituent les vaisseaux afférents ( vasa afferentia ) des glomérules (pl. VU, fig. XII).

Les artères radiées donnent-elles des rameaux ne portant pas de glomérules? Cette question a déjà été vivement discutée; elle est aujourd’hui admise par un grand nombre d’anatomistes.

Ludwig1 décrivait déjà des rameaux terminaux des artères radiées, rameaux qui forment un réseau capillaire périphérique situé immédiatement sous la capsule fibreuse et communiquant avec le réseau des vasa afferentia. Blessig, Gerlach, Toynbee, Donnell sont du môme avis. Isaacs2 admet que les vasa affercntia et même les artères radiées portent dès leur origine des branches qui se résolvent directement en capillaires. M. Sappey dit également qu’un grand nombre de branches des artères radiées se répandent entre les tubes corticaux sans porter de glomérules. Virchow regarde cette disposition comme une rareté sans importance ; Frey comme une anomalie. Kolliker se prononce contre; pour lui les artères radiées, abstraction faite de quelques ramuscules destinés aux enveloppes du rein (rami capsulares), ne portent que des branches glomérulaires.

Hyrtl décrit chez les poissons et les reptiles un système complet d’arLères sans glomérules [système nutritif).

1 Ludwig in Rud. Wagner s llandivorterbuck der Pkysiol., 1844, p. 629.

2 Isaacs, Journal de physiologie , t. I, p. 589.

La constatation de pareils rameaux est très-difficile. Sur les préparations de reins injectés par l’artère on voit un grand nombre de branches paraissant se résoudre directement en capillaires, mais rien ne prouve que ce ne sont pas des artères dont les glomérules ont été détachés. L’existence de rameaux sans glomérules n’est donc pas suffisamment démontrée.

3° Glomérules de Malpighi.

Depuis Iluschke et Müller on décrit le glomérule de Malpighi comme une pelote vasculaire contenue dans la capsule de Bowman. Personne ne se rattache plus à la « pensée malheureuse de Malpighi sur la nature glandulaire des corpuscules, » comme le dit M. Sucquet1. Les glomérules sont situés dans la substance corticale sur les branches des artères radiées. La couche la plus périphérique du parenchyme ( cortex corticis de Hyrtl) en est exemple.

Les glomérules sont très-nombreux. Schweigger-Seidel évalue qu’un millimètre cube de substance corticale de rein de porc renferme six glomérules et que l'organe entier en renferme 500,000. Leur diamètre varie beaucoup chez les animaux ; les changements de dimension ne sont pas en rapport avec les différences de volume des reins. Plusieurs auteurs décrivent chez le même animal des glomérules de diverses grosseurs, llenle les admet mélangés dans toute l’écorce. D’après la plupart des autres anatomistes, ce sont les glomérules situés vers la moelle qui sont plus volumineux que ceux de la périphérie. 'Virchow pense que les glomérules sont plus grands dans le voisinage des pyramides parce qu’ils y sont plus rares. J’admettrai plus volontiers avec Kôlliker, Schweigger-Seidel et Frey, que cette différence provient de ce que les premiers rameaux

1 Sucquet, loc. cil., p. 13.

des artères radiées sont plus volumineux que les dernieis. Trèssouvent les différences de diamètre tiennent à la plus ou moins grande distension du glomérule par l’injection.

Structure. Le glomérule est formé par le pelotonnement d’un certain nombre d’anses vasculaires provenant des ramifications d’un vas afferens et aboutissant au vas efferens. Le vaisseau afférent, après son entrée dans la capsule, se divise en plusieurs branches affectant une disposition rayonnée. Celte ramification se constate très-facilement par des injections incomplètes de glomérules. Chacune de ces branches fournit un faisceau de capillaires, qui par leur calibre et leur structure amorphe avec noyaux accolés aux parois ressemblent aux capillaires ordinaires. Ces vaisseaux capillaires sont fortement contournés, serrés les uns contre les autres et forment des anses dont la convexité est tournée vers le canalicule urinifère. Ils se réunissent de nouveau en un tronc unique, qui est le vas efferens du glomérule.

