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CHAPITRE VII

CLASSIFIGATIOlf PARTICULIERE DES SYMBOLES JURIDIQUES

d'après LEUR IIATURE.

La Symbolique générale comprend plnsiears genres d'allégories et de symboles an nombre desquels il fimt compter les symboles muets et parlée, les symboles sîinples et composés (1). Ces quatre genres existent dans h Symbolique dn Droit. En y ajoutant les symboles purs et les symboles mixtes^ qui se trouYent eiclusiYement dans la Symbolique judiciaire, on connaîtra tons les genres qui penvent entrer dans cette dernière Symbolique. Les Symboles juridiques se divisent donc d'après leur nature en six genres différents.

Je ne comprends, comme genres distincts, ni la formule^ tïi la fiction de Droit. Ces modes de manifestation , en tant que représentations juridiques , rentrent entièrement dans le Symbole, comme on a pu le Toir par tout ce quia été dit jusqu'à présent (2). Ils se classent dès lors dans l'un ou dans l'autre des six genres, dont il s'agit.

Il en est de même des peines symboliques, qui, relativement à la nature du symbole, ne sont autre chose que des symboles ordinaires, qui s'adaptent aux variétés génériques fournies par les symboles judiciaires.

n me reste maintenant à caractériser chacun des six genres qui viennent d'être énoncés.

(1) Cf. Creuzer, SymhoUk^ trad. fr., Introd., ch. m.

(2) Pourla/brm«/0, voy, le ch. m, §6, Bi pour ]& fiction âe DroU , voy. le § 7 du même chapitre.

UT. it CH. m. €iA6sincÂTiôir ; sntBôûs rail «^ nxns. S7'

S l**. — 'Sjnnbolef part «t tyoïbolef nikte*.

En première ligne, comme dominant tons les antres symboles jnridiqnes, comme se retronrant dans tous les genreB et eonstitnant presque à eux seuls la grande diyi- 8i<m.de la Symbolique du Droit, on rencontré le symbole pmr et le symbole mixU^ le premier atec iin caractère exolIMtTefment ciiil et juridique, le second à la fois religiaix et judiciaire.

I/aAranchissement germain par la quatrième ou la septième main et le mariage romain on germain par ooemptioii sont des symboles pur«, dont le caractère est exclusi- Tement juridique. Le pants farreus et la communication de Veau et du feu du mariage romain par confarréation purtent, au contraire, un caractère double, à la fois juridique et religieux. A ce titre, ces derniers symboles s'appellent, aTCC raison, des symboles mixtes.

Il ne faut pas confondre ces deux genres de symboles a^ec les symboles simples^ ni ai^ec les symboles compotes j dont il sera bientôt parlé. Le symbole ptir est quelquefois vra ft3rmbole composé. Le symbole mixte ^ comme, pan exemple, la formule socer esto de la loi des Douze-Tables, ' appartient souvent à la classe des symboles simples.

On ne doit pas les confondre non plus avec les symboles en action dans lesquels ils se rencontrent souvent et dont Texplication aura lieu dans le chapitre suivant.

Ces deux genres, les symboles purs et mixtes j forment, comme je Tai dit, Fessence de la Symbolique judiciaire. On les trouvera dès lors toujours nécessairement alliés à . tonales systèmes de classification artipcielleque la science ponm imaginer ; car la distinction eqt fondée^ à leur égard, sur la nature propre de ces symboles, plutôt que sur des circonstances accidentelles ou arbitraires.

l8iAI 8Ut LÀ SmOUQUI W DMiT.

On nomme symboles parlii ceux qui emidoient le ecw ou la yoîZ| comme moyen de manifestation ( 1 ). Telsébûeaty entre antres, dans Tantiquité, et tels sont dans la Symb0~ ligue religieuse, les réponses des oradesi les &meiix vjmboles des Pythagoriciens, rapologue, la parabole, doat l'explication a déjàétédonnée précédemment(2). Tels sont, entre un grand nombre d'autres, dans la Symbolique du Droit, le mythes la fiction de Droite et la formule^ qui ont fait l'objet d'une explication particuli^.

Les symboles muets sont ceux qui, au lieu d'emfiloycr le son ou la yoix pour se manifester au dehors, 66 set^eat d'autres organes (3).

Les premiers s'adressent à l'oreille ; les seconds s'adressent aux yeux.

Le symbole primitif, le symbole proprement dit, oonsistant dans un signe perceptible par l'esprit et par les yeux, dans une image sensible et matérielle, c'est le symbole muetf autrement dit symbole matériel ou réel. Ce genre se comprend assez de lui-même, sans qu'il soit besoin de citer ici des exemples.

