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SYMBOLES NATURELS

La terre (1), rélément sacré par excellence chez les anciens, Veau, le feu^ ces autres grands éléments de la nature inorganique qai furent primitivement Tobjet d'un culte général, forment la matière première du symbole. Si ces éléments inorganiques ne suffisent pas, Thomme appelle les animaux qui volent dans les airs, ceux qui marchent sur la terre on qui nagent au sein des eaux. Il choisit de préférence les animaux qui ont leur place au foyer domestique, qui partagent avec lui le pain de la fa mille, qui sont les compagnons de sa vie, compani (2).

C'est avec ces matériaux naturels que se constituent primitivement les symboles juridiques.

^ Là ne se borne pas la matière du symbole. Pour l'ennoblir, Vhomme y met sa propre substance.

L'homme, symbole de la Divinité (3) , ne se contente pas de produire , à l'imitation de Dieu , des symboles, d'y faire intervenir les éléments qui vivifient le globe, les animaux qui le peuplent. Afin d'attester mieux sa prédilection en faveur de ce mode de manifestation juridique, pour le relever et le glorifier à ses yeux, V homme veut s'identifier avec le symbole, y placer sa propre personne. n lui consacre ce qu'il y a de plus précieux dans la vitalité humaine. Il y verse le plus pur de son sang, il lui donne son cœur.

Tels sont les rudiments généraux de la première divi-

(1) Les mots en italique désignent des formes symboliques.

(1) Voyez ci-après, p. 70 et la note 3.

(S) rai déjà fait remarquer (ch. II, p. 14) que l'art hellénique ne sVst jamais élevé aussi haut que lorsqu'il a fait de la figure de Thomme le symbole vivant de la Divinité. —Cf. Michelet, Originny Introduction, p. 6I(.

68 S8AU 8U1 LA SimOUQOB MI MOIT.

sion des symboles jaridiques. La natare inorganique oo vivante en fait les frais. De là, le nom de symboles naiureUf qui indique la matière dont ils sont composés.

Cette première division se partage en trois grandes subdivisions, parfastemeni distinctes entre elles, qui comprennent : la nature in^urganique, la natare Tirante, b nature irivante et pensante.

La terre» l'eau, le feu forment la première subdiTÎsion de ces symboles, auxquels je donne le nom soit de symboles naturels inorganiqueSj soit de symboles eosmogoniques.

Les bêtes composent la seconde subdivision : symboles fiaturels vivants.

La nature qui yit et qui pense, l'komfne, forme la troisième : symbole naturel vivant et pensant. Les symboles de cette dernière division prennent quelquefois le nom de symboles personnels (t), qualification qui leur confient à merveille et qui leur sera conservée.

Je vais à présent indiquer le cadre de cbacnne de ces subdivisions.

Art. !•'. — Symbole» naiarelB inorgamquaft ou symboles oosmogoniques; 1 <> la terre (avec ses émanationa naturelles); — 99 Feau ; — 3^ le fea.

l^ Au nombre des symboles natarels tirés de la terre^ il fant mettre évidemment les produits directs du sol. Ia terre donne naissance au vert gazon, à Vherbe. Cette herbe devient tige^ roseau, paille^ branche^ rasneau{2). Ce sont là des jémanations directes de la terrcj qui fournissent an symbole juridique tout autant de formes naturelles.

(i) CÎ.Uïchelei, Origines, pasHm.

(9) Telle est la progression indiquée par J. Grimm ( Poêsîe tm IMU , § 10), progression qui contredit le cours de la végétation juridique proposée par M. Michelet» dont J*aurai Toccasion de parler. F oy. ci-aprôs • 1. II, eh. V.

UT. ff GH. TIU. CUflSinCATIOll ; SniB. NATmUULS arMGAMiQins. 09

La branche et le rameau ne sont pas ooaferta sealement de leur Yerte feuillée. Les fleurs y brillent an printempa. Les fruits y mûrissent dans Tantomne. L'imaginatiem de l'homme n'oublie pas de consacrer l'emploi de ces gracieuses productions de la terra dans les cérémonies et dans les usages symboliques du droit.

On peut voir, dès à présent, quelle riche et efflores* cente abondance de symboles sort du sein de la terre pour embellir Tempire du droit.

J'applique aux symboles de ce genre le nom de symboles ielluriques, à cause de leur directe émanation de l'élément terrestre. Par la même raison, et quoique, ea histoire naturelle, les arbres, les fleurs etles fruits appartiennent au règne organique , je les consenre dans la première classe des ^mboles naturels inorganiques, comme liés directement au symbole de la terre, d'où ils prennent leur origine. C'est pour mieux indiquer cette origine que je les désigne plus particulièrement sous le nom de symboles telluriques. Cette appellation, empruntée à la 5ymbolique religieuse, où elle a un sens profond,, comme se rapportant à l'ancien culte des éléments (1), se rattadie quelquefois aussi, dans le droit, à ce culte panthéistique, surtout dans les symboles de la terre y de la pierre et du rameau.

Dans l'un et dans l'autre domaine, dans la Religion et dans le Droit» l'appellation des symboles telluriques est employée en opposition avec les symboles5tdén9t<e5 ou calendaireSy qui jouent un très-grand rôle dans la Symbolique religieuse et qui ne sont pas privés de toute Saison avec les symboles juridiques.

Les fruiiê de Pierre donnent lieu à lenr tour à des productions particulières. Le vin, qu'on exprime de la grappe

(t) Greuier, SymMtt, pottjm.

de raisin, est aussi une émanation de la terre. Hais c'est une émanation indirecte, artificielle, due à ïindtutrie de l'homme, plutôt qu'à la spontanéité de la nature (1). II en est de même du pain, ce symbole de la commnnaoté, de la famille (2). Le patn, par le froment dont il est composé, se rattache, il est vrai, à la ierre^ cette grande nourricière de l'homme, mais il ne s'y rattache qu'indirectement : car il n'est, comme le vm, que le produit de l'industrie humaine. Le vtn et le pain appartiennent dèf^ lors aux symboles artificiels.

Ces deux exemples suflBsent pour bien iaire apprécier, dès à présent, la différence des deux divisions.

2* et 3^. — L'eau et le /eu, par le peu de commodité qu'ils offrent dans la pratique du droit, n'ajoutent rien à la richesse numérique de la subdivision à laquelle ils appartiennent. Mais ces deux puissants éléments de la nature, si en crédit dans la Symbolique religieuse, jettent souvent sur le symbole juridique la teinte mystérieuse qui distingue toutes les choses sacerdotales.

Le feuy comme symbole juridique, se rattache plus particulièrement au culte primitif de la nature, à l'adoration des astres, dont nos lois modernes offrent encore on paie reflet.On peut lui donner dans le droit, par un emprunt fait h la Symbolique religieuse, la dénomination de symbole stdériqi^ età l'eau la qualification de symbole eosmogoniquej qui peut être aussi revendiquée par le feu et par la ferre.

(i ) Sur ce symbole, voy. ci-de^nt ch. vi, § 4, p. 55 ; — ci-aprte ar i. s, et ch. xui.

(«) Être en pain avec quelqu'un, c'est-à-dire être en société, en communauté ou sous rautorité du père, du seigneur; cofiiiNiii<,mangeantleQrpaiD ensemble: d'où ces mots, MwifM^ttM etoompagmm^^Cî. lféaago,IMet.,w Ducange, II, 109, 879, 880;— Roquefort, Dict. étymologique.

LIT. I, CB. nn. snDBOUtt nixiniiQuss ; GUn, tierb. 71

SYMBOLES TBLLURIQUES.

Glèbe ;Motie: Terre. — I^a motte de terreou la^/éfte était transportée devant le préteur romain, ou^dans rassemblée germaine, ou déposée sur l'autel dans les monastères et les églises, en présence de témoins. On mettait la main sur ce symbole, on le touchait avec une baguette symbolique, figurant chez les Romains la lance du duel judiciaire ; on la touchait quelquefois de son épée, comme chez les Lombards; on disait ensuite quelques paroles sacramentelles, et le juge prononçait. Tel était le rôle de ce signe symbolique dans les contestations sur la propriété (1), et dans la formalité derinye8titurepeadantlemoyenàge(2). Cesymbole est assez connu pour que je puisse me dispenser d'entrer dans des développements. Je dirai seulement que Tinvestitore se faisait quelquefois, pendant le moyen âge, soit par une poignée de terre prise dans le fonds même, et cette terre était désignée dans les anciennes formules sous le nom d'ar avorta (3), soit en remplissant de t$rre la chaossure du donateur ou du vendeur, laquelie se transmettait au nouveau titulaire en signede tradition du champ vendu ou donné (4).

Le rôle juridique de la terre n'était pas borné aux choses du droit privé. Il s'étendait encore aux choses qui sont du domaine de ce que nous appelons aujourd'hui le droit public.

Les anciens barons écossais qui se rendaient sur la montagne {^one plocta*), pour y participer au jugement

(1) « Delata gléba ad tribunal pnetoris , ut in ea gM>a , tanquam in toio, fundu8vindicaretur.»Haute8erre, de Fïc«<on./un>, tract. III, cap. ii,

(1) Voy, Docange, tViw*««iira;— Galland, Frano-aUeu^ p. 817. (8) GaUaod, ch. zz, p. 886; ^Ducange, aratoria. (4) Qalland , ch. zx, p. 827.

72 XMAI SUft LA tlMOUQOB M DWIlT.

des causes , ponr y débattre les affaires publiques , pour assister au couronnement du roi , apportaient avec eux un peu de terre de leur héritage qu^ils jetaient sur le Beo 06 se tenait rassemblée. Cette poignée de terre était la justification de leur droit, de leur qualité de tenant fief et possédant biens (1). Les Francs, auxquels les Écossais avaient emprunté leurs monts de plaits^ observaient les mêmes cérémonies dans leurs mallbergia pour la tenue de leurs assises (%). Car pour 7 exercer les fondions d'arbitre , de juge ou de juré, il fallait appartenir à la daase des possesseurs de terres, rachimbourgsy dont Télymologie est la même que celle des riceos ombres des 1^ pagnols(3), les rkihes hommes ou gentilshommes tenant fief, dont parlent les anciens documents français (4). Dans les 1ms galloises, d'après un usage antérieur à Howel le Bon, le juge exerçait son pouvoir par le droit de la terre f virtute prœdii (5); aussi chez les Gallois le champ était-41 pris pour cottr de justice, ces deux mots étaient synonymes, le mot maes, qui rappelle le mal des Germains, signifie en même temps ager et curia (6). A cette époque, on le voit, la terre était lé signe de la capacité politique. Aujourd'hui , après tant de siècles, la terre représente encore la même idée.

