P0A8IS DV DROIT PRIMITIF. CXXY
montant d'âge en âge, nous nous sentons transportés aux époques primitives, où se découvre à nos yeux le berceau du monde et du droit , avec sa poésie, ses mystères et ses symboles, dont on aperçoit encore, dans nos usages et dans nos lois , les immenses débris, ces vestiges qui, par leur opiniâtre vitalité, seront toujours, pour l'esprit humain, un inépuisable sujet de méditation et de surprise 1
La véritable science juridique consiste à savoir discerner et allier, dans l'étude ou dans l'élaboration de la loi, les deux grands éléments, dont le droit se compose, l'élément historique qui représente la réalité, l'élément philosophique qui vient de la région des idées, le fiiit et la pensée, la matière et l'esprit, ces deux immuables principes du droit , qui sont aussi les principes essentiels de Thomme (1).
Les théories philosophiques sont sans doute la plus haute expression de l'intelligence humaine. Elles veulent être examinées et sérieusement étudiées par quiconque désire se rendre compte de la raison métaphysique du droit qu'elles éclairent, en indiquant les rapports de la loi avec la nature des choses et avec la nature de l'homme et de la société. Mais leurs dogmes trop absolus donnent lieu trop souvent à de cruelles méprises. L'histoire, qui raconte les faits et qui expose leur enchaînement progressif, of-
(i) Parmi les éléments qui composent le droit, je ne comprends pas Péconomie publique. Il importe sans doute de mettre, autant que possible, celte science en parfait accord avec le droit; mais elle n'est pas un des éléments particuliers et distincts qui le constituent. Les principes de cette science, d'ailleurs, demandent k être expérimentés et mûris.
CXXVI IMTEODUCTIOM A LA SYHBOLIQUK DU DIOIT.
fre au jurisconsulte un point d'appui {dus assuré, moins exposé au vent des passions, à Finfluence p»nicieuse des préjugés. Utiles et nobles auxiliaires de l'exégèse, la philosophie la féconde, les recherches historiques la complètent.
Homme de théorie, le jurisconsulte ne s'en tient pas àla raison pure; homme d'application, il interroge autre chose que le texte de la loi et que les souvenirs de la veille^ Pour lui, la connaissance du passé n'est pa&un but, mais un moyen. L'état présent de la société, avec ses passions et ses besoins, attire ses regards, et &it l'objet de sa sollicitude. Eclairé par une philosophie intelligente, et guidé par la raison pratique, il remonte le sillon des âges écoulés, et, à la lueur de ce double flambeau, il demande aux usages et aux lois qui ne sont plus les leçons de l'expérience pour Finterprétation des lois et des coutumes vivantes. C'est seulement ainsi que la jurisprudence peut acquérir, sur les esprits, l'autorité qui, souvent, lui manque, et dont elle a besoin pour devenir le i^ fuge du droit dans les jours d*impuissance législative, et pour obvier, dans tous les temps, à sa décadence, en signalant, en réparant même, dans les matières civiles, l'imperfection de la loi, et en sa-^ ehant la mettre, autant que possible, en rapport avec les nécessités toujours mobiles d'une civilisation toujours en progrès.
ESSAI
SUR LA