Le symbole parU est ordinairement une expression prise dans un sens métaphorique. Certaines formules juridiques , comme Vinterdiction de Veau et du feu chez les Romains, sont des symboles parlés (4) . Lorsque la loi hindoue dit qu'un homme ne doit pas battre, fùt-ee

(1) «wyqrixà, Symboles phoniques. — Cf. Creuzer, SyniboUk^ trad. franc., Inirod., ch. m.

{%) Voy. ci-devant ch. n, p. 17, i8, 19, et paaim. (8) A^foiva watfàffn^ , Signes apboniques. — Cf. Greuier > Spmbo

lik y trad. £r., Introd.,cb. m.

(4) Voy. ce qui esl dit sur celte formule dans le ch. yiii, sect. 1, art. 1, V'' Sou 9t FêU.

UT. I, ca. TU. dJuwincATion ; simbolis hors it pailés. 59-

a¥ac nae flrar, une ièmme ecmpable même de œnt &Qtes, c'est presqae ane allégorie parlée qae celle loi ecm*'

Gojas admet implieilemeDt cet ordre de ^mboks dans le Droit. Seulement il refoee toat caractère symbotiqae âax paroles sacramentelles qui îuterTcnaient dans les stipalaftions du Droit romain (1).

En fait de symboles parlis, il est un principe essentiel proclamépar ce grand jurisconsulte, à saToir : que des paroles nepeuvent être admises, commeformant un symbole, qu'autant qu'elles présentent un sens allégorique. C'est parce que les formules des stipulations du droit romain n'ont rien d'allégorique qu'on ne doit pas leur attribuer la qualification de symboles (2).

Un grand nombre de symlM)le8 parlis j usités en jurisprudence, n'ont jamais eu qu'une existence métaphorique, sans avoir été doués, dans aucun temps, de la vie réelle, apanage du symbole muet. Ce sont là les vrais symboles parlis.

n en est d'autres qui ne sont que la transformation d'un ancien symbole muet^ devenu par le cours des siècles un symbole parti. L'expression serment bâtonni^ employée en Allemagne, est une locution symbolique qui rappelle l'ancien usage de prêter serment sur le« bâton de justice (3). L'action symbolique s*est changée en symbole parli (4) . Ces métamorphoses n'ont pas le caractère de symboles parlià au même degré que les symboles du même genre qui ne se rattachent à aucun symbole maté-

fl) De verh. ohligat. J'ai déjà cité ce texte. Voy, ci-devant page 41.

(2) Ibid.

(S) Ge$tabt0r Eid, serment bâtonné ;-Ei(fota&, bâton du serment, — Cf. Reyscber, Symb. de* germ. Bechts, p. 25.

(4) J'ai d^à cité d'autres exemples de ce genre à 1^ page 4$. On en verra de noiâbrcfox encore dans le cours de cet ouvrage.

M MAI Stm LA «nDOIlQUI DU BIOIT.-

T)A. Geax-là sont des symboles parUê par «ax-mAmeSj et:noa par altération « comme les autres.

Quelle que soit aa reste la nuance qui distingae e» deux variétés du symbole pbonique, elles n'en sont pas moins Tune et l'autre des symboles parlée.

Les symboles muets ou parlée se diyisent en deax aatv» groupes, les symboles simpleê et les symboles campoêés.

g 3. — Symboles sioRples et symbole» emaposéc.

' Les symboles simples peuTent être tels tout à la fois dans la forme et dans le fond, ou sous le seul rapport de la forme, ou sous celui du fond seulement (1).

Le symbole porte le caractère de simplicité ea même temps dans laformeet dans le fond, lorsque, àl'aide d'une seule forme, il représente une seule chose, par exemple, la moite de terre pour figurer le champ vendu, le sceptre pour représenter Tautorité royale, le bonnet pour exprlmer la liberté, et, dans un ordre de choses étranger au Droit, dans la Symboliqtie de l'Art, les guêpes du tombeau d'Archiloque qui exprimaient le trait acéré de l'iambe (2).

Un symbole simple en lui-même, dans sa forme extérieure, peut avoir au fond des seus très-divers, mais uniques dans l'application relative du symbole. L'épée représente tantôt le commandement militaire et tantôt la justice criminelle. Le ramectu figure quelquefois le fonds de terre même, et d'autres fois seulement la superficie du sol. Dans la Symbolique religieuse, le papillon est en même temps l'idée de Tàme, l'image du sommeil et l'emblème de la mort.

(i) Cf. Greuzer, SyniMik^ trad. franc., Introd., ch. m. (S) • Arohilochnm proprio ninm annaTÎt iambo. •

(Hor., de ArUyfM,, y. 79.)