Généralement le rameau entrant et le rameau sortant traversent la capsule tout près l’un de l’autre, sur le pôle opposé à l’origine du canalicule urinifère, de sorte que les anses capillaires qui y sont interposées sont tournées vers le canalicule.

Il est impossible d’étudier cette structure sur un glomérule renfermé dans sa capsule. Tout au plus peut-on constater des irrégularités à sa surface. Il est plus avantageux de se servir de glomérules isolés, qu’on est parvenu, par de légères pressions, à expulser de leurs capsules et à diviser en lobes. Cette élude est facilitée si les glomérules ont été injectés.

La structure du glomérule telle qu’elle vient d’être décrite n’est pas encore admise par tous les anatomistes. Chez les vertébrés inférieurs, certains auteurs admettent que le glomérule est constitué par un pelotonnement du vaisseau afférent.

D’après FVey, celte structure est facile à vérifier chez la vipère. Chez le requin, Hyrtl 1 a constaté que le vaisseau afférent, avant de former le glomérule, se divise en un faisceau de petites branches , traversant séparément la capsule de Bowman. L’une d’elles prend un trajet récurrent, reste étrangère à la formation du glomérule, et constitue le vas efferens. Dans ce cas le glomérule n’est qu’un diverliculum artériel. Plus tard le même auteur décrit une disposition analogue chez les chimères et les cycloslomes2. Chez ces animaux le vas efferens peut s’injecter sans le glomérule. Hyrtl affirme avoir vu le même fait sur les glomérules du corps de Wolff chez des embryons de cheval et de bœuf. Kôlliker3 prétend l’avoir constaté sur des glomérules de certains mammifères, et pense que le vas efferens n’est peutêtre qu’une branche du vas afferens et que le glomérule est latéral au trajet sanguin. Malgré ces faits, exceptionnels il est vrai , j’approuve néanmoins Schweigger-Seidel , quand il recommande une nouvelle élude du glomérule, disant que sa structure n’est pas encore suffisamment connue.

Rapport du glomérule avec la capsule de Bowman. Trois manières de voir différentes ont successivement été émises à cet égard.

i° La plus ancienne, celle de Bowman ,. admet que les vaisseaux afférents et efférents traversent simplement la capsule et que le glomérule est à nu dans sa cavité. Elle a été partagée par Wiltich, Ecker, Johnson, Frerichs, Schmidt. Henle est du même avis: «L’opinion de Bowman, dit-il, n’a été rejetée que parce qu’on reculait devant l’idée d’admettre le glomérule à

1 Hyrtl, Ueber die Niercnknâvel des IJaifisches, in Verhandluvgen der JViener zoologisch- botanischen Gesellschaft , 1861.

2 Hyrtl , Ueber die Injection der fVirbellhiemieren und deren Ergtbnisse ,

3 Kôlliker, Ilandbuch der Geivebelchre des Menschen , 6e édit., 1867. p. 510.

nu dans un tube communiquant avec l’extérieur. Aujourd’hui l’on sait que les tubes contournés sont fermés de toute part, et cette idée n’a plus rien d’anti-physiologique. »

2° Kôlliker, en 1863, décrit une simple couche d’épithélium entre la capsule et leglomérule, épithélium recouvrant aussi la face du glomérule tournée vers le canalicule.

3° D’autres observateurs admettent deux épithéliums; l’un revêtant la capsule (épithélium capsulaire) , l’autre le glomérule (épithélium glomérulaire). Isaacs démontre le premier la différence entre les deux. La surface du glomérule, dit-il, est recouverte par des cellules de dimensions plus grandes que celles de l’intérieur de la capsule. Molescholt est du même avis; il donne aux premières 0mm,01 de diamètre; aux autres 0mm,006. Isaacs donne comme deuxième caractère différentiel, l’action de l’acide nitrique, qui dissout les cellules de la capsule et n’attaque pas l’épithélium glomérulaire.