(1) Dncange, Dissertaiion 17, à la suite de JoinviUe, p. 941, 941. H f a de cet usage une autre explication, qu'on verra un peu plus loin aux pages 78, 74.

(2) Ducange, nissert. citée.

(5) Voy, Augustin Thierry, RécUs Mérov^ i. Il, p. 8 et 4, a«r6ok;— Ducange, Observ. sur Joinville, p. 51.

(4) Sur les fiches hommei français , voy, Joinviile, Hist. de S. Louis , p.22, édit. Ducange;— Foy. aussi une ordonnance du roi Philippe le Hardi, du mois de décembre 1275; —les Assises de Jérusalem, ch. 202, et Guiart, la Branche aux royaux lignages.

(6) LegPsWallic®, III; praefatio alla, p. 187;— Laferrière, Hisi^dHârcit privé des Romains et du droit français, t. II, p. 159.

(6) Leges Wallicae, H, 10, il, 12; — Wotton , Glossaire, yo Ifaaf, ap, Laferrière, loc. dt.

LIT. I, <Hi. ▼m* enamm twiâxMHfoiè'i tiiui. 7S

Le symbole de la Urre a quelqaeiois povr but d'MeTer quelques atomes de peassière à la représentaftioii de la pafirie absente , de la patrie nonvelle qu'on "veat fonder, ou d'an sol neutre et commun sur lequel llndépendanee du juge et des plaideurs peut se mouvoîÉ* sans crainte. Au moment de partir pour une lointaine expédition , les Indiens du royaume de Lahore emportent a^ec en ane certaine quantité de la terre natale ( I ) . Le Syrien Naa» man , venu en Judée, renonce à ses propres dieux pour reconnaître le puissant Dieu d'Israël ; et poar n'Mre plus absent de cette contrée que Dieu protège, pour pouvoir participer à cette protection, il emporte sur ses mulets Quecertainequantilé de lerré prisedans le pays(2) . Au fsnd d'une fosse creusée sur le sol des colonies romaines , les triumvirs déposent une poignée de terre apportée du sol romain (3). C'est ainsi qu'à Forigine de Borne, les hommes accourus de tous les coins de l'Italie, avaient dû apporter chacun et déposer, dans une fosse consacrée, une poigne de la terre de leur pays , afin de créer à cette oolonie universelle un sol qui lui fût propre, une patrie qui représentAt matériellement la patrie de tous ces aventuriers et fugitifs ; et tel fut le symbole que Rome , dans son juste orgueil, édiffia sur cette vieille tradition pour créer la grande Cité du monde , le Chef-lieu du globei , la Ville commune par essence , asile de toutes les nations , la Cité hospitalière et civilisatrice entre toutes (4). Quelque chose de cette idée se retrouve dans l'usage des barons écossais , dont il a été déjà parlé. Les

(1) Michelet, Origines^ p. 194, noie.

(S) Les Bois, ly, 5.

(8) Amédée Thierry, Hist. àts G<mMs, 1. 1» !'• part., ch. m, !>« édit.; — Ballancbe, PtUmgiiiétiê.

(4) Cf. Amédée Thierry, Bist, d$ la GauU sous Vadmmist. romaine^ 1. 1, p. 194, 196, Introd.

74 B80À1 Sn Lk BTHBOUQUB DO DROIT.

tNirons qui doiireiit juger, et les plaideurs qui comparaissent devant eux, forment, ayec la terre qu'ils apportent, un sol commun, indépendant , sur lequel les juges et les plaideurs peuvent marcher avec sécurité pour se défendre ou pour juger (1).

Pierre. — Ldjet de la pierre était usité chez les Romains dans la dénonciation du non vel oeuvre. On jetait une simple pierre contre l'ouvrage commencé , et cette simulation d'une voie de foit , empruntée, dit-on, à la loi des Donae- Tables, était une protestation suffisante pour conserver le droit mis en péril par le nouvel oeuvre (2). Ce mode d'interruption s'appliquait aux immeubles urbains, de la même manière, avec les mêmes formalités et les mêmes effets qui sont assignés à la rupture d'une brandie d'arbre, usitée pour les biens ruraux (3). Ce mode symbolique fut en usage longtemps dans le midi de la France, notamment dans le Languedoc, comme le constate un document de l'année 1407 (4). Il avait été introduit dans la Gaule cisalpine par la loi relative à cette province , dont on s'accorde à porter la date entre les années 705 et 713 de Rome , loi qui avait pour objet la procédure adoptée pour cette partie de la Gaule (5). Godefroj a prétendu

(1) G*e$t rinterfunStation, donnée par un vieux jurisconsulte écossais, Skenens, d'une loi du roi Malcolm II. Cette interprétation est sui?iepar Ducange, qui rapporte le passage de Skenens, Dissert. 17 à la suite de Join ville, p. %Ki, 249.

(5) Voy. 1. ft, § «0, D. (fe oper. novi muUiat,;-^ 1. 20, § i, D. ^uod vi ma dam; — 16, § 1, D. Hserv, t;tml.;->MackeIde y, ifanue/ de drotTromam (trad. fr.), §487,188, 239, p. 150, note 6;— Lauterbach, CoUeg. Pandtct.^ t. III, p. 8; — Hauteserre, de Pici.juris, tract. lïl, cap. ii, p. 97, 98.

(3} Yoy. ci-après sur la rupture du rameau,

(4) Ducange, min(ta^<o; — Michelet, p. 119. — Le jet de la pierre avait lieu pendant trois fois, et à chaque fois on prononçait cette formule : Je dénonce le nouvd œuvre,

(6) Gh. Giraud, Introd. hist. à l'étude du droit romain, p. tSl.

Ll V. I, CH. Tin. AUiNATIOlf 8 BIg 8THB0LB8 IBLLUBIQUIS ; HBRBK. 75

que, de son temps, cet usage était abandonné partout ( l ). Mais il a été contredit par un grand nombre d'auteurs et notamment par Lauterbach, qui nous apprend que ce symbole était encore pratiqué en Allemagne de son viTant, c'est-à-dire au dix-septième siècle (2).

La pierre servit pendant le moyen âge comme moded'investiture* OA la trouve ainsi employée dans le Berry (3) et en Auvergne, d'après un cartulaire de la fin du treisièine siècle (4). On rencontre aussi en France des investitures faites par un morceau de marbre (5).

Émanations telluriques.

Herbe; Gazon. — Vherbe qui croit dans un champ , le Tert gazon qui y pousse, représentent le champ tout entier. On trouve ces objets mentionnés dans un grand nombre de documents, chez les Germains, chez les Francs surtout, I comme mode de tradition ou d'investiture (6) . Dans le Grand Cùuiumier de France , on trouve mettre le gazon de Vhéri' I toge en $a nrnin, pour signifier la saisie et le séquestre d'un I héritage rural. L'Aerfterepréeente quelquefois une forêt (7). Vkerbe ou le gazon^ tenant à la terre par sa racine, sert au t même usage et il y a confusion de deux symboles dans I an sens unique. Les mots per cespitem servent à distinguer ce symbole du précédent, quoique le sens soit le

I (1) Notœ ad Ug. 5, § 10 , da oper. novi ntinl., opiid Laaterbach , toc. cft.

(i) Cottêg, Pand.^ t. III, p. 8. — Le triple jet de la pierre était prescrit I aussi en Allemagne. Schwanmann, Procès, cam.^ 1. 1, c. z, n. k.^Ldjaetu s ( îapUH avait reçu le nom allemand de StHnwurf, \ (8) Raynal, Ét^de hi$t. sur Us Coût, du Berry

(4) An. 1176. Ducange, m, 1533.

(5) An. 1118. Ducange, m, 1535. — Sur ce symbole. Cf. ci-devant, I p. 79 de V Introduction.

(6) Grimm, Deuts. RêcUsalt., p. Iî4, 153.

(7) Tollat... de herUs aut ramis, silva si fuerit. Lex Bc^uv., xvii, 1, ap, Laboulaye, Hist. du droit de propriété^ p. 387.

même (1). Woêo Utrm^ gua9o^ guoêo terrm ptnUt flaÊà signifier ce que nous appelons herbe o« gazom^ avee ai sans racines, mais non adhérent à nae motte de terre (2).

Le sens de ce symbole peut d'abord semUerdMcar loi»' qu'il représente le signe de la victoire. S'il bet ea atokt Pline (3) et Festos (4), les vaincus tendaient Vkerhe et reconnaissaient par là leur défaite, cédant ainsi aa wmatqueur la terre» que Vherbe représente sans doute, la tafe nourricière du genre humain.

On trouve des vestiges d'idées religieuses dans la prtcaution que prenaient les Féciales romains de p<Nrter une couronne faite awec une certaine herbej nommée oerbena par Pline (5), et sagmina par le Digetle (6). Cette herbe ^ arrachée avec sa racine sur les murs de la citadclk de Rome, était le symbole de leur mission auprès dff ennemis, comme le caducée fut cbes les Grecs celui dci ambassadeurs (7).

Paille; Jonc; Fétu. — La paille fat employée partMt, dans le moyen âge, pour l'investiture d'un champ, d'i prairie, d'unveiger,d'unemai8on, d'unduché, etc.(8). neccius croit que ce symbole ne fut en usage que pour ki choses du droit privé (9) . Mais ce signe servit dans les cértei^

(1) Per herham et ferrom, id est, per cesfHtem qui constat terra et A«rt«. Ducange, investiture.

(î) Voy, les textes cités par J. Grimm, p. iî4, 163. f8} Hitt, nat., tt, 4, ap. Michelet, Origines, p. 116.

(4) Àp. Michelet. — Je ne trouve pas ce passage dans rédition de F» tus donnée par M. Egger en 1889.

(5) HUt. no/., M, J ; — Mynsinger, Àpotélssma ad Tnst. Justin,, 1. Il , lit. I, p. 151, édit. in-4 d'Arnold Reyger, 1619.

(6) L. 8, D. (if, 8); — Mynsinger, loc. cU,

(7) Digeste et Mynsinger, loc. cit.

