POÉSIE DU DROIT PRIMITIF. CXIX
prudence, ce qui en fait une science et non un métier, une grande science destinée à développer ce qu'il y a de plus élevé et de plus noble dans nos facultés intellectuelles, et non à satisfaire une vaine curiosité d'artiste ou d'érudit; c'est là ce qui contribue à mettre un immense intervalle entre l'orateur et l'avocat, ce qui distingue le jurisconsulte du simple légiste, et c'est ainsi que s'établissent dans l'éloquence judiciaire ou dans le droit, ces noms qui traversent les siècles et qui se perpétuent avec honneur, dans le souvenir de tous les hommes.
Le droit fut jadis à Rome, il est encore dans les sociétés modernes , la plus vaste des sciences humaines. Préposée à l'administration des choses et des personnes, chargée de régler les intérêts, de prévenir ou de réprimer les passions, touchant aux éléments de toutes les études morales et physiques, cette science marche et se dévelopJ)e appuyée sur la double base de la philosophie et de l'histoire, ces deux grandes institutrices du genre humain, qui enseignent la nature des choses et la nature des peuples, qui tiennent à l'invisible monde des idées et au monde matériel des faits, et qui racontent ensemble, d'une commune voix, le principe et la destinée de l'homme, l'origine et le sort des nations. Renfermé dans une sphère plus étroite, limité aux objets qui sont plus directement du domaine judiciaire, le droit n'en reste pas moins une science encore immense, qui suffit à remplir la vie la plus studieuse, et qu'il n'est donné de posséder qu'à un très-petit nombre d'intelligences d'élite.