Tous les observateurs modernes, même Kôlliker, décrivent l’épithélium glomérulaire, mais reconnaissent qu’il se constate plus difficilement que celui de la capsule. Chez les embryons il est assez facile à voir. Schweigger-Seidel l’étudie sur le rein d’un embryon humain de six mois; Kôlliker, chez un embryon de bœuf. C’est un épithélium pavimenteux composé de cellules assez volumineuses. Chez l’adulte, cet épithélium tombe, ou bien se change en une membrane amorphe avec noyaux et devient méconnaissable (Schweigger-Seidel). Chrzonszczewski recommande de se servir pour l’étudier de reins durcis par la congélation. En anatomie comparée , il a été démontré depuis longtemps par Carus1.

1 Carus, Zeitschrift f. wissenschafll. Zoologie , t. Il, p. 91.

4° Vaisseau efférent (vas efferens).

Le vaisseau efférent du glomérule a en moyenne un diamètre inférieur à celui du vaisseau afférent. Kôlliker lui donne 0mm,009 à 0mm,(M8. Virchow admet que le vaisseau efférent est plus volumineux que le vaisseau afférent. Slein dit qu’il n’y a pas de différence entre les deux.

Dans les glomérules de la périphérie le vaisseau efférent m’a toujours semblé inférieur au vaisseau afférent; dans les glomérules du voisinage de la moelle, les deux sont à peu près égaux en diamètre.

Il est reconnu que le vaisseau efférent n’est pas encore une veine. Kôlliker a démontré sa structure artérielle.

5° Capillaires corticaux.

Les vaisseaux efférents forment le réseau capillaire cortical. Ce réseau est très-riche, mais il a un aspect différent dans la substance corticale proprement dite, et sur les rayons médullaires. Les canaux contournés sont enveloppés d’un réseau à mailles polygonales, larges de 0mm,011 à 0mm,033 (Kôlliker). Les rayons médullaires, au contraire, sont entourés d’un réseau à mailles allongées dans le sens du trajet des canalicules (pl. VII, fig. XIII et XIV).

Plusieurs auteurs ont attribué des rapports différents aux deux réseaux, Chrzonszczewski et, anciennement, Beer, font provenir le réseau des rayons médullaires d’artérioles ne portant pas de glomérules. Stein pense qu'il est formé par les vasa efferentia des glomérules périphériques et le regarde comme plus directement en rapport avec les artères, tandis que le réseau des tubes contournés est plus spécialement veineux. Il se base sur les observations suivantes: « Quand on injecLe l’artère, dit-il, l’injection remplit les artères radiées, les glomérules et les ca-

pi liai res des pyramides de Ferrein. En injectant la veine, on remplit plus facilement le réseau des tubes contournés. Quand on pousse par l’artère une injection rouge, par la veine une injection bleue, les glomérules et le réseau des rayons médullaires s’injectent en rouge, le réseau des tubes contournés en bleu.»

0° Veines corticales.

Du réseau capillaire cortical périphérique naissent de petites radicules veineuses ( veines superficielles ), se réunissant au nombre de sept à neuf comme les branches d’une étoile, pour constituer ce qu’on a appelé les étoiles de Verheyen. Ces étoiles se remarquent en très-grand nombre sur la surface des reins injectés par la veine. Les veinules qui partent de leur centre se réunissent et forment les veines radiées ou veines interlobulaires.

Les veines radiées suivent la même direction que les artères du même nom; elles reçoivent pendant leur trajet de petites veinules {veines profondes ), nées dans la profondeur de la substance corticale (pl. 'VU, fig. XVI).

Les veines radiées se réunissent en vaisseaux de plus en plus

gros, et forment , de môme que les artères , des arcades de Ber-

tin , mais des arcades complètes, grâce à leurs nombreuses anastomoses.

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