(8) Voy. les teites cités parGrimm, 1S8.

(9) AfU. germ., III, 387, 888.

LIV. I, en. Tm. tBÂKATlOHS BBS.STHB. TILLVâlQVtt ; PAILLB. 77

aies de rhonifiia^ ( 1 ), dans le délausement d'an duehé (2). Il figom dans la déposition dn roi Charies le Simple (3). ' Ob a pensé que la paille n'était employée par les Germains que pour l'inirestiture des choses immobiliërei et qu'elle n'était pas en usage dans les contrats en général (4). Mais Isidore de Séville dit le contraire (5), et je sois porté à suivre son d)pinion ; car Isidore, Germain ou Goth d'origine, vivant au septième sièele, pouvait être tous les jours témoin de l'application de ce symbole par les Germains eux-mêmes. On sait d'ailleurs qii'on se servît de ce signe» comme de bien d'autres , sans discernement et sans règle , celui de la paille étant d'un plus fréquent usage, comme plus facile à se procurer (6).

On trouve des exemples de ce mode d^investiture dans le quatorzième siècle (7). Il avait encore lieu en 1 764 en Hollande (8). Mais cette forme symbolique fat inoMuiae de8 Bomains (9).

C'est par le symbole de la paille^ 4u chaume qui couvre les maisons, et non par une touffe de gazon^ comme le^dit M.LBboulaye(10),ouparla9/é6e, comme le ditGaUand,

(1) Cum /ef/tira fidem Tactat. Ux iUp., 81 (Grimm, IftS). -^ « et hominia, qUs hactenus vobis servabimus, eœfestucafmu.,, Ûnita responsione ista, exfetiucavertmt illornm hoininum fidem. » Gubbertus, Tita Car. corn. FUmdr.y n. 6i, ap, Grimm., itt.

(S) « Conditio autem pacis lalis fuit, ut Benolfu^ Ducatum êaputW' caret. » (Otto Fris., de Gestis Frid., I, 8, ap. Grimm, liS).

(8) Festucat manibus projicientes rejecerunt eum (Ademarus cabanensis, p. 164, ap. Ducange, Festuca; -^ Grimm, ItS).

(4) Reysoher, Syn^. du fferm. Bêchts.

{ê)0rigkie9,V.

(•) Voy. la note N à la fin du Totume.

(7) Charte de 1300 (Ducange, infeilucaré);—D\p\6me de 1814 cité par Schœpflin, ÀUatiaiUustrata,n. 877 (op. Grimm, 114); ^ autre de 134i (Grimm, loe, cU,).

(8) liicbelet, Hist. dêFr.,i. V. p. 888, note 1.

(8) Voy. ce que Je dis à la note N à la fin du volume. (10) Eût. de la propriété en Ooddent^ p. 874.

78 ISdAI SUR LA SnEBOLlQUS DD MOIT.

que M. Laboulaye a trop 8uivi{l ), qae Guillaume le Couqaérant se saisit de TAngleterre au moment de son débarquement. Ces deux auteurs ont évidemment mal compris le sens des vers de Bobert Waoe, qu'ils citent cependant à Pappui de leur assertion :

Donc courut un hom au tersein,

Sor un bordel (2) tendi sa main,'

Plein poing prist de la coverturê (3),

El Duc torna à grant aleure :

« Sire, dit-il, avant venez,

ff €ette saisine recevez;

« De ceste terre vos saisis ,

« Vostre est, sains dot, ci pals. »

Li Dus responti : a Jo Toffrai,

« Dex (Dieu) y seit ensemble o (avec) mei. »

Le symbole de la paillé était si répandu, tellement enraciné dans les bi^itudes, qu'on le Toit employé par ceux qui se donnaient au diable. Ils renonçaient à IHen , et rendaient hommage au démon, par le symbole du fitu de paille (4).

On jetait la paille dans le sein ou sur le giron de l'autre partie (5). Le plus souirent on donnait ou Ton présentait le signe symbolique (6). On n'est pas d'accord sur le point de savoir si le fitu de paille était brisé et partagé entre les parties contractantes. MM. J. Grimm et Beyscher pensent qu'on se bornait à le présenter ou à le je-

(1) FhMUHMm^ ch. XX, p. 8S6.

(2) Oalland écrit horM; c'est bordel qu'il fout lire, d'après la leçon que If. Laboulaye a eu raison de suivre. C'est ce mot qui donne la clef de ce passage. Voy. la note N à la fin du volume.

(S) Galland écrit oomfMTttire.

(4) Ducange, exfntucare.

(5) Usage des Francs Saliens. Voy, Lêx saUca, tit. xux (Griaun, Itf , IM, lS4);-Schœpflin, Aisatia Ukutrata, n. S77, 89S (Grimm, 1S4}.

(6) Uxsalica, 53, 3 (Grimm, tS3); — Johannis, lier, mog.^ II, 278 (Grimm ii«).

UT. I, CH. Tin. taàNATIONS DIS 8THB. TKLLUmiQUn ; PÀILU. 79

1er (1). Isidore de Sëville dit qa'oa le brisait, afin que plus tard le rapprochement des deux' morceaux séparés servit à établir l'existence d'une promesse antérieure (2). Cette opinion est plus conformé à ce qui se pratiquait chez les Grecs pour le symbole des tablettes (3), et pour celui des petites pièces de monnaie servant également de signes de reconnaissance , et qu'ils divisaient aussi en deux (4). Dans le moyen âge, le 6â(on, le eouteaUf Je denier étaient souvent partagés en deux (5). Les poètes et les romanciers attestent cet usage quant au fétu de paille (6). Nos coutumes et notre langage corroborent les chants des poètes (7),

Au lieu de briser la paille^ on l'insérait souvent dans le diplôme, dans la charte (8) ; on l'y fixait, on l'y attachait (9), afin de donner à l'acte écrit un plus haut caractère d'authenticité.

Les titres latins du moyen âge se servent indifféremment des mots festuca, calamusy stipula. On trouve même,

(1) Grimm^lS?;— ReyBcher, Synibolik,

(S) OiHgmiM, y, i4.— Koy. Ducange, III, hk.

(3) Voy^ la note J à la fin du volume.

(4) Pollux, 1. IX, cap. Ti, segm. 70, cité par Haubold dans ses notes sur les Antiquités romaines d'Heineccius , p. 560, note 1.

(5) Ducange, lU, 15M.— Foy. ci-après sur chacun de ces mots. ^6) Roman é'Akxandrê:

Va-^eo en ta cootrée, ~ rompus ut li /utui.

Grimm cite lui-même les vers suivants extraits du recueil de Meon (IV. 16) :

n f ettaet rompre lefutu , Va, n Tuide tott mon hottcl.

(7) On dit encore aujourd'hui rompre lapaiUe. Le jeu de la courte paiUe se rapporte à Tusage de couper le symbole en deux parties égales pour les rapprocher ensuite. Les pailles égales sont loyales; celle qui est la plus courte est déloyale.

(8) Ducange, fistuca,

(9) huc^Jïge, invêStUura.

^ nui. SUE LÀ gUBOUQIIB BU DMMtT*

dans iiii diplôme de Guy, comte de Poitoa, à la date de 1068, les mots $cirpu$ et joncm (1). Ces diverses expressions désignent ordinairement le même OKMle symbe- Uque connu sous le nom de festucalio^ effestueatio^ a^aUt mia oi| scotaiio dans les législations du Nord et dans ks usages de la ville impériale de Strasbourg (2). J'ai dit, ailleurs, que fesiuca signifie quelquefois bàlanj bagueîk; mais calamuSf stipula^ scirpus^ joncui doivent toujonn être pris dans le sens de patine ou fétu{i). Festuea fiedols, festueus nodatui ne sont jamais synonymes de bàion, m de baguette (4).

Branche; Rameau; Arbre. — Le rameau, la branche d^ arbre y les arbres eux-mêmes sont des symboles très-usità dans toutes les religions antiques. Us appartiennent aussi à la vie usuelle, à la vie civile. Dans la vie juridique da moyen âge, la tradition ou l'investiture symbolique par le rameau est bien connue.Tantôt le rameau est enfoncé dans la motte de terre ou de gazon pour indiquer qu'on transporte, non-seulement lesol, mais encore ce qui le couvre et ce qui en fait partie, comme les vignes, les plantes» ks arbre8,lesmoissons(5)» les colons et les serfs(6) ; tantôt, et le plus souvent, le rameau est seul (7) ; il représente al<Nrs

(1) Bignon, sur Marculfe, 1, 13;— Ga&ciani, II, ISS, «f; Laboolaye, S7S,

' C<) ^oy- la note 5 de la p. 7S.— i/|litomfo et tootatio désifirnent plus particulièrement le Jet de la paillé contre la personne ou dans le sein de Faoquéreur {Voy. Ducange, afftiiomia). Scotatio se trouve principalemem dans les Chartes danoises. Scotatio de rallemand Sehoos, pli, pan du vêtement. En danois, skiôde, Mot^skiôU; en islandais, skot.-^Voyes Reyscber , SymMik,

(5) Foyv kl note N à (a Un du volume. (4) Fôy. la note N à la fin du volume. W Ducange, (tmstUura, ID, IStl.

(7)a Tametsi saspe investitur» per solum ramum non semé! occurrantji Ducange, td., 1524, et voyez les exemples qu'il rapporte.

LIT. I, ce. yrau Ihaiiàthmis bu mm. TSLLVEiQinf ; ràheau. 84

^oélqvefoiB une forêt (1); mais, quoique seul, il est tout bien l'inage de la propriété foncière, quelle que soit nature. U est parfois chargé de fruits (2) , et probabieittent il désigne un jardin j un verger. On le trouve fréquemment en compagnie de -plusieurs autres signes Bymboliques, tels que le fétu de paille, le gazon j le gant, le eouteau{3). On rencontre ce symbole dans les usages des Bavarois, des Akmans, des Lombards, des Bourguignons, des Francs Saliens, ete. (4). n se rencontre dans Tancien Goatumier d'Artois, « qui veut que le Tendeur rapporte « tout l'héritage par rain et par baston, en le main dou « sei^eur, pour adhériter (ensaisiner) l'achateur (5). » La Coutume de Lille en fait mention, avec cette même formule par rain et par baston (6), ainsi que la Somme rurale de Bouteiller (7).