LIT. l,ai. Vn..CLjl(fltIF10À1IO|f ; .flOBOUB «KPLBS, COKPOSÉS. 61

SoDvent le symbole, sîmpltdans fai forme, expvime one chose on «ne idée complexe, tout en étant revéta d'une forme onnpie. Lorsque GaiUaume le Goncpiérant, pour ooBsaerer l'aliénatMm d'une terre donnée à l'abbé de la sainte Trinité du Mont de Bouen, prend un ooulaou, in« vestit le donataire , en faisant semblant . de percer la main de ce dernier aTec ce couteau j et lui dit : C'est ainsi que doit être à toi la terre que je te donne (1), ce symbole du amieau^ simple dans sa forme et dans son action, présente an sens composé de plusieurs éléments, n exprime l*idée de la concession de la terre et Tidée du droit attaché au propriétaire, non-seulement la possession matérielle, mais encore la jouissance, non la jouisfiMnce du simple usufruitier , mais celle du propriétaire, qui a la faculté d'user et d'abuser, de conserver et de détruire, comme rexprime l'action du couteau qui vient de menacer de destruction la main même du donataire.

Le symbole ëimple dans le fond seulement est celui qui n'exprime qu'un sens unique, quoique la forme de l'emblème comprenne plusieurs variétés de symboles, comme la vente par le rameau et par le bâtorij qui, malgré ces deux emblèmes, n'a qu'un seul sens, celui de la vente.

Ce dernier symbole se confond avec les symboles composés.

Dans la Symbolique religieuse et dans celle de F Art, les symboles composés sont de plusieurs sortes. La Symboli-que du Droit est beaucoup moins riche.

Le symbole se lie quelquefois à un autre symbole, et ces deux figures se rapprochent en un seul corps. Cette fusion de deux symboles en un seul, pour former une même image et pour représenter une même chose, consti-

(I) yoy. la chartes? dans la CoUêCtian dêt eartiU. de Fram», X, III, p. 410, iotrodaction au cartulàire de Tabbaye de la sainte Trinité du Uoat de Rouen.

62 Bail WOk LA fVHMUQtm DU MK>IT.

tue un syinboleMmpMé qu'on troaye dans les rdigioos de Plnde et de la Grèoe, ainsi qaedans le domaiae de Tart n fjMit meitre dans ee genre le Lingam primitif en VYoni^Lingam de la théogenie hindone, dans lequel en Toit rapprochés les deu organes de la génération propra à chaque sexe, dont Tun^ symbole de Maya, la mère etia matrice des êtres, la première \ierge et la prenùère femme, et rentre, symbole de son mystérieux époux, le type de rhomme, unis tous les deux ensemble, représentent, dans leur dualité première et par leur union mystique, le principe de l'unité dans le premier^né des mondes, BrahmA, le premier mile et le premier hermaphrodite (1). On doit encore comprendre dans ce genre ces figom que l'art hellénique nous a transmises et qu'on voyait principalement dans les gymnases sous le nom d'Aermêrakléê (Hermès-Hercule), figures «qui exprimaieDt son* « yent, dit Greuzer (2), l'association de la suprême force « avec le suprême génie d'invention ; probablement ansà « une partie des nombreux hermapkroditeê (3) que nom

(1 ) Dupuis, t, 1, 1. II, cb. II, p. 127 ;— Greuzer, SymboUk^ trad. franc., 1. 1, ch. n. — Sur le Symbole du phallus ou lingam, qui se rapporte éTîdemment au culte primitif de la nature pbysique, Cf. Dupuis, lôc. etf», p.it7, iSSetsuiv. ; — Guigniaut, htligiom de VantiqtUté^U I, i^ part., p. 149, note 1.

(3) Sumbolik, trad. fr., lutrod., cb. ni.

(ft) HerméS'Aphroditêf union d'Hermès ou Mercure avec Vécus, d*où résulte rètre à double nature, hermaphrodite, symbole aoalogue à celui du Phallus, dérivé sans doute des religions pélasgiques, qui étaient un culte de la nature. Ce symbole cessa d'êire compris par Tantiquité, surtout par le peuple. Les poètes s*en emparèrent pour l'expliquer à leur manière, témoin l'élégante légende d'Ovide dans ses Mëtamorphowi sur les amours de la nymphe Salmacis et d'Hermaphrodite (IV, n. i, vers 185 et surv.). Bannier ne me semble pas s'être assez pénétré du sens de ce symbole {Voy. t. VIII, p. 22).— 11 faut mettre, dans cette classe de représentations symbohques, mais dont le sens n'a ni l'origine, ni surtout la profondeur des hermaphrodites, indépendamment des ^«rm^oJicM», dont j'ai parlé ci-dP68U8, les figures connues sous le nom é^hermathènê, &h9rméro$, eic, , qui se voyaient dans les gymnases auxqueb présidaient Hwmès, Minene

LIT. 1, CHAP. m. classification; STMBOLBBSlMPLn, COMPOSAS. 03

« ont laisses les anciens. Les modernes n'y ont guère « rëassi. On connaît l'erreur d'Annibal Garraohe qni, «^ en rapprochant Pan et Gapidon, crut avoir représenté « allégoriquement l'empire universel de l'amour » (1).

