POÉSIE DU DROIT PRIMITIF. CX
Le droit , en efifet', représente toujours plus ou moins fidèlement la nature, les besoins et la destinée d'une nation. Aussi bien que la langue, il est identique au génie d'un peuple. S'il est vrai , comme on l'a dit, que le caractère national résulte d'un fait primitif, caché dans le mystère des origines, régnant sur le peuple, le gouvernant à son insu et souvent malgré lui, pendant tout le temps de son existence,, il est également vrai que le droit et la langue, par leur identité avec le génie d'une nation, n'ont pas par eux-mêmes une vie propre et indépendante. Déterminés l'un et Fautre par le passé et par le caractère du peuple, ils sont inséparablement unis à ses conditions d'existence. Le droit et la langue d'une nation croissent, se développent et périssent avec la nation elle-même.
Malheur à la législation qui oublie que pour pou-** voir étendre ses rameaux dans l'avenir, elle doit avoir sa racine dans le passé ! Que sont devenues les teo? tatives de l'Assemblée constituante pour fonder un nouvel ordre de choses sur la raison pure et sur l'idéal de la logique ? Ces tentatives ont avorté, en ne laissant après elles que les plus tristes souvenu*». Mais ils sont et resteront immuables, malgré les variations des choses politiques, ceux de ses travaux qui, se rattachant à des précédents historiques, emhpruntèrent au christianisme le principe de l'égalité
CXVI INTftODliCTlON A LA SYIIBOLIQLE Dt DROIT.
devant la loi, cette réalisation juridique du dognoe de la fraternité de tous les hommes, prophétisé jadis par Cicéron, qui avait annoncé la grande loi de charité et la loi de perfectibilité fondée sur notre nature spirituelle(l), ce principe d*égalité que le christianisme seul a pu développer, mais qui avait été entrevu par les grands jurisconsultes de Rome encore païenne (2) et enseigné par le génie tout évangélique de Sénèque, le philosophe (3) . Elles sont et demeureront immuables, malgré les efforts insensés dont nous sommes encore témoins, celles de ses conceptions,
(i) c Cùm animus cognilis perceptisque virtulibus, socielalem carUaHs coieritcum suis, omnesque naluraconjunclos suos duxerit..., quid eo dici aat cogitari bealiùs? » (de Legib.^ 1, 23.) — U dil aussi ailleurs carUas generis htanani ; mais je ne retrouve plus le passage.
c Nunc quoniam hominem, quod principium reliquarum renim esse Toluil, generavit el ornayit Deus, perspicuum sit illud (ne omnia disserantur), ipsam per se naturam longiùs progredi : qus etiam nullo docente profecta ab iis quorum, ex prima et inchoati intelligentià, gênera cognovit, confirmai ipsa per se relionem, et perficU. > {id. l, 9).
(2) Le mouvement intellectuel commençait à se répandre dans le monde avant la venue du cbrislianisme, qui trouva le monde préparé et qui féconda le germe déjà exisUint, en donnant une formule intelligible et saisissante pour les masses. .
(5) On connattla tradition populaire sur les rapportsde Sénèqueavee les chrétiens et avec saint Paul. Plusieurs passages des ouvrages de Senèque sembleraient donner quelque vraisemblance à cette tradition. Ce sont ces passages qui l'ont fai t appeler par les Pères de TÉgl ise 5eneca natter. Ceux qui l'ont revendiqué pour le christianisme sont : saint Jérôme, de Scriptoribus ecclesiasticis^ c. xii, et saint Augustin, Civ, Deif 1. VI, c. x ; EpisL ad Maced., LUI. — Sénèque avait environ 60 ans lorsque saint Paul vint k Rome. Foy. ce que dit M. Troplong à ce siyet (Influence du Christ, sur le Dr. rom., p* 7i et suiv.}*