D'après la remarque de Ducange, lorsque la tradition on inTCStitore a lieu par rain et par 6(Mton, le mot rain (ramns) s'entend du rameau planté dans une motte de gazon (8).

(1)«( ToUat... deherbis autramis, silva si fuerit. » {Lêx Bt^tÊViar,, XYII, %; op. Laboulaye, S87 ).

(i) « Idem Albinus forte corylum (coudrier) quandam nucibos onustam inft'a terr» noetr» motas invenit , ramum cujus abscidit, et ad recogni* tionem inyestitura suœ asportayit, quem in manu Prasulis poeuit. Tàlnd abbatiœd9 Rota, fol. 11, op. Ducange, 111, 1514.

(S) Yoy. les textes cités par Grimm, p. Ii4, 158.

(4) Yoy. jwsrtm et notamment les notes 2 et 3 ci-dessus.

(5) Yoy. ConltMiMf génér, â^ArtoiSt par Maillard, Pari», 1739, ia-foL, ch. 14 dêt ancims mages éCArtoit , ap. Laboulaye, 187, 188.

(6) ArL 80; — Ducange, III, 1514 ; — Pasquier , Bachêrehes^ 1. VIII, ch. LTin ; — Uurière, Gtm^, U , 74, 170.

(7) L. I, ch. xciii ; — Ducange, lU, 1514.

(8) «Cum dicitur rei possessionem conferri per raimim etl&occi/iim , par rain et lasUm, ubi romni non unde , sed pro ipso etiam cespile sumitur. » — III, 1514.

Ciuas (df PMU$, l. II, tit. ai) a pensé que, dans ce rit, le mot rain si-

8S IS8ÀI SUR LA 8YWM>LIQin HU BlOIT.

On irerra plus loin oomment se faisait la tradition par rain et basian (1). Quant au rit d'investitnre par le ror meau seulement , Hommel rapporte un dessin oOl il se trouve représenté (2) ; mais on ne sait pas bien quels sont, parmi les personnages du groupe, celui qui figure Taoquéreur et celui qui représente le vendeur.

On peut comprendre toutefois que, d'après Honmid, l'acheteur est le personnage intermédiaire tenant d^llle main le rameau^ et de l'autre, un autre individu qui parait être, d'aprè^ les usages saxons, son héritier (3). Mais cette explication est contredite par Grappeu (4), qui con* sidère comme le vendeur celui qu'Hommel croit être IV cheteur. Grappen pense que les deux individus qai figa-

gnifie anneau et non pas rameaUy en se fondant sur ce que, en allemand, ring veut dire bague , anneau. Mais ram est employé par nos anciei» poètes comme synonyme de rameau. Dans le roman de la Bose^ on Ut:

ailleurs :

Rose sar rain et nois sur br&oche TTett si Termeille ni si franche.

Onqoet le Gin qu*il vous compta, Si haut de terre ne monta.

Ne ses rains si bien n'estendit.

Ne d bel ombre ne rendit.

dans le roman de Waoe :

Soit rain, soit arbre, soit racine.

II est donc bion probable que , dans les formules juridiques , ratii a la même valeur que dans le langage des poètes. C'est aussi l'opinion de Ducange (III, 16«4, !5î5), de Galland {Franc alleu, p. 8i8) et de Lauriere {Glose,, ▼• Rain), On peut voir dans ce dernier ouvrage et dans GalJaad d'autres passages du roman de la Rose, et dans Galland une autre citation du roman de Fleurimont, qui corroborent leur sentiment Ragueau, dans son Gto^jatTf, avait, sans plus de réflexion , suivi Gijuas , dont Popinion n'est pas soutenable.

(i) Voy, ci-après, v» Bâton,

(t) Jurieprud, numism, iUwtrata, planche icvtn.

(8) Jurisp, mm, iUust.^ p. «36, M7; in-i», Lips., 4768.

(4) Cité par Hommel (p. S87) sans indication de Touvrage.

UT. I, CH. VIII. ÉMÀlf AXIONS DES BYMUOLBS TELLltlQUES ; FLEURS. 85

rent à ses côtés sont les héritieTs du Tendeur, sans le emsentement desquels, d'après le Miroir de Saxe (1), les biens immobUiers, et principalement les biens patrimoniaux, ne pouTaient pas être vendus, ce qui explique la o(»iparuti<m des héritiers du vendeur dans la plupart des anciens diplômes saxons.

La rupture d'un r ameauétait, chez les Bonuiins,unmode d'interruption de la prescription pour les biens ruraux. J'ai ftit connaître ailleurs le sens de cette voie de fait symbo* lique, qui appartient aux symboles par action, et sur la* quelle je ne reviens pas. Il me suffit de rappeler ici que cette voie de fait est encore usitée en France, notamment en Normandie, comme symbole de. prise de possession (2).

Fleurs. -^ (Chapeau, bouquet^ corbeille 9 couronne) (3). Ses anciennes coutumes permettent de ne donner pour dot, à la fille, qu'un simple chapel de roses (4). Qui ne connaît la couronne et le bouquet d'oranger ^ symboles de candeur et de pureté, usités autrefois en France dans les cérémonies nuptiales, et qui ornent encore aujourd'hui la tète et le sein de la jeune épousée ? La couronne nuptiale est très-ancienne. On sait que, chez les Romains, la nouvelle épouse en portait une qui était faite avec de la marjolaine aux suaves odeurs :

(1) Jusprov. Sax., 1. 1, art. 5i; ap. Hommel, U7.

(2) Voy. la note N, § 2, à la fin du volume.

(3) Voy, le ch. xiii, et ci-après, v» Cœur.

(4) Voy. les Coutumes d'Anjou, art. 241 ; de Tours, 284 ; de Lodunois, ch. XX7I1, art 26 ; du Maine, 258. — Le chapel de roses était un léger don de mariage que le père faisait à sa fille en la mariant, sans lui attribuer son advenant et sa légitime portion. Le chapel consistait en une guirlande ou une petite couronne, qui était quelquefois d*or ou d'argent, et que la fille portait à l'église quand elle allait y recevoir la bénédiction nuptiale. Chapel de roses, dans le langage des Coutumes, s'entendait métaphoriquement pour une très-petile dot. Dans ce cas, ce symbole était un symbole por(^.—Foy. Laurière, Gloss,, hoc verbo^ 1. 1, p. 226.

Cinge tempora floribus ' •> • Suïiviolentis amarici (ly.

On peut mteie croire qae, ehes les premiers i^cétieitt, i'hoflune et la femme en étaient orâé». €'eiA ce qoe paraissent indiquer quelques expressioQs-de TettoUien et de 'fiidiine (â), et c'est oe qui existait eucore du temps da pape 'Nicolas l^^ qui iritait dans le milieu du neuTième siè- -de (3). Bu temps de ce pape, les éfoax ne mettaient la Hiounmne but leur tête qu'après la bénédiction nuptiale, et Isrsqu'ils étaient sortis de l'église (4) ; mais l'Église ca- •tholique n'a pas maintenu cet usage.

La corbeille de noeee^ qui sert encore avqourd'hai à désigner les présents du jeune marié à sa future épouse, dernier yestige de l'antique mariage par achat qui appartient avx premiers sièoles du monde, cette eorbeiUe rappelle que ce prix ne dut consister d'abord qu'en productions deis champs, telles que des fleurit^ des fniiU, seuls biens dont l'homme pût disposer à ces époques primitives (ô). Le mariage par achat originairement n'a, par lui*màne, rien de symbolique. Le prix est d'abord réel et sérieux . Plus tard, le prix n'est plus qu'une fiction ; c'est

(1) Catulle, in Nupt. Jul, et Manl,, carm. 41. — Mais on peut demander si les vers de Catulle indiquent Tépoux ou Fépouse; le passage n*est pas très-clair. S'il faut en croire Montfaucon, la jeune épouse fkisait elle-môme sa couronne composée <r de verveines arrachées de ses propres « mains, qu'elle portait cachée sous son habit jusqu'au moment où on « la mettait sur sa tête. » — Ànt. ea>pl., t. IIÎ, î« part'., p. îl7, ai 8. ' (t) «Coronant et nuptiae sponsos. » (Tertullien, de Corond mUUit, cap. xiii, àp, Ducange, II, 4090).— « Jam quîdem virgo tradita est; jam cbronâ sponsus, jam palmatâ consularis, jam cyclado pronûba, jam togâ "i5fenatorhonoratur.» (Sidonius, 1. 1, ep. 5; ap. bucange,f6.).

(8} 4 Post hsec (poH peractaiilfi henedicHonem nuptialem) de ecclesiâ • cgressi'coronasgestant, quae semper in ecclesiâ ipsâ solitae sunt reser- ' varil » (Resp. ad Consult.Bulgar., cap. m, op. Ducange', Gloss,, 11,1090;.

(4) Voy, la note 8 ci-dessus.

(5) Voy, Fabre d'Olivet, Hist. du s/enre humain.

LIT. I, CH. y III. EMANATIONS DIS SYMBOLBSTBLLUUQUSS; FLELRS. 85

mMl^nk^ wieblalKbe brebis^ un bomquet^xme eorbeiUeiê /l0ur«i iObjeU qm n'ont devalear qoe par le sentiment qui préside à leur offrande. Le symbole .alors.. s!établit. La fiction, «aujourd'hui^ . est tedeyenne presque «ne réalité par re3Lagéflation qnele luxe.etlaiyamté meUent dansila Taleur de la corbeille symbolique» C'est aimi qw, sam qo'on^fi'eii doake, on retourne au mariage, par acbat. La dot apportée par la femne est on pitigrès qui la relève de la hottte de laeoemption.