Voilà des exemples de symboles compoiés^ empruntés an domaine delà Religion et de l'Art.

La SymMiquê du Droit peut, jusqu'à un certain point, revendiquer les deux premiers symboles, VYoni-Lingam et V Hermaphrodite, comme se rapportant à l'idée du mariage qu'ils expriment. Car il est certain que, chez les anciens, notamment chez les Grecs, la conception de VHerfnaphrodiie était un emblème du mariage (2). Hais, à œla près, la Symbolique du Droit, en fait de symbole où se rencontre une fusion de deux symboles en un seul pour figurer nne même chose, est obligée de demanda* un exemple à l'art héraldique, lié, comme on l'a déjà fait cbserver, à la Symbolique judiciaire, l! aigle à deux tUe$ de l'empire germanique est, en effet, un emblème composé de deux emblèmes unis ensemble, doQt les deux tètes, regardant à la fois Torient et l'occident, représentent les deux empires, l'empire latin et l'empire grec, qui ne forment qu'un seul corps (3). En dehors du blason, je ne

{Alhénd)ei rAmoiir ( Jro*).— Cf. Creuzer,S^ni6., Irad. fr., I. V, ch.ii, et 1. VI. ch. VI.

(1) L'ancienne Egypte possédait des symboles de œ genre dans les éperviers à tète d'homme ou de femme, qui i^présentaient l'âme « dans les tAtes d'animaux à corps d'homme ou de femme , dans les déesses & tète de lion, qui avaient un sens symbolique et qu'on trouve sur les monuments égyptiens et sur les papyrus des tombeaux. ^ Cf. Guigniaot, Mig. de Voua., 1. 1, 2« part., p. 954.

(t) Creuxer, SymboWt, trad. fr., t. Il, !»• part., p. «98.

(S) Vaigie à deux têtes parait avoir été un symbole des empereurs grecs imaginé par Gonsianiin pour indiquer la division de l'empire. On le trouve sur une médaille de l'empereur Lascaris, mort en 4223. Ce symbole a ét^ ensuite adopté par les empereurs d'Occident, et on a voulu y voir l'emblème de l'Empire germanique et de l'Empire romain réunis en un seul

64 WB&kl Sim hk 8TIIB0LIQ1» DU MOIT.

connais aucun symbole juridique semblable à ces symboles <;omposé5/ fournis à la Symbolique dn Droit par k Symbolique religieuse et par celle de l'Art.

D'autres fois un signe symbolique oomplet est joint, mais sans fusion, à un autre signe symbolique ëgalement complet pour exprimer deux ou plusieurs sens dans m seul et même acte. On en a tu un exemple dans le sripir bole, «impie par le fond seulement, mais avec des fM-me variées» qui n'exprime en réalité qu'un seul acte. TeDe est, entre autres, la vente par le ra$neau et par le &d(oa, qui sont deux symboles distincts ayant chacun un sens complet, le rameau figurant le champ vendu, le bàum représentant le droit de propriété , le dominium. Le groupe symbolique est souvent plus nombreux. Il eit quelquefois de trois et même de quatre symboles difieraits pour exprimer un seul acte dans plusieurs sens.

La dernière variété des symboles «ompoiéf, connus daas le Droit, est celle où le symbole a besoin pour sa création de plusieurs objets, dont la réonionseule forme le symbole. Tels sont le eharbonj la tuile^ auxquds on joint quelquefois des morceaux de verre, qu'on place, même de nos jours, sous les pierres qui servent de bornes, symboles da foyer domestique, de Thabitation personnelle, la plus durable empreinte que l'homme puisse imposer à la terre. Telle est encore la manumission romaine, où le symbole se constitue par Fassociation d'une balance, d'un morceau de mitai ou d'une pièce de monnaie ^ mis en action par le libripens et les témoins, personnages nécessaires pour dminer à l'opération la plénitude de sa valeur et de ses effets symboliques. C'est dans la réunion de tous ces éléments que réside la pensée symbolique de cette action.

corps par Olton le Grand. — Voy. Homme), Jurisp, numismatilus iUustrata , p. 135 et suiv.

LIY. I, CH. TIU» CLASSinCATION D'APRfcS LA PORHS. 65

Mais les symboles composés qui appartiennent à cette dernière espèce se confondent avec les symboles en ae^ iion^ autre genre qni tire son nom exclusivement de la forme, sans que la nature du symbole entre pour quelque choBe dans sa dénomination ( 1 ) .

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