I Uaéerimn très^versé dans la eonnaissanee des usages et dea taagues du. nord de rJBurope,4miire, sans indiquer pouFtaut ses autorités, qu'en Normandie, les femmes qui veident se louer à l'année coguna servantes de ménage, portent des /Inirtf flans leurs mains ; et, pour savoir quels gagtos ellea désirent V on leur demande : Combien Ubotuguei (1.)? • €6t'4Kage^ sar lequel je n'ai .pu obtenir aucun irensei^ gaettientides anciens du pays, raj^^lle l'usage romaini qui cii> est pea^ètre rorigine^ d'0près lequel on pU^Wt one ootironne sur la tète des prisonniers faits à la guerre qu'an eoLpos^it ea Tente (2). ILest .même à remarquer que eemode ^'acquisition, sous la>cetironne, avait pour effet de donner «a contrat toute sa légitimité, €01 faisant passer imitiédiatement dana le domaine qniriAaiie Je.^eaptif ainoi vendu, ce qui procurait à l'a^uéreur laplad parfaite'Sé^ aarité^oonlre tdute nltérieurei réclamation (3). Cette iî»r* malité avait donc un caraetèise Mleanel d; . sy mboliqaei, dont L'aflst Aousiest icouAUy mais dont le sens n'est pas ar* rivé jusqu'à nous. M. Reyscher, en paraissant refuser à cet

(1) M. du Méril, Stiit. de la poésie icand., p. fW à la note. — 11 y a quelque analogie entre cet usage et celui qui est rapporté ci-après au mot Bdlon, saur la foiine et la matière du symbole.

(îî Aul. Gell., iVoc/« a»., VII, 4, ap. Heinecoius, Ant. rçm,y LU, lit. i, Si, p. 375 de redit. d'Haubold, in-8, Francof., 181t.

(8) (Test ce que disent fonneUement Vtrron (D» r$ mtftoo, H, 10) et Heineccius [Ant. rom,^ loc. cit.).

86 ESSAI SUR Là STHBOLIQUB DU DROIT*

usage une significatioQ symbolique, n'a sans doute pas assez fait attention à eette ciroonstanoe, qui renrene entièrement son opinion (I).

Ceux qui eouTolaient à de secondes noces ne partaient pas la couronne (2). Symbole de pureté virginale, la couronne ne leur conyenait plus.

Chez les Hébreux, avant la ruine du temple de Jérusalem, l'époux et réponse portaient des couronna de fleun pendant la cérémonie de leurs noces, mais ils n'en portèrent plus depuis cette triste époque (3). Cette abeenoe même indique la pensée symbolique de cet ornement.

n y a ici une observation à faire, c'est que, dans les saintes Écritures, la couronne de la femme n'est jamais mentionnée ; c'est toujours de celle de l'époux qu'il est JNirlé (4). Ainsi on lit dans Isaîe : « Je me r^onirai an Seigneur comme un époux orné de sa couronne, et comme nne épouse parée de ses ornements (5); » et dans le Cantique : « Filles de Sion, venez voir le roi Salomon orné de sa couronne que sa mère lui a mise au jour de son mariage (6). » Ce silence devait être signalé, mais il ne prouve pas absolument que la jeune épouse ne portait pas de couronne. Cet usage d'orner d'une couronne la tète de l'époux a sans doute été emprunté aux Juifs par les durétiens qui, au neuvième siècle, comme on l'a déjà dit, paraient d'une couronne le front de l'honmie et de la fanme au jour de la cérémonie nuptiale (7). - En Russie, la couronne blanche b'est pas seulement le

(1) Voy. SymIfoUkdesgerm. Rêchts, p. 4 à la nott*.

{%) Ducange, Coronm m mapL^ H, 1090.

(S) Voy. Dom. Galmet, DicL de la BibU^ vo Noces^ UI, SI, 6t.

(4) Dom. Galmet, loc»eU,

(i) haie, Lxi, 10.

(•) CùtU» oamtioormm, iii, 11.

(7) Foy. ci-derant p. 84.

LIT. I, CH. yni. tHÂllÀTIOKB DBS SYMBOLES TBLLURIQUBS; FRUITS. 87

ngne de la pureté de la jeane épousée, elle est encore on gymbole de liberté ; car il n'y a qne la fille libre ou affranchie qui puisse en orner son front le joor de son mariage. La fille serve ne peut porter qu'un bandeau de laine.

Fruits. — (Noix, figues ^ graines ^ bléf froment, amande^ noisette 9 aveline). — Les fruits ont une action bien marquée dans le drame symbolique.

Une disposition de nos anciennes Coutumes du Maine et de l'Anjou ne donnait pour dot à la fille qu'une nota; (i), au lieu du chapeau de roses, dont j'ai déjà parlé. Les triumvirs romains, préposés à l'établissement d'une colonie, déposaient des fruits, ainsi qu'une poignée de terre apportée du sol romain, dans une fosse ronde creusée sur les lieux où la colonie devait s'asseoir (2). On a déjà vu le sens de la terre dans cette action symbolique (3). Les fruits y figurent comme expression d'un vœu d'abondance et de prospérité à venir. Ils ont évidemment ici le même sens que dans le mariage. A Athènes, lorsque les jeunes époux arrivaient à leur nouvelle demeure, on répandait des figues et plusieurs autres fruits sur leur tête (4), ce qui était un symbole de fécondité et d'abondance (5).

Les fruits sont, en effet, par eux-mêmes, un symbole de ce genre, de fécondité principalement, alors surtout qu'ils s'appliquent au mariage. Cet objet symbolique, résultat de la germination tellurique, produit des deux principes de fécondation, est, par sa nature même, un appel allégorique .à ce que la cité a le droit d'espérer de l'union des deux

(i) Voy. Uurière, Ghsi., I, M5, d'après la remarque de du Pineau, Oburvat, 9vr la CotU. â^ Anjou, p. 2), col. 1. (S) Amédôe Thierry, HUt. des GomêMs, 1. 1, p. IM, IB7.

(3) Vo^. ci-devant p. 78.

(4) Robinson, Ant. grêoq,, U II, p. 167.

(5) Le mftme, t. II, p. t67.

88 B6SAI SUA LÀ SnOOLKlUir DVlttOIT.

épon. Nais la figue en partieuiiar et Tarbre qm la produit^ aTaient, dans rantiquité^ une Taleui» tout*A fait spédala dans le sens destiné à Texpression de fécondité, de prospé* rite et d'abondance. C'est à ce titre que le figuier était, cbet les anciens peuples de l'Italie, le signe caractéristique el l'emblème sacré des cités nouvelles (1) ; e^est dans ce sens qne s'explique le mythe traditionneldu figuier ramînali arbre protecteur et bienfaisant sous lequel furent nourris Bomulus et Rémus, les pères et les fondatenrs de Rome ; c^est k ce titre encore que les Romains se donnaieikt des figues comme, étrennes le premi» jonb de janVier (2) ; qœ les figues de oés étrennes étaient consacrées à la tictoire, pour exprimer la défaite de l'hiYery le triomphe di soleil, qui commence sa noutelle et' bienfaisante car* ritee (3)^ c'est à ce titre que la Junon italique, déesse qui avait dans ses nombreuses attributions celle ile présider à la consommation du mariage, aux couches des feoimes et à la naissance des enfants, recevait, sons on figuier sauvage, nommé caprt/iotii, les hommages et lessacrifices des femmes (4). Les figues furent aossi, chez ks anciens, un symbole de purification et de oonaécration (5). BUes figuraient dans le sacre des rois de Perse (6). Les Grées

(f ) Creuser (SymboifA?) et Guigniâut(Mi0f. deVant.), 11,1, SIS, mue S.

(S) Greuier, Symb.f II, i, 4S0. — Oa donnait ixoÀBJigtuifUrna^trm^ d*où strenOf d'après Festus (y<> Strena)* Le mot ttrena, strenœ reçoit d'autres explications étymologiques qu*on peut voir dans le passage cidessus de Creuser ef Gaigniaut, p. 451.

(S) Creuser, II, 1, 45t.— C'est ce qui peut expliquer Tuaage de let eu- ▼elopper dans des feuilles de laurier (Creuser et Guigniaut, id., 450), arbre consacré à la victoire ainsi qu'à Apollon, dieu du soleil.

(4) Creuser, II, t, 618. — Au si:^^^ <^u figuier, comme emblème de la fécondité réservée au mariage, conférez, pour Fapproohemeat, le figuisr du Paradis terrestre dans la Genèse, et les feuiUes de figuUr^ dont Adam et Eve, après leur chute, couvrent leur nudité. {Geniu,Ul^ 7).

(5) Creuser, %m&., II, 1, 451; II, 2, 669, aoiel (trad. fr.).

(6) Creuser, 5ym6., II, 1, 461 (trad. fr.).

LIY. I.CH.YllI. ÉMANATIONS DBS SYMBOLES TE LLURIQUBS ; FRUITS. 89.

leB employaiept comme emblème de par|ftp$ition dans les mystères de Jupiter présidaut aux. expiations, et qu%. en cette qualité, s'appelait Jupiter aux fi§ties (I). Soug ce dernier rapport, le rôle des /Sjfu^i s'explique euoore très^ bien dans la cérémonie nuptiale, oii Ton doit se présenter, avec un cœuir pur et une foi sincère.

Lie même symbole des fruits se retrouve, avec la même pensée allégorique, chez les anciennes populations \ des bords du Borystbène. On y répandait des graines de toute espèce sur la tète des nouvelles mariées (2). Ce symbole se lie intimement a«x mythes du Nord, où le nom de Freyrj Freyn^ déesse de la fécondité et de l'amour (3), dérive de froe qui, en langage Scandinave, s'il faut en croire M. du Méril, signifie graim et semence (4). L'usage de répandre des fruils^ et surtout des grains ou des fruits à noyau^ à l'occasion du mariage, s'est conservé diez plusieurs nations. Dans le siècle dernier, les JuijGs avaient encore coutume, en quelques endroits, de jeter sur les. mariés, et particulièrement . sur l'épouse, des grains de froment à pleines mains, en disant : Croissez et multi^ pliez (5), paroles qui sont, pour ce symbole, le meilleur des commentaires. Aujourd'hui encore, chez les Yalaques, pendant la cérémonie nuptiale, on répand des noisettes et des avelines. Cette coutume existe également en Russie. Dans certains villages de la Corse, quand les mariés sortent de l'église, on m'a affirmé qu'on jette devant eux et sur leur passage, principalement devant la femme, des noiXf des amandeSy des noisettes^ ainsi que d'autres fruits^

(l) Itvç (T\j7iÔL(Tioç y d*aprës Creuzcr, locisdt, {%) Thorlacius, Anliquitatum hortalium tpecimen, IV, 208, cité par M. du Méril , Bist. de la poésie scand.^ p. ISS, note 8.

(3) Du Méril, loc, cir.;-^Matter, Hisi. univ. de l'Eglise chréi,^\\, 49.

(4) Du Méril, toc. cit. — D'où XaFras des poissons (?;.

(5) Dom. Calmet, Dkt. de la Bible ; v« Noces^ Ul, h%.

90 BSSAI SUH LA SYMBOLIQUE DU DROIT.

comme emblèmes de la fécondité dont le mariage doit être suiri. Les gitanos catalans sont demeurés fidèles à cet usage. Dans les cérémonies d'un mariage célébré le 1 0 août 1842, entre un gitano et une gitana, à l'hôtel de ville de Béziers, le cortège qui précédait la marche des invités était composé de plusieurs cavaliers appartenant à cette secte. Ces cavaliers, de minute en minute, lançaient des dragées. Les jeunes gitanos du cortège en faisaient autant; tous les gens de la noce, enfin, jetaient des dragées à profusion au futur marié (1). Tous ces usages rappellent le sparge^ marite^ nuces des Romains ; mais ils montrent, en même temps, que les commentateurs ont presque tous mal compris le sens des passages de Virgile et de Catulle, ainsi que l'application de ce symbole, dont le sens peut-être avait échappé aux poètes latins eux-mêmes (2). Festus ne laisse aucun doute sur le véritable sens de ce symbole qu'il présente comme un favorable augure pour la nouvelle mariée entrant dans la maison nuptiale (3). C'est évidemment dans le sens des usages observés chez les Grecs et chez les autres peuples qu'il faut entendre le

(1) Gazette des tribunaux, i2-S3 août 1842 ; cliron. (î) Virgile (Eclog.):

Sparge, marite, nuces; iïh'i deserit besperus OElaïu. Catulle [Jul. et ManL epith,) :

Da nuces pueris, ioers Concubine. Salius diù Lusistis nucibus. Luhei Jani servire Tbalassio.

CoDCubioe, uuces da.

Les commentateurs se sont livrés à cette occasion à toutes sortes d'interprétations, au sujet desquelles je dirai avec le père De La Rue : mysleria, qu» apud Rosinum videre est. Ce n'est pas toujours chez eux qu'il faut chercher le vrai sens de ce symbole.

(3) Nuces flagitanturnuptis et jaciunturpueris, ut novsentiptae intranti domum novi mariti auspicium flat secundum et solistimum (Festus, v« Nuces).

UT. I, CB. TIU. STHBOLBS 81DÉRIQUES ET COSMOGOIf IQUES ; FEU. 91

symbole des noix dans le mariage romain ; et je ne saurais Taccepter tel que les poètes nous Pont transmis.

Ainsi, dans l'antiquité grecque, romaine et Scandinave, comme de nos jours, an nord ainsi qu*au midi de l'Europe, le même signe se retrouve avec le même sens et la même forme dans la même cérémonie juridique : tant est puissante et sympathique, chez tous les peuples, cette langue de la nature que nous avons appelée symbole.

SYMBOLES 8IDÉBIQC7ES ET COSVOGONIQUES.

Feu {Tison j brandon, bouchon de paille, étincelle ^ flambeau^ luminaire j torche). — Le feu figure dans le domaine du Droit, comme signe d'occupation, de propriété, comme symbole de la famille, comme emblème de la guerre, n joue un rôle mystérieux dans les cérémonies du mariage ; il apparaît dans certaines formules pénales et on le retrouve dans les lois modernes de la France, comme mode de tradition, et aussi comme emblème de la famille. Sous ces divers points de vue, la liaison de ce symbole avec quelques-unes des idées qu'il représente dans les cultes de l'antiquité, est souvent évidente et directe.

Le feu seryit aux premiers hommes pour le défrichement des forêts, et c'est à l'aide du feu que le premier essartement fut donné à la terre. De là, la création de la propriété. C'est ainsi que, dans les idées de tous les peuples, le feu est considéré, au point de vue cosmogonique et religieux, comme principe fécondant et générateur; au point de vue juridique, comme image de la propriété: car il n'y a de propriété que par la culture, que le feu seul aTait rendue possible (1).

(1) Cf. Ballanche, Palingénétie,V^ add. aux prolégom. , t. V, p. 4S, édit. in-iS ; — Orphée^ argument du VI* livre.

93 ESSAI SUR LA SnftOLIQUE DU DDOrr.

. Le» chefs de tribu, qui émigrèrent de lu Norw^ en 870, pour fuir la tyraQ^^ie et la persécution d'Ârald aux beaux cheveux, devenu roi de ce pays, prirent posse^ion de Tlslande, où ils vinrent débarqaor, par k symbole du feu. Le chef de la tribu portait un tison enflammé^ et tout le terrain qu'il enlaçait en un jour, dans un cercle de /eu, depuis six heures du matiuy jusqu'à six heures du soir, était déclaré sa propriété. Il le distribuait à ses compagnons comme une terre de conquête (1).

Qui ne reconnaît dans ce symbole, une réminisc^MX bien marquée du premier défrichement de la terre? Qui n'y voit aussi, sous un rapport plus particulier, randeo usage des peuples du Nord, leur vieille vénération pour le fet$^ objet de leur part d'un culte antique, si évidemment lié aux faits et aux croyances du monde primitif? L'idée de propriété, de possession, ne s'adapte-t-elle pas merveilleusement bien au principe de création, de fécondation, dont le feu est le symbole? Et le sentiment religieux qpie le symbole réveille, n'intervient-il pas to«t aussi merveilleusement dans la consécration de la propriété?

A ces idées se rattache le feu allumé par le nouvel acquéreur sur la propriété récemment acquise, en signe de prise de possession (2). C'est à ce titre aussi que s^tait établi l'usage, existant encore dans ces derniers temps en Allemagne, lequel consistait à éteindre l'ancien feu et à en allumer un autre, lorsqu'on prenait possession d'une propriété nouvelle (3). Cette formalité avait fini, il est

(1) Grimm, t95 ; — Michelet, 79;*-Marmier, tMt. tw l'Ukmdê.-^Cest à un usage semblable que se rapporte le passage suWant d*uii auieur qoA cite Duoange : Ferunt etiam hrandas sive faoês, et cum illis cîi cumeuot arva. Durandus, M6. Yll, ration., cap. xiv, ap. Ducange, Branda^ I,lt8i.

(2) Grimm, 194.

(3)W.,1M; — Michelet, 79.

Ll¥. I, CH. VIII. SYMBOLES &IDfiA|jQUK8 BT COSM OGONIQUES ; FEU. 03

\t9À^ :|Mur A'ètre pluë qu'une précautioo puremeDÉ^pn^tiquoy à iaqtteUe 9^£ouiaettait racquéreur^ pour poiiToir établir y au besoin » la preuve de son droit. Lorsque Tacr quisiti<m avait eu lieu avec les solennités usitées pour l'investiture, la prise de possession par le feu n'était peutêtre pas essentielle à la validité de l'acquisition (1). Mais cette observation ne peut s'appliquer qu'aux temps déjà voisins de nous. Ce serait mal comprendre l'esprit 4^ symboles que d'en faire remonter l'effet jusqu'aux âges pnmitifei et même seulement jusqu'aux époques de pleine barbarie* où les hommes ne connaissaient pas d'autres formalités juridiques que celles que donnait l'usage des symr boles.

Il y avait une formalité véritablement obligatoire dans ces bouchons de fiaiïïe placés sur un fonds de terre destiné a être vendu par autorité de justice. Pour, consommer l^alement la prise de possession, on mettait le feu à ces bouchons de pailhy après que la vente avait été adjugée , et la puissance du symbole consistait dans cet embrasement même (2). C'est de là, qu'est venu le nom de la saisie-brandon, dont parle notre Code de procédure civUe(3).

Dans tous les temps, le feu a été considéré comme le symbole civil etjuridique de la famille, comme représentant plus spécialanent, soit le chef de la famillct qui entretient le feu nourricier du manoir domestique , soit la maison ou Tbabitation elle-même» où se conserve le feu du culte religieux et celui du ménage.

(i) Heyscher, Sytnholik, p. 68 et suiv.

(ft) GriiniD, 19&.

{%) !'• partie, 1. Y , tit. u, art. 616. —Sur ce symbola du fm oomme mode de prise de possessioot comme mode d'acquisition de la propriéU, ^oy. ci-aprè8 ch. xiv, application de la Symbolique aux Codes français, Code de procédure ehiU.

Symbole de la propriété, le feu est nëoessairement amn le symbole de la famille. Car, avec la propriété, s'est créée la famille ; et ees deux institutions sont indissolablonent unies Tune à l'antre. Les Grecs, en effet, comptaient par feux ou fumées , les familles nombreuses composées de plusieurs parents ou alliés.Delà, lenomd'imji^ten/umé donné à l'impôt qui prenait sa dénomination du mot grec signifiant feu (1). Ainsi encore, chez les Romains, et pendantk moyen âge, feu était synonyme de famille et de maison (2). I>ans Tancien Goutumier de Normandie du treizième siècle (3), de même que dans l'ancienne Gonstitution provençale (4), /bctis signifie maison, et foagium impôt (5). Aadiiseptième siècle le mot feu avait encore chez nous la mtoe

(1) Voy, de Launay, Comment, sur les Inst, œut, de Loisel^ p. 9S3.

(t) a On employa, dît M. BeugnoUTexpressioD foeus pour indiquer également un foyer, puis la fkmille qui était censée réunie autour, et enfin Timpdt qui pesait sur ce foyer ou sur cette famille.» Olim, 1. 1, p. 966, note 8 de la p. 10 du texte. — Cet impôt n'atteignait que les hommes mariés on qui Tavaient été, à moins quMls ne fussent restés sous la tutelle de leur père ou de leur mère. C'est ce qu'exprime très-nettement Tart. 57 de la charte de liberté de Saint-Dizier {Olim, II, 713). Il est assez pro/)able que cette disposition n'est pas isolée dans le droit de cette époque. Foy. Ducange, Focus, foagium, focagium, famUia, domus; — Loîsel. Jinst ., 1. 1. règle 76, et les observations de Laurière sur cette règle, t. I, p. 117, édit. Dupin et Laboulaye.

(3) Fideliter colligent fba^<um, videlicet de quolibet Foco XII denarios. — > Etabliu, et Coût, de Norm. au 18^ siècle, publié par M. Mamier, p. 3.

(h) A verbo Foco assumptum est nomen Focagiorum. Petrus Antibolus, deMuneribuSf 3 pars princip., § %, n** 46, ap, Julien, Stat. de Provence^ II, 15. — Item statuinhus quod dominuscomes... pro quolibet 1^ co posait exigere sex solidos... Focum autem intelligimus illum habere qui habet domicilium proprium in civitate, Castro vel vilIâ. Stat. de 12S5, cap. de Quistis, cité par Antibolus, de Muneribus, § 2, o? 46^ et par Julien, Statuts de Provence, H, 11.

(5) L'impôt par feux était réel. Loi-sqiie la famille se divisait , l'impôt devait être acquitté par les autres membres de la communauté qui demeuraient; car il n*étaît pas personnel, il était dû par le foyer, qui restait après la séparation. Beugnot, les Olim,, t. T, p. 996, note 8 de la page 10 du texte.

LIT. If CH. VJII. SnOBOUtS 8IDÉUQIIBS BT COSHOGOHIQUBS ; FBD. 95

gignificatioa, qoi s'e&t conserTée aujourd'hi^i et qoi sert encore à désigner, dans le langage légal, un ménage ou nn chef de iamille (1). C'est comme symbole de la famille qne dam la vuigaire u$ance du Nivernais, pour parler comme Coquille, celui qui voulait changer de domicile éteignoit 9on feu en présence de personnes publiques dans le lieu quHl dilaissoity et alloii allumer le feu dans son nouveau domicile (2), cérémonie qui, sous une forme poétique, n'est autre chose que la double déclaration, exigée par l'art. 104 de notre Code civil, du changement de domicile à la municipalité du lien que l'on quitte et à celle du lieu où l'on transfère son principal établissement, c'est-à-dire sa famille, ses foyers, le feu domestique.

n est inutile de faire remarquer que, dans quelquesunes de ces hypothèses, le symbole est devenu un symbole parlé. Je ne crois pas non plus avoir besoin de dire que, dans ces dénominations symboliques, on retrouve tout entière l'idée de Yesta, comprise par les Romains au nombre des Pénates honorés dans l'intérieur de la maison, où le feu brûle en leur honneur : — ^lesPénates,ces dieux protecteurs de la famille, qui nous accordent la nourriture, le revenu, et qui allument pour nous la flamme dn foyer (3);— Vesta, dont le nom mystérieux renferme tout ce qui se rattache à la maison et exprime tous les liens domestiques et civils (4).

C'est surtout dans le mariage, si souvent ou presque toujours placé dans le domaine religieux, que le /eu, comme formalité ou élément symbolique, cache un sens profond et prend quelquefois la couleur du mysticisme.

(1) Voy. Tart. 105 de notre Code forestier.

(«) Cirnt. du Nivernais, t II, p. 184, op. Joum. du Pal., année 18»,

p. 1580, dem. édit.

(8) Cf. Creuaer, SffmMik, II, i, 414 (trad. fr.). (4) Cf. Creuser, Symh., II, «, 696.

96 ESSAI SCR LA STIUrOLIQDB DU bhoit.

Aux dimats glacés de la lipome, les étincellm qa'oD sait jaillir d'tine pierre , étaient le symbole de l'ardeit anumr 4^1 devait présider à l-anion des noiiTeaiii époux (f). ÀPépoque da moyen Age, lors de rentrée dp la noutelle inariée dans la maison de son mari , le fim était allumé ; et cet tisage, d'après Grimm, est eneore dh serré dans plasienrs contrées (2). Bn Grèce, les mèra avaient grand soin de faire allumer des torches , an mo* ment où la nonvelle éponse entrait dans lademeare de leor fils (3). La mère de réponse précédait elle-même le oort^ nuptial, portant nne torche brûlante de bois de pin (4). On voit , par les anciens statntë de Marseille, que, k jour des noces, on entretenait des luminaires dans l'intérieM des maisons, et, pendant là nuit qui précédait le j^ur où se consacrait Tunion conjugale, on parcourait les rnei^ de la ville avec des flambeaux allumés (5). On eininatt les legitimœ faces des noces romaines par le rit de la cOnfarréation , ces noces qui se célébraient ordinairement la nuit et quelquefois, mais rarement, au point da jour (6). On allumait, dit Dupuis ( d'après Plntarque, Qumt. fom. ), un nombre de flambeaux égal à eeloi dés cinq planètes qui forment le cortège dn aoleiLet de h

(1) LoG(i9ï\mf4fktiq., p, i!M,.ap. Grimpa, 43l noie *; — Michelei, Origines, 43.

(t) Grimm, 195.

•' WRobinêtm, Ànt. gr0cqw9, l. VIII, dh. ï, t. II, p. 2fi9(trad. fr.). Toy, Eui;y)i£j., jp/i«ni>a„ \ers, af9, ofi, Robiqson, id,

(4) Montfaucon, Ant. expUq. , t. III, part, ii, p. 418.

(5) l^râetereà clecernimus araodô inviolabiliter obsertandmn, qiiod nnl- 1» MasëiltsB, ftivB 8it fliatonlus, sive foemipa, de caetero aude&t vel |>osnt portare, vel facere portari aliquos Brandones cereos ad ^vigilias sponsarum : hoc excepto, quod licea( patri v^l ma^ispoosse, vel illi in cii^us pot69Vite ,es^et.9p<{nç^ y^V^tiain vice ipsii|3 sponsae, bai^re in dooio suâ luminariaf sicut decet,;et hrandonibus et àliis luminaribus uii. Statuta MassUimsia MSS. an. 1274, l. II ;— Dupai^e, BrflndOt 1, 1Î83 : — Fabrc, Hist,deMarseiUeyU,%Ok.

(6) Montfaucon, III, part, ii, p. tl5. '

UT. I, CH. Vin. SVflBOLR COSMOGONtQUE ; KAU. 97

lime (1). Des torches résinenses de bois de pin étaient lUiimées : M^nu^ -^ Pxneam quate tœdam (2) ; un flam^ beau d'arnbépine était porté devaât h jenne épotssejpEar l'un des patrimi ou pronufri (3). C*est au milieu de cet upparéil pittoresque, qui se composait encoreT de bien 9^ antres formalités symboliques, que la jeune épouse était Dondcrfte solennellement dans la maison nuptiale (4). Le feu jouait encore, dans le mariage romain par confarréatien, un rAle d*un caractère bien autrement symbolique , dont je parlerai ultérieurement (5).

Eau, — L'eau figure rarement dans les usages juridiques. Elle ne parait pas avoir été employée par les Germains, quoique l'eau des fontaines et des sources fûit pour eux, comme pour les Gaulois, l'objet d'un culte religieux . Le droit des Romains en fait mention dans deux occasions solennelles, dont je m'occuperai bientôt (6). Ce sont les peuples de TOrient qui la font intenrenir le plus fréquemment dans le symbole juridique.

Pendant le mariage indien Veau est versée dan? les mains. Mais ce n'est ni cette eau y ni la promesse, verbale qui sont la consécration du mariage. « La formule c< prononcée, le couple marche la matn dans la main^ et « le^ mariage est irrévocable au septième pas (7). » La

(1) Origine de$ cuU$s, liv. I, chap. m, 1. 1, p. 89 ; édit. ixi-4o.

(2) CatuUe, LXI, V. 15, 16.

(8) Facem prsefert ei spinâ albâ, dit Festus, vo Patritnus. Pline dii : Spina Duptiarum facibus auspicatiaaima {Biit^^nai.tXWlt 18). — Koy. MontfaucoD (Ant, eivfl,., t. U, part, ii» p. S18);'Guérard» Btm^mr l'hitt. eu droit privé des Rom^^ p. 166.

(4) C'est à cette forme du inariage romain que les solennités de la <^dNdto émnmm s'appliquent d*après Heineccius» Ant. rom., lib. I, cap. x, n. 4, pi 1S17, édit. Haubold. — Yoy. aussi à ce sujet M . Guérard, Hist.du droit priv. des Bom, , ,

(5-^) Foy. ci-après p. 98. , i

(7) llichelet, Origines, p. 17, d'après le Digest of hindu Law, 11,488.

98 S88A1 SUR LA 8THB0UQUB DD DROIT.

partie essentielle de la cérémonie consiste, en effets duos Tonion des mains^ d'où la cérémonie nuptiale tire sob nom de Panigrdhaj qui veut dire union des mains (1).

L'eau répandue sur la terre, recueillie dans la main par l'acquéreur ou le donataire, et bue par lui, est un mode d'aliénation d'un fonds que la loi des Hindous reconnaît (2). En buvant cette eau^ l'acquéreur fait acte de propriétaire, il s'assimile et s'approprie la chose. On connaît la demande delaterreet del'aau que firent DarinsetXerxë aux Athéniens (3). La terre et l'eau étaient le symbole de la domination demandée par le roi des Perses. C'est encore en vertu de l'eau puisée dans le Danube, d'un pea de terre et d'herbe portés à Arpad par son envoyé, qne celui-ci envahit la Hongrie et la revendique oomnie sienne par la force de ces symboles (4).

Veau et le feu réunis. — Dans la cérémonie du mariage sacerdotal par confarréation, on plaçait, sur le seuil de la porte, du feu et de l'eau que les époux devaient toucher (5), comme symbole de la communauté qui, dans cette forme nuptiale, devait exister entre eux (6). C'est par ce symbole que l'union se consommait. Delà l'expression aquâ et igni uxorem acciperej employée par le juris-

(1) Loifleleur-Deslôngschamps, sur laslocaiSdu 1. HIdesIoû deManott, trad. fr. — Livres sacrés de P Orient, p. 8S4.

(i) Reygcher, Symbolik des german, Rechfs, p. 45;^Michelet, p. 114.

(8) Hérodote. IV, 146, — VI, 48, — VII, 8«, 181; -Tite-LWe, XXXV, 17 ; — Q. Curtius, III, 10 ; — Reyscher, Symb., p. 8t ; — Grimm, 121 ; — Michelet, 114.

(4) Grimm, 141; — Michelet, 115.

(5) Aqud et igni, duobus maximis elementis adhibitM, natura co^juncta habeaiur, qu» res ad Oaureatas nuptias pertinet. Servius ap. JBneid, cité par Guérard, p. 166 ; — M ontfaucon , Ant, eœpl.j t. III, part, ii, p. 118; — Guérard, Sss. sur t'hist. du droit pr. d$s Aom., p. 166.

(6) Guérard, 167.— Foy. aussi p. 67 et 68, ce qu'il dit sur le maria^ religieux des Siculesqui, dans son opinion , fUt l'origine de la con/Sirrea- Ko romaine. — Foy. les notes 4 et 4 de la p. 99 ci-aprte.

LIT. i; GH.Tin. STMB. SIDÉRIQUBSBTGOSHOGONIQUBS; EAU; FBU. 99

consnltejScseyolaetconseryëe encore par Jostinien pour signifier la célébration nuptiale (t). Par saite de cette formalité symboUqae la femme participait avec son mari à l'nsage des choses humaines et divines (2); elle devenait son égale dans le droit civil comme dans le droit reli* gieux (3). Car, en vertu de l'attouchement de Veau et da /eu, son mari lui communiquait son droit de cité , par r attouchement de Veau^ son droit religieux, par Tattoaehement du feu (4). Par là les deux époux déclaraient qu'ils étaient préparés à souffirir ensemble la mauvaise fortune, alors même qu'ils seraient réduits à n'avoir plus que r^atf et le feu à leur disposition, le /Ini et l'eau, symboles de l'union intime de leur âme et de leur corps , rame figurée par le feu , dont l'origine est toute ofleste, le corps que représente l'eau, élément tout matériel de l'organisation humaine ou cosmique (5); le feu et l'eau, symbole de la force fécondante dans la personne du mari,

(1) yii'g:ini... priùs quàm aquâ et igiii acciperetur, id e9t nupUœ celebrentur. L. 6S, § 1, D. lib. XXIV, lit. i, de don, int, vir, et vœor,

(S) MuIiereiB nuptam quse juxtaleges sacras convenerat cum viro, Romulus participQin «sse voluit omnium bonorum et sacrorum. Denys d'Haï., II, 25. ^ Plus tard, lorsque la confarréation UïX tombée en désuétude et que les plébéiens furent admis au sacerdoce, c*est de là que vint cette définition du mariage légitime donnée par Modestin: Nuptiœ sunt... dîTini et bumani juris communicatio. L. I» D. lib» XXIII, Ut. t, de ritu mipt. De là aussi la belle expression de Gordien, qui appelle Tépouse, •ocîa rei diviiue et huoianœ ( !• 4, G. dechm, eœpU. hered,

(8) Guerard, p. 467.

(4) Voy. ce que dit M. Guerard da mariage par confarréation des Sicales, p. 67 et 6S, et p. 154, où il dit positivement s « La confarreatio communiquait à la femme le feu et Veau^ la cité, le culte du mari. » Toutes les soiennitte et tous les effets de ce mariage, si ordinairement obscurs dans les autears qui Tont précédé, me paraissent avoir été saisis et eiposés avec ane grande clarté par cet écrivain.

(5) Plntarque, QwBSt. rom, , p. «68; — Lactance, 1. II, c. x, cité ci^pràs ; — Dupais, Origénê des ctUtes, 1. 1, cb. iv, 1. 1, p. 187, édit. in-4o.e- Voy^ la note i de la p. suiv.

100 KSAAl SUR Là symbolique DU D&OIT.

tt4e la aiatière fécondée dans celle de la femme (I) ; le /e« et Veau y éléments nécessaires de la vie homaine» priacipes de toutes choses, qui purifient l'esprit et qui pmi- Sentie corps (2). Quelle grande élévation poétique dans œ symbole! Tout se réunit, ici, pour frapper Timaginatii»: la dté divine et la oité humaine, le ciel et la ta*re^ le sacer- • doce et Tempice» la religion et la loi dvile, les naystèm de la formation de^ itres» les deux puissances créatrioa jde>la nature, la pureté de l^mie et du cœur, l'assodatioD inidisfiolubledans la honae et la mauvaise fortune, ioat .Mla représenté par. ces deux grands éléments, le /in» «t -Veau! Qu'y a que la religion qui puisse ennoblir ioe , point le symbole juridique^

^:: Quel était l'effet de cette cérémonie, c'est-à-<lire da Aatiage par r«a«(et le /^ti7 Ovide dit que c'est par Veau ^et.le /en qqe la femme acquiert la qoalité de cw^ux :

Ailleurs il dit que c'est par l'eau et le feu que T homme devient un juste époux :

Quos fecit juttos ignis et unda viros.

< Hufoerus dit que les épouses sans l'eatiet le feu sont lègptimeSy mais qu'elles ne siont pas justes sous le rapport dé h solennité ; car justa se pricnd tantôt comme synonyme de le^tftma ; tantôt comme synonyme de $olemni$ (3).

(1) Duo illa prifici|]«lia<>aqiiaet igDi&) inveniontur, ^asdivorsuD et contrariam habent potestatem, calor et humor, qua mirabiUter Dem ad 9ufeteèUa4bi «t g Igoend^ omaia eMOgitarU... alteram enim quasi masoolinuin etenieniuai >«tt, alteniav quasi féniniiium ; alteram actifum, altenAïf patibil6, idéôqua àc'VBteribus ihstitutuin eai» ut sacmmento igm •r ûqmt maptisitûw fftdftra saneianlur, qu6d Toatus animanfiam oaloieet faumoréeorpôreuttff atqos anîmentur ad yitaiD;c'àiii enim conslel ^m»» animal ex animft et corport , maleria corporis in-'lraroom esl ^ animie v«rMn caldre. Lacfcbnt;, llb« II» cap. x. ^ <

{%) Ovide, PM., lib. IV,

(8) Digrw.^ part, t, lib. I, c. xvn, ap. Troplong, It^lnuncê du Ourim^ sur U Dr^it eiv, de$ Bomaiiu, p. 17 et 18 à la note.

UV. I,CH. Vlll. SYMB. SiBÉmQUES ET GOSVOGOlflQUES; EAU; PEU. 101

I <. T a^t-41 aussi un caractère sacerdotal dans la c^èbre i formel des Eomains aquœ et ignis inUrdictio ? Cette p fonnple imagiobée pour ob?ier aux iuconirénieQts de l'anb de^ne cpustîtiUi/on fui défendait de chasser de Some 1 ou 4^ iiôre' mourir un citoyen roiifain (1), n'ayait*elle I qu'un sens pour aipsi dire littéral, et ne se rapq[K>r- \ toit-^e, qu'à la pmatioi) 4^ deux choses nécea- I saires à h vie (2)> obligeant par là le condaumé à £uir la i dté ^t à cbercber ailleurs un asile? C'est l'explicatioB wiTi^i ordinaireoient. Bfaifii il faut bien rwiarqoer que, s'il ne s'était^ agi* que de la défense de doiiner un refuge i au condamné, l'interdiction du toit, teeti interdiciiOj tou^ jours ajoutée , dans la formule, à celle du feu et de Veau^ pouvait suffire à elle seule. L'interdiction du feu et de l'eau oache un sens plus prcrfond et me semble indiquer ' une véritable mise hors la loi, comme le dit ailleurs trèsbien M* Grimm (3). Pourquoi, en effet, le feu et Veau ne représenteraient-ils pas ici symboliquement pe grand et premier pénate public deBome, Yesta, qui avaitsoin en même temps du feu et de l'eau (4), Testa, qui était à leurs yeux la terre et la patrie elle-même (5)? Pourquoi encore,

(i) Voy. Cioén», Pro 4omo tuà, xiix, xxx;— Zoesius» Dig^^ lib. XLVIII, tit. 1, p. 12%4, 1225;— Heineccius, Ant, rom.^ lib. l, tjt. zvi» n« 10, p. 184, édit. d'Haubold; — Laferriërei Bist, au Droit civil de Borne et du Droit fronçait, I, p. 58. *— On pense que, sous les empei'ears, la rotmalé aqum et ignis interdi$tio fut remplao^e par la déportation daB8 une Ile en vertu (Pune constitution d'Augaste. Foy. Heineccius, loc, cit.^ p. 185; — Gujas, Observ.y lib. VI, cap. zxxix;— Zoesius, D.,lib..XLVni, tit. i, depœnis et la loi 2, § 1 de ce titre du Digeste. Mais Haubold contredit cette opinion : il estime que, nonobstant la déportation, l'interdiction du feu et de Veau continua à subsister après Auguste.'Il cite, à cet égard, Tacite, Ann,, VI, xn.— roy. ses notes sur Heineccius, p. 186, note i. '

(t) Heineccius, Joe. cU.

(3) Deuti. Hechtsalt, p. 194.

(4) Creuzer, Symh., Il, t-701 (trad. tr.). — Voy. plus haut, p. 05.

(5) Foy. ci-devant p. 95.

en continaant d'ailleurs la même idée, le feu et Veau ne figureraient-ils pas, comme dans le mariage sacerdotal, le droit civil et le droit divin? Pourquoi, sons cette formule, ne verrait-on pas Tabsence de toute protection du droit civil, figuré par Veau^ du droit divin, sous Temblème do feu ? Livré ainsi à la merci des hommes, de la même manière que celui qui avait été déclaré sacer ou dévoué aux dieux, privé de tout appui de la part du grand pénate national, le condanmé, à qui manquaient ainsi la patrie et les dieux, n'était-il pas obligé de fuir le territoire romain, pour se dérober à une aussi misérable condition (1)?

Art. n. — Symboles naturels vivants (les botes).

Les bêtes et leur produit (2) ne donnent naissance qn*& un petit nombre de symboles juridi(^ues. La Symbolique religieuse est plus riche à cet égard. Mais cette seconde subdivision du symbolisme naturel oflre cela de curieux qu'on y découvre fréquemment des vestiges de Tancienne science augurale. Ces symboles juridiques ont, en effet, an regard direct sur le culte des animaux, contemporain du berceau du monde. On retrouve encore dans cette catégorie un nouveau point de jonction des symboles juridiques avec les célèbres symboles astronomiques oa ca- Undaires des religions de l'antiquité païenne. Cette particularité si intéressante de la Symbolique du droit est spécialement représentée par l'emblème du cheval blanc.

(1) César compare à Vinterdictio ignis et aquœ Vinterdiction des sacrificês prononcée par les Druides contre ceux qui n'obéissaieni pas à leurs sentences. Ceux que les Druides frappaient de cette interdiction étaient mis au nombre.des impies et des scélérats. Il n'y avait ptus pour eux ni honneur, ni justice à espérer dans la cité. Comment ., YI, 13. Cette analogie, indiquée par César, sert d*explication à la formule romaine et corrobore ce que j*ai dit ci-dessus.

(2) Voy. ci-après au mot OEuf.

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